Taxonomie : inclusion du gaz et du nucléaire – EURACTIV.fr

La Commission européenne a présenté son deuxième acte délégué relatif aux règles de l’UE en matière de financement durable. Sous certaines conditions, l’énergie nucléaire et le gaz seront qualifiés de « verts », ce qui réjouit l’industrie allemande.

La « taxonomie verte » de l’Union européenne régit les investissements qui peuvent être qualifiés de durables sur les marchés financiers. L’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie avait provoqué un tollé dans les États opposés au nucléaire, tandis que d’autres s’opposaient quant à eux à l’inclusion du gaz.

Le 21 janvier, l’Allemagne avait soumis une liste de demandes visant à assouplir les restrictions sur le gaz naturel tout en désapprouvant publiquement l’inclusion du nucléaire, mais la proposition finale contient les deux.

« Nous avons adopté une approche réaliste et pragmatique quant à l’inclusion du nucléaire et du gaz dans la taxonomie », a expliqué un fonctionnaire européen aux journalistes mercredi 2 février.

« La taxonomie permet de baliser la voie pour que les investissements privés contribuent à nos objectifs climatiques », a affirmé la commissaire chargée des Finances Mairead McGuiness, notant que les gouvernements ne seraient pas en mesure de fournir les 350 milliards d’euros d’investissements annuels dont l’Europe a besoin pour devenir climatiquement neutre d’ici 2050.

L’acte délégué « permettra d’accélérer les investissements privés dont nous avons besoin, en particulier dans la présente décennie », a noté le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovkis.

Alors que le débat qui a duré un mois sur l’inclusion du nucléaire et du gaz dans les règles de la taxonomie verte de l’Union européenne touche à sa fin, on note clairement certains grands gagnants. L’entreprise française EDF peut désormais bénéficier d’investissements « verts » pour son parc d’énergie nucléaire partiellement abandonné, et les services publics allemands ainsi que l’industrie allemande voient leur souhait d’inclure le gaz dans la taxonomie exaucé.

« Avec l’acte délégué sur la taxonomie de l’UE, la Commission européenne reconnaît fondamentalement le rôle essentiel de ces centrales de transformation [au gaz] pour atteindre la neutralité climatique. C’est également une bonne chose que la Commission ait apporté d’autres améliorations », a expliqué Ingbert Liebing, directeur de l’association allemande des services publics VKU.

L’industrie allemande avait déjà fait comprendre au gouvernement allemand que l’inclusion du gaz dans la taxonomie de l’UE serait cruciale.

« Pour la période de transition, le futur gouvernement allemand devrait s’efforcer de faire en sorte que l’UE continue de reconnaître le gaz naturel comme ayant sa place dans la taxonomie », avait déclaré Siegfrid Russwurm, directeur de l’influente association commerciale allemande BDI, en novembre.

Par la suite, Berlin a exprimé son soutien à l’inclusion du gaz dans la taxonomie dans une déclaration envoyée à Bruxelles en janvier. « Avec cette déclaration, le nouveau gouvernement fédéral fait preuve d’une volonté de façonner l’avenir », s’est félicité M. Liebing.

La Commission européenne avait initialement cherché à conditionner l’attribution du label vert aux nouvelles centrales électriques au gaz à l’utilisation d’une certaine proportion de gaz à faible teneur en carbone, comme l’hydrogène.

En 2026, la Commission souhaitait initialement que les centrales au gaz intègrent 30 % de gaz à faible teneur en carbone, puis 55 % en 2030, avant de passer à une production entièrement bas carbone en 2035. Berlin avait qualifié ces ambitions d’« irréalistes ».

Par la suite, la Commission européenne avait abandonné les exigences dites de « passage à un autre combustible » mais était restée ferme sur un passage à 100 % à des gaz neutres en carbone pour 2035.

« Ces changements interviennent à la lumière des observations techniques des États membres, de la plateforme et du Parlement européen », a indiqué un fonctionnaire européen.

« La suppression des objectifs irréalistes pour l’hydrogène d’ici 2026/2030 est un succès important pour #Ampel », a indiqué Lukas Köhler, vice-président des libéraux allemands, dans une publication Twitter, après la présentation de la proposition de la Commission.

Les changements, en partie apportés par le gouvernement allemand, n’ont pas été bien accueillis par la société civile.

« Le gouvernement allemand a remporté la victoire avec sa demande d’assouplissement des critères relatifs au gaz. Ce n’est pas digne d’un gouvernement qui s’autoproclame défenseur du climat », a déploré Johannes Schroeten, conseiller politique pour le financement durable de l’UE au sein du groupe de réflexion E3G.

Néanmoins, toutes les demandes de l’industrie du gaz sont loin d’avoir été satisfaites. Le budget carbone par centrale électrique de 550 kg d’émissions de carbone par kilowatt de capacité, équivalent à un fonctionnement de 2 000 heures par an pendant 20 ans, n’a pas été modifié malgré les pressions exercées par l’industrie gazière allemande.

Déconnexion entre Berlin et Bruxelles

Le conflit sur la catégorisation du gaz et du nucléaire dans la taxonomie a également révélé des clivages entre les partis du gouvernement allemand et leurs homologues de l’UE. Le gouvernement allemand est composé des sociaux-démocrates du SPD, des Verts et des libéraux du FDP, qui ont tous défendu le gaz dans leur déclaration envoyée à la Commission européenne en janvier.

« L’énergie nucléaire ne répond pas à ces critères, et aucun greenwashing de la part de la Commission européenne n’y contribuera. Les critères de transition pour l’utilisation du gaz pour la production d’électricité sont également inadaptés », a expliqué Joachim Schuster, législateur au Parlement européen et membre du SPD.

Les écologistes allemands au Parlement européen partagent son point de vue. « Nous, les Verts, sommes déçus par l’adhésion de la Commission européenne à l’inclusion du nucléaire et du gaz dans la taxonomie », a noté Rasmus Andersen, législateur européen et chef de file du parti.

L’opposition des législateurs européens pourrait s’avérer cruciale, car les 353 +1 voix du Parlement européen semblent être la dernière opportunité législative pour les opposants à l’inclusion du gaz et du nucléaire dans la taxonomie.

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