Ukraine : Un mois qui a changé l’Europe et … la suite depuis le 22 fevrier – MAJ 15 juillet 2022

Grain de sel Gabriel Bluet et VdB:

*NB Gabriel a beaucoup contribué a cet article récapitulatif et je l’en remercie- le blog empêche de citer 2 auteurs c’est regrettable il est bien cité comme tel sur mes posts liked in

Une surprise, vraiment ou une folie annoncée impréparée (par nous)?

Dans la nuit du 21 février au 22 février 2022, la Russie a lancé l’invasion de l’Ukraine que l’Europe et les autres puissances pensaient improbable, préparée manifestement de longue date (pour V.Poutine il s’agit de « simple opérations militaires justifiées » par le souci de porter secours aux minorités russophones, mais c’est bien de chars et de bombes sur des civils aussi, dont il s’agit !).

La détermination brutale (ou la folie) du président Poutine a bousculé toutes les certitudes et forcé l’Union européenne à une adaptation inédite et en mode urgence. Après le #Brexit, la #Covid, voilà peut être la crise la plus importante pour le projet d’Union européenne qui doit démontrer sa résilience et sa capacité à avancer en mode collectif dans un contexte éminemment instable et dangereux.

Cette agression à minima aura des conséquences économiques lourdes, obligera à mobiliser une capacité d’accueil de réfugiés politiques et fait anticiper à maxima un risque de 3ème guerre mondiale qui fait froid dans le dos.

Que faire ?

Rien ne sera plus comme avant? Cette expression est hélas ces temps-ci trop largement utilisée. Ce conflit interpelle brutalement l’UE sur sa dépendance aux hydrocarbures russes mais aussi à des denrées agricoles ( blé, aux engrais, etc). Il interroge sur sa capacité de défense, il met en évidence un système de décision trop lourd du fait de ‘l’unanimité et … sans doute à un moment la nécessité de passer outre pour avancer.

Fondamentalement il touche au coeur de la raison d’être du projet commun de nos pays: faire respecter et respecter nous mêmes (prenez le dans le sens inverse aussi) des valeurs de démocratie, de paix, de respect des populations… Bref les dernières quatre semaines (22 février- 22 mars) (10 semaines au 8 mai ) ont ressemblé à un crash test et en mode triple salto arrière. Les semaines de départ et celles qui viennent sont cruciales pour la crédibilité de plus long terme de l’UE, sur sa place dans le monde aux côtés (mais pas sous les ordres des USA?), quant à sa relation à la Chine déjà fort compliquée (comme on dit), mais aussi avec des acteurs plus périphériques pour nous comme l’Inde et même des candidat à l’adhésion comme la Serbie en claire dissidence par rapport à notre position envers la Russie

Les sanctions prises en urgence et qui se développent interrogent sur leurs conséquences sur la population russe, elle aussi victime d’un autocrate qui d’éclairé semble avoir sombré dans la folie et procède à une désinformation massive voir à un conditionnement de son peuple.

Les massacres à KIEV et la suite ont remis en cause une éclaircie liée à de possibles négociations après des propositions de l’Ukraine d’adopter un statut d’Etat neutre, l’opinion publique mondiale réalise l’ampleur du problème et le danger.

Sur le terrain les combats s’enlisent ! Poutine serait isolé ? Prêt à tout dès lors ???

nos thèmes

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Des violations du droit international aux bombes

Le récit du drame ukrainien commence avec l’ abandon progressif des règles du droit international de la Russie. Comme l’évoque la Fondation Robert Schuman, la diplomatie russe s’est longtemps attachée au respect strict et formel des règles du droit international, s’y « cramponnant » parfois pour résister aux revendications des peuples. Même lors de la succession de l’URSS, cette constante a été respectée. Cependant, les agissements en Crimée et dans le Donbass depuis 2014 marquent l’abandon de ce formalisme, alors même que la diplomatie du Kremlin met en avant la nécessité de conclure de nouveaux traités avec les Etats-Unis et les Etats européens pour consacrer ses revendications.

Pire encore, depuis le mois de mars, plusieurs observateurs internationaux ont pointé du doigt l’existence de potentiels crimes de guerre. Des enquêtes internationales sont diligentées pour que des procès puissent un jour avoir lieu.

Cette évolution (qu’on qualifiera à titre personnel de dérapage) aboutit le 21 février 2022 à la signature de décrets reconnaissant l’indépendance des provinces ukrainiennes de Donetsk et Louhansk les qualifiant de « républiques populaires ». Poutine a ensuite ordonné à la Défense russe de se tenir prête à « maintenir la paix » dans les provinces séparatistes (« perversion » du concept de maintien de la paix selon le Secrétaire Général des Nations Unies) et conclu des traités « d’amitié, de coopération et d’entraide » avec celles-ci.

La Russie a avancé plusieurs motifs pour justifier le déclenchement des opérations militaires contre l’Ukraine. Les déclarations du président Poutine ont, successivement, nié l’existence de l’Ukraine en tant qu’Etat, accusé le gouvernement ukrainien de provocations militaires et qualifié le rapprochement entre l’Ukraine et l’OTAN de menace contre les intérêts russes (l’Ukraine est devenue un partenaire privilégié de l’OTAN en 2020). Mais il est surtout frappant d’identifier que son récit est basé sur la théorie selon laquelle le régime ukrainien porte une idéologie nazie dénonçant un projet génocidaire à l’encontre des populations russophones.

Dans le même temps, les autorités russes ont mené une campagne massive de propagande sur les réseaux sociaux, via les comptes gouvernementaux, afin de décrédibiliser l’Ukraine et ses alliés. Les médias ont fait l’objet de censures et les réseaux sociaux étrangers, notamment Meta, menacé de blocage en raison des actions de modération menées contre les comptes gouvernementaux russes.

De son coté, dès le déclenchement des hostilités, le président Volodymyr Zelensky a dénoncé une violation du droit international et de la souveraineté de l’Ukraine, appelé ses citoyens à prendre les armes et demandé à la communauté internationale de lui apporter son soutien. Le 26 février 2022, l’Ukraine a déposé une requête introductive d’instance auprès de la Cour Internationale de Justice, l’organe judiciaire principal de l’ONU.

Le destruction du pays se poursuit tandis que la reconstruction commence à être pensée, avec le soutien financier de l’Union européenne.

L’union sacrée sur les sanctions concrètes et l’aide à l’Ukraine

Bien en amont, alors que la tension se faisait sentir aux frontières ukrainiennes, l’Union européenne préparait ses sanctions en cas d’escalade militaire. Lorsque les bombes et les missiles russes se sont abattus sur l’Ukraine, suivis par des convois de blindés, l’Union Européenne a décidé d’adopter des sanctions inédites, affichant l’unité dans la condamnation de la guerre. D’autres organisations internationales ayant réagi de concert : le  Conseil de l’Europe a suspendu les droits de représentation de la Russie ; l’OTAN a entrepris de renforcer ses troupes présentes dans les pays Baltes.

Les sanctions économiques

Comme le détaille le Club des Juristes, l’Union européenne a adopté des sanctions visant des personnalités et dignitaires du régime russe, incluant le président Poutine et le ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov (gel des avoirs, interdiction de voyage sur le territoire de l’Union, etc.), mais surtout des sanctions économiques à portée générale (interdictions d’exportation et d’importation de marchandises en provenance ou à destination des deux provinces ukrainiennes non contrôlées par le gouvernement, restrictions d’accès de la Russie aux marchés de capitaux de l’UE et à ses marchés et services financiers).

Les sanctions et restrictions ont vite gagné en intensité et couvert des domaines d’activité variés : les médias russes RT et Sputnik, accusés de propagande, ont été bannis de l’UE tandis que l’espace aérien européenne n’est plus accessible aux compagnies russes.

Au fil des mois, une escalade s’est poursuivie entre l’Union européenne et la Russie. L’Europe estime ces sanctions efficaces et entend poursuivre leur intensité en les harmonisant,

Principales sanctions et mesures de l’UE contre la Russie :

•Réduction de l’accès de la Russie aux marchés européens des capitaux •Interdiction de vente d’avions et d’équipements aux compagnies aériennes russes 

•Gel des avoirs de Vladimir Poutine et d’oligarques russes •Exclusion du système bancaire Swift de plusieurs banques russes

•Gel des avoirs de la Banque centrale russe hors de Russie

•Fermeture de l’espace aérien européen à l’aviation russe •Interdiction de diffusion dans l’UE des médias Russia Today et Sputnik 

•Embargo sur le charbon russe

•Fermeture des ports de l’UE aux bateaux russes

•Fermeture des routes de l’Union aux transporteurs russes

Des sanctions comment et jusqu’où atteindre l’OS ?

Mais le plan N°6 qui consiste en un embargo sur le pétrole russe pour assécher ses ressources sera plus dur à négocier: la Commission européenne a proposé un plan soutenu par le PE avec quelques nuances. Tout est entre les mains des ETATS qui se réuniront le 25 mai et déjà le veto de la Hongrie rend les perspectives difficiles.

Réactions des entreprises

Le secteur privé s’est parallèlement mobilisé pour quitter la Russie. Au total, plus de 290 grandes entreprises ayant une présence importante en Russie ont annoncé leur retrait du pays.

Les banques : provisionnement et désengagement

1. CASA  affiche 600 millions d’euros en provisionnement de prudence: actif net de sa filiale ukrainienne (200 millions) , 350 millions de provisions sur risques « non avérés » sur son portefeuille de crédits ou de garanties exposé à la Russie et 43 millions sur des risques avérés. Le groupe a une zxposition à la Russie, qui a vite baiss – la banque ayant stoppé tout nouveau financement .

2. Société Générale va céder sa filiale russe Rosbank, la banque a confirmé un impact négatif de 2 milliards d’euros sur le compte de résultat. L’exposition au risque russe est aujourd’hui inférieure à un milliard d’euros + 218 millions de provisions inscrites au premier trimestre. •

3. BNP Paribas a juste déprécié 90% de la valeur comptable de sa filiale ukrainienne (160 millions), aux deux tiers fermés en raison de la guerre.

Le secteur de l’énergie

De même, parmi les grandes compagnies pétrolières et gazières occidentales: ainsi, le 27 février, BP annonçait céder sa participation de près de 20 % dans l’entreprise pétrolière russe Rosneft en réaction à l’invasion de l’Ukraine. Le lendemain, Shell se séparait de ses parts dans plusieurs projets communs avec Gazprom en Russie, dont le gigantesque projet gazier Sakhaline-2. Une semaine plus tard, Shell ajoutait qu’elle retirera au plus vite les hydrocarbures russes de ses approvisionnements. Le fond souverain norvégien Equinor, l’Américain ExxonMobil, l’Italien Eni complètent la liste des acteurs d à se retirent aussi.

TotalEnergies qui a condamné l’agression militaire russe le 1er mars, s’est engagée à ne plus apporter de capital à de nouveaux projets dans le pays. Mais elle ne renonce pas à ses activités actuelles en Russie plaidant le fait que le gaz qu’elle produit est importé par les Etats de l’UE qui en ont besoin malgré les intenses efforts pour trouver des approvisionnements substituables. La Russie représente pour TotalEnergies, 17 % de sa production mondiale d’hydrocarbures. « l’enjeu stratégique du pays pour la compagnie française est lié au gaz naturel », Patrice Geoffron, professeur d’économie à Paris-Dauphine et directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGPEM). Cette énergie est au cœur de la nouvelle stratégie du groupe, dévoilée lors du changement de nom de Total en TotalEnergies, il y a un an. « Un tel retrait fragiliserait la capacité de Total à être un acteur de premier rang sur le GNL. Et à plus long terme, sa capacité à importer de l’hydrogène décarboné en provenance de Russie », anticipe Patrice Geoffron. Soit deux axes au cœur de sa nouvelle stratégie. La Russie, « c’est 3 % à 5 % des revenus de TotalEnergies, on gérera », Patrick Pouyanné – 24 février

La posture militaire

Sur le plan militaire, le refus d’engagement est une ligne claire pour éviter une escalade cobelligérante, donc nous ne sommes pas officiellement en guerre ! Cependant, l’Union européenne a fourni des armes à l’Ukraine la présidente de la Commission européenne a annoncé la décision de l’UE de financer l’acheminement d’armes. Le 28 février le Conseil a adopté deux décisions PESC (2022/338 et 2022/339) portant financement de la fourniture d’armes à l’Ukraine, par la Facilité européenne pour la paix (FEP), établie en mars 2021 par la décision (PESC) 2021/509. Il s’agit d’un fonds extrabudgétaire financé par des contributions étatiques selon la clé du produit national brut, car les dépenses opérationnelles dans le domaine de la défense ne peuvent pas être financées par le budget de l’Union (art. 41 § 2 du Traité sur l’Union européenne, TUE). La principale nouveauté de la FEP est la possibilité de financer des armes létales. On a passé le cap des missions de pacification et de sauvegarde des civils du cadre de Petersberg

Il est remarquable que le Conseil ait pu atteindre l’unanimité requise, qui plus est dans un délai si rapide et malgré au départ des positions bien différentes, notamment pour l’Allemagne. Mais quid de la suite tandis que les USA doivent voter une rallonge exceptionnelle de 30 milliards de $?

Mobilisation pour l’accueil des réfugiés ukrainiens

Parce que la guerre frappe avant tout les populations civiles, les ukrainiens fuient les frappes russes. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés plus d’un million de personnes ont fui l’Ukraine et cinq millions d’autres devraient arriver. En Pologne, principale destination des réfugiés ukrainiens, les chiffres semblent plus élevés. « Près de 600 000 réfugiés sont arrivés dans notre pays», a indiqué Wladyslaw Ortyl, président de la voïvodie polonaise de Podkarpackie (Basses-Carpates). Si le poids de la crise naissante des réfugiés est actuellement supporté par les États de l’UE voisins de l’Ukraine: Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie, on s’attend à ce que la plupart des pays et régions européens en ressentent bientôt aussi les effets. C’est pourquoi l’UE a décidé de réorienter ses fonds de cohésion régionaux pour soutenir les pays les plus mobilisés.

Pour faire face à cette crise, l’UE a simplifié les contrôles aux frontières. Selon les règles qui étaient en vigueur, les citoyens ukrainiens pouvaient entrer dans l’UE sans visa mais ne pouvaient y rester que 90 jours. Les Vingt-Sept ont accepté, jeudi 3 mars, à l’unanimité d’accorder une « protection temporaire » dans l’UE aux réfugiés fuyant la guerre en Ukraine, qu’ils soient ressortissants ukrainiens ou résidents de longue date dans ce pays, une décision jugée « historique » par Bruxelles. Le statut de protection temporaire s’appliquera pendant un an, mais pourra être étendu à trois ans. Les prochaines étapes seront particulièrement intéressantes à observer…

Des candidatures à l’adhésion à l’UE en mode accéléré

Peu après l’invasion de son pays, le Président Zelenski a demandé à l’Union européenne « l’adhésion immédiate de l’Ukraine via une nouvelle procédure spéciale » et dans un même mouvement, la Moldavie et la Géorgie ont fait acte de candidature. Ses candidatures soutenues par les États membres d’Europe centrale qui ont appelé l’UE à prendre des « décisions rapides et courageuses notamment en faveur de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE d’ici à 2030″ ne doit occulter d’une part que ces décisions requièrent l’unanimité des États membres, d’autre part que des conditions politique et économiques déclinées autour du concept « d’acquis communautaire » sont exigées. (C’est pas gagné et c’est pas maintenant.)

Un processus d’adhésion est long , très long et faire l’impasse sur le principe des acquis de l’UE serait folie et par ailleurs impossible en droit. Cependant il est possible de décider vite de la vocation de chacun de ces 3 Etats à être candidat en qualifiant leur caractère européen et ce, sans préjuger de la suite des négociations d’adhésion ; décision qui les placeraient dans une relation privilégiée avec l’Union européenne et les aideraient quant à leur relation avec la Russie. Mais ce signal doit être lancé en connaissance de cause quant aux la Russie le vivant mal pourrait augmenter encore son attitude belliqueuse. C’est donc à peser.

L’Ukraine a formulé sa demande d’adhésion el 28 février et les pays européens lui ont accordé le statut de candidat. Le pays se prépare donc par l’alignement de ses politiques sur les standards européens.

A moyen terme , le bouleversement du modèle énergétique européen

Au-delà des conséquences directes de la crise en Ukraine, des changements structurels sur le plan de l’énergie se sont inéluctablement engagés en réaction à l’agression russe. Aujourd’hui, l’Europe importe de Russie environ 40 % de son gaz, 35 % de son pétrole brut et plus de 40 % de son charbon.

L’UE doit se préparer pour l’hiver prochain, car les réserves de gaz devraient atteindre des niveaux historiquement bas. La prise de conscience brutale de cette dépendance oblige l’UE à repenser son modèle énergétique pour des raisons d’indépendance alors qu’elle était en train d’y procéder pour des raisons écologiques (voir les objectifs et dispositifs du FIT55)

C’est plus particulièrement, l’Allemagne qui s’est trouvé confrontée à sa dépendance au gaz russe et appelle l’UE à revoir sa politique énergétique collectivement. « L’attaque russe doit aussi réveiller l’Europe en matière de politique énergétique. La politique énergétique est une politique de sécurité »: Robert Habeck, vice-chancelier allemand et ministre de l’Économie et de la protection du climat. Berlin a du renoncer au projet Nord Stream 2 et un moment reconsidéré même la perspective d’un retour au nucléaire, exclu du mix énergétique allemand après Fukuyama, l’hypothèse est abandonnée (pour le moment?).

Parallèlement, Olaf Scholz a annoncé un engagement ferme en faveur de la construction de terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) pour importer des volumes supplémentaires de gaz fossile des États-Unis et du Qatar, mais les membres de l’opposition pourraient vouloir que le gouvernement aille encore plus loin.

Guerre en Ukraine : vers de grandes famines ?

C’est une conséquence dramatique de la guerre en Ukraine. Lundi 14 mars, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a mis en garde contre le risque d’une guerre russe en Ukraine qui pourrait entraîner “un ouragan de famines” dans de nombreux pays. “L’Ukraine est en feu” et “le pays est en train d’être décimé sous les yeux du monde“, déplore-t-il. “Nous devons faire tout notre possible pour éviter un ouragan de famines et un effondrement du système alimentaire mondial”, a-t-il déclaré à des médias à New York.

Pour bien comprendre, il faut savoir aujourd’hui que la Russie est une championne céréalière. Ses exportations pèsent aujourd’hui 35 millions de tonnes, soit 20 à 23 % des exportations mondiales de blé. Toute la région de la mer Noire s’est trouvée une place de choix sur le marché des grains. Au total, Moscou et Kiev représentent un tiers des exportations de blé. Or de nombreux pays sont dépendants de ces importations, notamment l’Égypte, l’Indonésie ou encore l’Algérie. 

“Cette guerre dépasse largement l’Ukraine”, a souligné Antonio Guterres. “Les prix des céréales ont déjà dépassé ceux du début du printemps arabe et des émeutes de la faim de 2007-2008″. “L’indice mondial des prix des denrées alimentaires de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture basée à Rome) est à son plus haut niveau jamais enregistré”, a-t-il précisé. Au total, “45 pays africains et pays les moins avancés importent au moins un tiers de leur blé d’Ukraine ou de Russie – 18 de ces pays en importent au moins 50%. Cela comprend des pays comme le Burkina Faso, l’Egypte, la République démocratique du Congo, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et le Yémen”, a indiqué le chef de l’ONU, en réclamant à nouveau un arrêt au plus vite des hostilités.  

Dans de nombreux pays, le spectre des émeutes de la faim refait surface. Au Maghreb et au Moyen-Orient entre les fortes pressions sur les prix du pétrole et des produits alimentaires de base, les conditions actuelles ressemblent à celles qui ont fait naître à partir de 2010, les Printemps arabes. 

Au total, 8 à 13 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim avec la guerre en Ukraine. Le 11 mars dernier, les ministres de l’Agriculture du G7, dont la France, ont publié une déclaration commune dans laquelle ils s’engagent à éviter “tous les signaux et mesures restrictives qui limiteraient les exportations et entraîneraient de nouvelles hausses de prix”.

Dans cette perspective, le ministre Julien Denormandie, met en avant l’importance pour l’Union européenne de jouer son rôle nourricier et le plan FARM vient d’être proposé par la France sous PFUE

 En attendant, c’est la sécurité alimentaire des Ukrainiens qu’il s’agit de défendre. Alors que les besoins humanitaires “augmentent rapidement” le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Martin Grifiths, a annoncé débloquer 40 millions de dollars du Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) des Nations Unies afin d’”atteindre les personnes les plus vulnérables”

Une Europe géopolitique à naître ?

Le retour de la guerre en Europe marque la fin d’une illusion et pourrait paradoxalement constituer un acte de (re)naissance pour l’Europe: « parce que tout ce que nous devons comprendre, c’est que pour faire la paix, il faut être deux, mais pour faire la guerre, il suffit d’une seule partie — c’est exactement ce que nous dit M. Poutine . Nous devons réfléchir à l’instrument de coercition, aux représailles et à la contre-attaque face à des adversaires téméraires » Joseph Borell, chef de la diplomatie de l’UE qui concut (en espérant) qu’il s’agit de « l’acte de naissance de l’Europe géopolitique ».

Face à cette nouvelle posture, l’UE engage une nouvelle stratégie militaire. L’ébauche du nouveau document stratégique de l’UE avait été officiellement soumise aux ministres des Affaires étrangères de l’UE en novembre dernier. La version finale devrait être adoptée par les dirigeants européens en mars, sous la #PFUE. « Le retour de la guerre en Europe, ainsi que des changements géopolitiques majeurs, remettent en question notre capacité à promouvoir notre vision et à défendre nos intérêts », peut-on lire dans le projet de document: « Un environnement de sécurité plus hostile nous oblige à faire un bond en avant et à accroître notre capacité et notre volonté d’agir, à renforcer notre résilience et à assurer la solidarité et l’assistance mutuelle ». Certains États membres d’Europe de l’Est ont fait valoir que pour que l’UE devienne un poids lourd géopolitique, elle doit jouer un rôle en matière de sécurité non seulement en Afrique, mais plus encore dans son voisinage oriental.

En conséquence, et en raison de l’escalade des tensions, l’UE a consacré un soutien plus conséquent à ses partenaires orientaux, notamment en matière de sécurité et de défense. En ce qui concerne les dépenses de défense, la nouvelle version indique qu’« il devient urgent de dépenser plus et mieux » en coordination entre les États membres et au niveau de l’UE. L’Union « définira des objectifs en matière d’augmentation et d’amélioration des dépenses de défense » d’ici à la mi-2022, la Commission européenne étant chargée d’élaborer des mesures incitatives supplémentaires pour les investissements collaboratifs.

Et la suite s’écrit chaque jour avec des morts en Ukraine, des réfugiés, des menaces à l’ordre mondial… que l’Union européenne tienne bon est la seule chose à nous souhaiter!