L’Allemagne renonce à la prolongation de ses centrales nucléaires – EURACTIV.fr

L’Allemagne a exclu la prolongation de la durée de vie de son parc nucléaire existant, balayant ainsi les préoccupations en matière de sécurité énergétique après la menace de Moscou  d’interrompre les livraisons de gaz à l’Allemagne, en représailles aux sanctions occidentales dans le cadre de la guerre actuelle entre la Russie et l’Ukraine.

L’Allemagne a commencé à réduire la capacité de son parc nucléaire — qui est de 9,5 GW — à la fin de l’année dernière, en fermant 4,2 GW sur trois sites, dans un effort national pour sortir du nucléaire après l’accident de Fukushima en 2011.

Cette décision a fait l’objet d’un examen minutieux après l’invasion de l’Ukraine par la Russie il y a deux semaines, un évènement qui a suscité des inquiétudes quant à un arrêt potentiel de l’approvisionnement en gaz provenant de Russie.

L’enquête du gouvernement a conclu mardi (8 mars) que le maintien en activité du parc nucléaire restant du pays n’était « pas recommandé » à ce stade et qu’il était trop tard pour réactiver les centrales déjà fermées.

« Nous avons à nouveau examiné très attentivement si un fonctionnement plus long des centrales nucléaires nous aiderait dans cette situation de politique étrangère », a déclaré le vice-chancelier allemand Robert Habeck dans un communiqué publié mardi.

« La réponse est négative — cela ne nous aiderait pas », a-t-il conclu.

L’évaluation a été menée par le ministère de l’Économie dirigé par Robert Habeck et le ministère de l’Environnement dirigé par Steffi Lemke, tous deux issus du parti écologiste allemand.

L’évaluation par le gouvernement des avantages de l’énergie nucléaire intervient après que Moscou a ouvertement menacé d’interrompre l’approvisionnement en gaz de l’Allemagne via le gazoduc Nord Stream 1, suite à la décision de Berlin de geler le processus de certification du Nord Stream 2.

« Nous savons que nous avons tout à fait le droit de prendre une décision miroir et d’imposer un embargo sur le transport de gaz via le Nord Stream 1, qui fonctionne actuellement à 100 % de sa capacité. Nous n’avons pas encore pris cette décision », a indiqué Alexandre Novak, chef adjoint du gouvernement russe.

Dans son avis négatif sur le nucléaire, l’Allemagne a invoqué des incertitudes juridiques et pratiques pour justifier sa décision. L’autorisation de fonctionnement des trois centrales qui ont été arrêtées le 31 décembre n’a pas pu être réactivée de façon « juridiquement certaine », ont expliqué les deux ministères dans un communiqué.

Et même si la décision de redémarrer les centrales nucléaires avait été prise, l’effet ne se ferait probablement pas sentir à temps pour la période hivernale de 2022, ont-ils fait valoir.

En outre, les trois centrales qui sont encore en activité aujourd’hui ne disposeraient pas de suffisamment de combustible après le 31 décembre 2022, ce qui ne permettrait « aucune production supplémentaire d’électricité » pour l’hiver prochain.

La prolongation de la durée de fonctionnement des trois centrales en service nécessiterait également une évaluation de la sûreté, qui a été réalisée pour la dernière fois en 2009. D’importants travaux de modernisation seraient alors nécessaires pour les remettre en service et faire en sorte qu’elles répondent aux normes de sécurité « les plus récentes pendant une période plus longue », ont également indiqué les ministères.

Les coûts associés au retour du personnel à leurs postes ainsi qu’à l’évaluation de la sûreté nécessiteraient une prolongation de la durée de fonctionnement de trois à cinq ans. C’est ce que réclamait le Land de Bavière.

« Nous ne devons pas fermer ce qui est encore en fonctionnement, c’est pourquoi nous avons besoin d’une prolongation modérée de la durée d’exploitation des centrales nucléaires de 3 à 5 ans », a indiqué Markus Söder, le ministre-président de Bavière, dans une publication sur Twitter.

Dans leur analyse, les deux ministères « partent du principe que d’autres options seront disponibles jusqu’en 2028 pour assurer un approvisionnement suffisant en électricité malgré la pénurie de gaz », peut-on lire dans l’évaluation.

« À partir de l’automne 2023, ils fourniraient des volumes d’électricité supplémentaires, mais il n’y a pratiquement pas de substitution des volumes de gaz, puisque les centrales électriques au gaz sans cogénération sont, de toutes façons, peu utilisées en situation de crise gazière », précise le communiqué.

La pression s’accentue sur l’Allemagne pour qu’elle mette fin aux importations d’énergie de Russie, qui, selon les critiques, permettent de financer la guerre du Kremlin en Ukraine.

Toutefois, le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré que la poursuite des importations d’énergie russe était « essentielle » pour les citoyens allemands. « L’approvisionnement de l’Europe en énergie pour la production de chaleur, la mobilité, l’alimentation électrique et l’industrie ne peut être assuré d’aucune autre manière à l’heure actuelle », a-t-il affirmé.

Un embargo total sur les importations russes comporte un « réel danger de sous-approvisionnement énergétique dans certains secteurs », a expliqué M. Habeck mardi.

Alors que le nouveau gouvernement allemand prévoyait initialement d’éliminer progressivement le charbon d’ici 2030 dans le meilleur des cas, il s’est maintenant engagé à maintenir les centrales à charbon en activité et prêtes à fonctionner pour le moment.

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