Les législateurs appellent l’UE à renforcer sa législation sur la désinformation à la suite des émeutes aux États-Unis – EURACTIV.fr

Le Parlement européen a soulevé des inquiétudes sur le rôle des réseaux sociaux dans l’insurrection au Capitole, avançant que la nouvelle législation européenne sur les services numériques devrait s’axer davantage sur la lutte contre la propagation d’infox conspirationnistes en ligne.

Les partisans de Donald Trump ont fait irruption dans le Capitole américain à Washington mardi (6 janvier), tentant de s’opposer à l’adoubement du président élu Joe Biden par le Congrès.

À la suite des affrontements entre pro-Trump et forces de l’ordre, les réseaux sociaux semblent – pour la première fois – avoir reconnu leur part de responsabilité, tandis que nombre d’entre eux avaient laissé le président américain proférer des informations fallacieuses sur leurs plateformes, martelant que les élections de novembre avaient été truquées.

Dans une démarche inédite, Twitter a temporairement bloqué le président de son réseau, arguant qu’une série de tweets de ce dernier incitait à la violence.

Une procédure qu’à également suivie Facebook jeudi (7 janvier) en bloquant « indéfiniment » le compte du républicain, et ce pour avoir propagé de fausses informations sur les élections.

« Permettre au président de continuer à utiliser nos services est trop risqué », a fait savoir Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook.

À Bruxelles, les députés européens ont rapidement condamné le rôle des réseaux sociaux dans les violences à Washington, et ce en raison du contenu conspirationniste qui pullule sur leurs plateformes.

« Les émeutes à Washington ont grandement été fomentées par les théories du complot, à tel point que [les infox en ligne] sont parvenues à miner la confiance que de nombreux Américains portent dans les institutions démocratiques », a déclaré le député européen belge de centre droit Kris Peeters, qui a réalisé un rapport au sujet de la législation sur les services numériques (DSA) et les droits fondamentaux l’année dernière.

« La loi européenne sur les services numériques doit grandement améliorer la transparence des sociétés numériques et leur capacité à respecter les règles afin que nous puissions nous assurer qu’elles résolvent les risques encourus de façon adéquate, notamment la manière dont la désinformation est partagée et accentuée », a-t-il ajouté.

En vertu de la loi DSA, les plateformes pourraient être contraintes de payer des milliards d’euros d’amendes, à moins qu’elles ne s’alignent sur la nouvelle réglementation sur la mise en avant de la transparence, la suppression de tout contenu illégal et l’accès aux données personnelles. Les sanctions en cas de non-respect pourraient aller jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise concernée.

Alex Agius Saliba, député européen socialiste et rapporteur pour la commission parlementaire du marché intérieur et de la protection des consommateurs (IMCO) en 2020, a soutenu que ladite loi devait s’axer davantage sur la propagation de fausses informations.

« Il s’agit d’une attaque contre la démocratie, et l’État de droit. J’espère simplement que nous pourrons restaurer la paix », a-t-il fait savoir auprès d’Euractiv.

«Les stratégies numériques destinées à stimuler l’attention de l’utilisateur vers du contenu sensationnaliste et illégal doivent être abordées de façon pertinente dans la nouvelle législation».

Code de bonnes pratiques et DSA

En ce qui concerne la désinformation, la législation proposée établit un garde-fou en matière de corégulation qui jouera un rôle essentiel dans le code européen de bonnes pratiques contre la désinformation, signé par Facebook, Twitter et Google.

De son côté, la Commission européenne a commencé à redoubler d’efforts pour lutter contre les infox inscrites dans le code.

« Nous œuvrons désormais pour étoffer le Code de bonnes pratiques contre la désinformation », a expliqué Věra Jourová, la vice-présidente de la Commission européenne chargée des valeurs et de la transparence.

L’un des objectifs serait de « contrôler les règles des plateformes et l’accès aux données, développer des normes pour la collaboration entre les vérificateurs (fact-checkers) et les plateformes et renforcer la protection des services », a-t-elle renchéri dans un entretien avec Euractiv le 7 janvier.

« Grâce à la loi DSA, nous bénéficierons d’un cadre légal pour ce faire. La nouvelle législation introduit, entre autres, un besoin global pour les grosses plateformes de prendre des mesures d’atténuation des risques. S’il est suivi correctement, le Code peut être l’une de ses mesures ».

La Commission européenne publiera les lignes directrices à ce propos au printemps 2021, celles-ci devant établir comment les plateformes devront améliorer leurs mesures en fonction de l’évaluation effectuée dans le cadre du Code révisé.

Cependant, aux yeux du député européen socialiste Paul Tang, rapporteur pour la commission parlementaire des libertés civiles (LIBE), il se pourrait que l’orientation générale à suivre pour les réseaux sociaux ne soit pas suffisante.

Des manifestants pro-Trump prennent d’assaut le Capitole américain

Des partisans du président américain Donald Trump ont forcé des barrages de sécurité de la police et pris d’assaut le Capitole ce mercredi 6 janvier, interrompant le décompte des voix du Congrès qui devait confirmer la victoire du président élu Joseph R. Biden Jr.

Tandis qu’« un cadre clair est nécessaire pour les plus grandes plateformes afin d’endiguer la propagation de la désinformation », la possibilité de réglementer de front la désinformation ne doit pas être écartée.

« Nous ne pouvons pas nous reposer sur la bonne volonté de Twitter et Facebook pour assurer le bon déroulement de la démocratie, au vu de leurs intérêts commerciaux et du bagage qui les précède », a-t-il expliqué à Euractiv.

Des propos relayés par la députée européenne verte Alexandra Geese, rapporteur fictif de la loi DSA pour l’IMCO, qui déplore les dispositions particulières de la loi DSA habilitant les plateformes numériques à évaluer leurs propres risques dans certains domaines.

« L’exécutif européen souhaite que Google et Facebook rédigent leurs propres évaluations des risques. C’est comme demander à Volkswagen d’évaluer sa contribution au changement climatique », a-t-elle indiqué, soulignant l’affaire Timnit Gebru, une chercheuse en éthique liée à l’intelligence artificielle (IA) licenciée par Google en décembre dernier, car elle aurait écrit une analyse sur le caractère biaisé intrinsèque des systèmes IA.

« Comment pouvons-nous espérer de ces sociétés qu’elles rédigent leurs propres études d’incidences, si elles refusent toute manifestation de sens critique et limogent ceux chargés d’atténuer les risques ? », s’interroge Mme Geese.

Les émeutes avaient été prévues en ligne

Les manifestations ont été annoncées et préparées en ligne, à travers plusieurs plateformes, quelques jours avant le vote du Congrès jeudi (7 janvier).

Toutefois, beaucoup d’informations concernant la prise d’assaut ont également été transmises sur des sites web moins fréquentés, comme les plateformes pro-Trump « Gab », « Parler » ou « TheDonald.win ». Le hashtag #stopthesteal (arrêtez le vol), a également été largement utilisé pour propager des appels à la violence, notamment des photos de George Washington brandissant une arme avec la légende : « Nous ne devons pas compter sur Trump pour nous sauver. Le 6 janvier, nous devons le sauver. »

Mais, les actes de violence faisaient aussi foison sur les réseaux plus traditionnels. Dans une vidéo TikTok, l’un des partisans de Donald Trump appelait ses compatriotes à amener leurs armes aux manifestations.

Pour cette raison, Alexandre Ritzmann, consultant au Réseau de sensibilisation à la radicalisation (RAN), soupçonne que les autorités américaines « auraient dû être au courant de ce qui allait se passer ». À la lecture de plusieurs documents rendus publics par le FBI, il apparaît que le Bureau suivait de près les activités de groupes en ligne, comme le QAnon, une mouvance conspirationniste.

Pour le FBI, QAnon et les autres « mouvements extrémistes nationaux fondés sur les théories du complot » représente une menace terroriste.

À Bruxelles, les législateurs finalisent les derniers points du règlement sur le contenu terroriste en ligne. Celui-ci introduira, entre autres, un système de notification-action plus strict qui forcera les plateformes en ligne à supprimer tout contenu terroriste dans l’heure de son signalement.

En revanche, selon M. Ritzmann, tout système reposant sur la « notification-action » ne sera pas assez efficace, étant donné que les plateformes n’agissent pas en amont, mais en aval.

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