Grain de sel VDB
Depuis la publication de son livre blanc sur son idée de la construction d’une nouvelle gouvernance mondiale, le Parti communiste Chinois a exposé de manière claire sa volonté de s’établir en leader de la gouvernance mondiale. Une idée qui n’est pas insensée face au désordre actuel et la pertinence périmée depuis bien longtemps de la représentation des organisations multilatérales.
La Chine prend aujourd’hui avantage de cette obsolescence pour faire campagne auprès des pays du Sud en tant que future leader des institutions mondiales. Son passé historiquement puissant (routes de la soie) et son casier judiciaire vierge en terme de colonisation en font un candidat parfait afin d’à la fois représenter les pays du Sud et les dominer économiquement, sous couvert d’accompagnement pour leur développement.
Se disant ouverte au multilatéralisme, la Chine s’oppose à la domination occidentale et en particulier états-unienne. En parallèle de se construire une crédibilité sur la scène de la gouvernance mondiale auprès des pays du Sud, Pékin travaille également à affirmer une domination économique sur l’Europe.
Comment réagir face à ce choc chinois, selon les priorités de l’agenda politique européen?
La réponse la plus complète et permettant d’agir à la fois de manière immédiate et à long terme semble se dessiner en deux temps.
Premièrement, la nécessité de construire un arsenal législatif adapté comme moyen d’apporter une riposte à long terme
En effet, il semble urgent de s’armer législativement pour limiter la Chine dans ses initiatives économiques en Europe. La première utilité de ce cadre législatif doit être de faire face aux prises de contrôle massives des entreprises européennes par les entreprises chinoises. En effet, il y a aujourd’hui un décalage énorme entre le contrôle que le gouvernement chinois opère sur ses entreprises et le laisser-faire européen au sujet des acquisitions d’entreprises ou d’actifs (type brevets, etc).
Les acquisitions chinoises sont ciblées sur des noeuds stratégiques géographiques ou sectoriels, à l’image du port du Pirée en Grèce acquis à 51% il y a déjà 10 ans par COSCO Shipping, amateur public chinois. Ces stratégies existait déjà à l’époque des premières « routes de la soie », et sont devenues à notre ère des acquisitions d’infrastructures portuaires et commerciales (Lire aussi les articles de notre expert Xavier Drouet à ce sujet : Nouvelles routes de la soie numériques : où va la Chine ? ; Face cachée de la domination technologique chinoise).
Ainsi, une réglementation sur les matières premières critiques est entrée en vigueur le 11 avril 2024, afin de sécuriser nos approvisionnements en métaux. Le plan ReSourceEU accélère également le déploiement du règlement sur les terres rares, contrôlées aujourd’hui à 90% par la Chine : ce plan a hauteur de 3 milliards d’euros pour 2026 prévoit de réduire la dépendance aux exportations chinoises, de trouver de nouveaux partenaires commerciaux pour s’approvisionner en métaux, et de produire et recycler des terres rares sur le sol européen.
Mais les terres rares ne sont pas le seul secteur stratégique sur lequel l’Europe doit se défendre : hydrogène, cloud, semi-conducteurs, principes actifs pharmaceutiques, sont aussi des secteurs clés où l’autonomie est nécessaire.
De plus, cet arsenal législatif doit aussi être un outil de réarmement monétaire vis-à-vis des états-Unis : faire de l’euro une monnaie compétitive au même titre que le dollar est essentiel à l’ère de Trump. En effet, le président des Etats-Unis n’a aucun scrupule à mettre en difficulté l’euro si c’est dans son intérêt : c’est donc une Union des marchés de capitaux qu’il faut garantir.
En attendant, la meilleure défense reste de soutenir un marché plus intégré
La finalisation du marché intérieur est de toute évidence le sujet majeur lorsqu’il s’agit d’intérêts européens : depuis la création de la CEE en 1957, malgré le projet du marché intérieur de Jacques Delors (comme la signature de l’Acte Unique Européen en 1986, qui avait pour but d’ouvrir la voie au marché unique) puis celui de la stratégie de Lisbonne (notre expert Gilles Briatta s’est déjà exprimé à ce sujet dans un article du blog : Compétitivité de l’UE- Gilles Briatta réagit au rapport Draghi et à l’appel de Coimbra) , cet objectif n’a jamais vraiment été atteint et nos marchés demeurent partiellement fragmentés.
Or, l’Europe dispose d’un atout de taille : son marché. Elle doit pouvoir jouer sur la préférence des consommateurs à acheter européen. Cela ne peut être dissocié de la construction d’une identité européenne, qui n’est pas encore ancrée dans la culture de la plupart des pays.
De plus, au défi identitaire s’ajoute la complexité au niveau étatique de s’entendre à 27 afin d’accélérer la prise de mesures pour un marché unique. Le 24 avril 2026, la commission, le parlement ont pris un engagement qui consiste à achever le marché intérieur d’ici fin 2027 : les 5 piliers de cet engagement consistent à simplifier les freins bureaucratiques qui ralentissent l’exécutif, à renforcer l’intégration du marché unique, défendre un commerce interne fort, réduire les prix de l’énergie et accélérer la décarbonation, et guider la transition digitale et de l’intelligence artificielle.
D’autres stratégies envisagées
L’Europe peut et doit envisager d’autres stratégies complémentaires, à commencer par la diversification des partenaires commerciaux. S’émanciper du marché chinois ne doit pas signifier strictement un repli sur son marché intérieur, mais également un renforcement de relations avec des partenaires déjà établis. Bien que des efforts restent à fournir, c’est ce qui a été consolidé avec l’accord de libre échange conclu entre l’Australie et l’UE en mars 2026.
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