Grain de sel

Du duel au duo : Washington et Pékin réécrivent les règles
Depuis 2018 et le premier mandat de l’administration Trump, les États-Unis et la Chine se sont lancés dans une guerre commerciale à coups de droits de douane et de restrictions technologiques. Si le président Biden a maintenu la pression durant son mandat et popularisé le concept de « dérisquage » avec la Chine, le second mandat de Trump réserve bien des surprises.
Face aux restrictions occidentales, Pékin a resserré l’accès aux terres rares et minerais critiques, essentiels à l’industrie mondiale, un levier de pression qui aurait du approfondir le fossé entre les deux puissances. C’est pourtant l’inverse qui semble se dessiner. Lors du sommet de Pékin en 2026, Trump et Xi Jinping ont échangé poignée de main et formules flatteuses sur un ton de réconciliation assumée, actant au passage une trêve commerciale et une suspension partielle des droits de douane mutuels. « Achieving the great rejuvenation of the Chinese nation and making America great again can totally go hand in hand », déclarait Xi Jinping à son hôte américain.
Leurs intérêts aujourd’hui semblent converger : stabilité économique, marchés financiers apaisés, escalade évitée. Pour autant, ces évolutions ne semblent présager qu’une simple trêve tactique : Pékin maintient en parallèle son axe stratégique avec Moscou, comme en témoigne l’accueil de Vladimir Poutine en Chine seulement quelques jours après Donald Trump.
Faut-il alors parler d’un « bicaméralisme G2 » ? C’est la thèse que défend Alicia Garcia-Herrero, chercheuse senior au think tank Bruegel : Washington et Pékin se partageraient progressivement les règles du jeu mondial, laissant les autres puissances, dont l’Union européenne, subir sans décider.
L’Union européenne, le dindon de la farce ?
Quelle place pour l’UE entre ces deux puissances ? Elle semble être les principales conséquences des tensions sino-américaines. Coincée depuis 2018 entre la pression américaine à « se dérisquer » et des chaines d’approvisionnement encore très dépendantes de Pékin, l’Europe subit de plein fouet ce rééquilibrage sino-américain. L’excédent commercial chinois avec l’UE a atteint 113 milliards de dollars sur les quatre premiers mois de 2026, contre 91 milliards un an plus tôt, pour un déficit annuel qui a atteint les 360 milliards d’euros en 2025. Aujourd’hui, l’Europe subit les surcapacités chinoises qui inondent ses marchés.
Si Bruxelles tente de passer à l’offensive, la riposte semble tardive et encore timide. Les outils de défense commerciale traditionnels (Règlement sur les subventions étrangères, enquêtes anti-dumping) sont jugés trop lents face à l’ampleur du phénomène. Quant au projets de stockage de minerais critiques et de diversification des fournisseurs, ils restent encore au stade de la planification (avec une règle envisagée plafonnant les achats auprès d’une source unique à 30-40%). Cette réponse défensive est perçue par Pékin comme une offensive à son égard, dans un contexte où l’Europe hésite encore sur la définition même de ce partenaire : rival systémique ou adversaire déclaré ? L’Europe se retrouve donc aujourd’hui plus engagée dans la rupture avec la Chine que les États-Unis eux-mêmes. En adoptant une posture hawkish au moment où son allié américain s’en éloigne, Bruxelles s’expose à un risque réel d’isolement stratégique. Dans ce potentiel nouveau paradigme, la question de l’autonomie stratégique européenne se pose : est-ce un horizon crédible ou un voeu pieux face à des dépendances structurelles que dans de discours n’ont pas suffi à résorber ?
Cependant le conflit iranien et sa propagation à la région ou la Chine a des interets nombreux ,notamment celui de l’utilisation tres reguliere du detroit d’Ormuz peut faire capoter cette entente cordiale nouvelle
Viviane de Beaufort
