Semi-conducteurs : un plan de 50 milliards pour réduire la dépendance européenne

C’est un plan de très grande envergure. Pour réduire ses dépendances en matière de semi-conducteurs et retrouver une autonomie stratégique, l’UE va mettre sur la table près de 50 milliards d’euros d’ici à 2030, a annoncé vendredi Thierry Breton, commissaire européen en charge du marché intérieur lors d’un briefing. Soit 12 milliards d’euros, dont 6 milliards financés par la Commission, sur le volet recherche ; près de 30 milliards d’euros de la part des États membres, via le plan de relance européen, pour la construction notamment de trois à cinq très grandes usines (Mégafab) ; et, enfin, la création par la Banque européenne d’investissement (BEI) d’un fonds de plus de 5 milliards d’euros pour financer cette filière. Un plan d’ampleur sensiblement équivalente à celui des Etats-Unis (52 milliards de dollars).

Thierry Breton maintient des objectifs très ambitieux dans la chaîne de valeur de cette filière industrielle. Il compte sur l’industrie européenne pour concrétiser des projets en vue d’améliorer la finesse de gravure des circuits imprimés et des composants pour la création des puces, qui iront à 2 nanomètres grâce à la technologie FinFet et en dessous de 10 nanomètres en FDSOI (technologie française développée par le CEA-Leti). Selon Thierry Breton, cette bataille est sur le point d’être gagnée. Ce qui n’était pas gagné au départ. Dans ce cadre, la Commission financera en partie trois lignes pilotes (entre 1 et 2 milliards d’euros par ligne pilote), qui sont de grandes infrastructures pour accompagner l’industrialisation des puces : 1 chez IMEC (en dessous de 2 nm), 1 au LETI (en-dessous de 10 nm en FDSOI) et 1 chez Fraunhofer (Packaging).

« Ce plan démontre qu’avec une vision, de la détermination et de la rapidité, on peut redonner une ambition industrielle et technologique à l’Europe« , a-t-il expliqué.

Multiplier par quatre la production en Europe

L’objectif de Thierry Breton est de renforcer l’industrie européenne de semi-conducteurs en multipliant par deux la part qu’elle représente dans la production mondiale de puces, pour la porter à 20% (contre 10 % environ actuellement) d’ici à 2030, a-t-il confirmé. Ce qui veut dire multiplier la production européenne par quatre en raison des besoins mondiaux en très forte croissance dans les prochaines années. Le marché des semi-conducteurs devant doubler en 10 ans (de 500 milliards à 1.000 milliards d’euros). La pénurie mondiale de semi-conducteurs a mis en exergue les risques pour l’UE de dépendre en grande partie d’industriels asiatiques (notamment TSMC, Samsung et UMC).

Ces géants asiatiques fournissent près de 80% de la demande mondiale (dont plus de 50% venant de Taïwan). Taïwan, qui n’est pas à l’abri d’un conflit avec la Chine, a investi 36 milliards de dollars en 2021 dans les usines de fabrication de semi-conducteurs. Les puces sont essentielles pour plusieurs industries (automobile, smartphone, santé, 5G, Intelligence Artificielle…). Des secteurs stratégiques tels que la défense, la sécurité, l’aéronautique et le spatial sont également menacés par des pénuries. Compte tenu des tensions géopolitiques actuelles, il est impératif que l’Europe puisse compter sur une capacité de production à la hauteur, tant en volume qu’en technologie de pointe.

« Chips european Act »

Ce plan financier s’accompagne d’un volet réglementaire (« Chips european Act »), crucial pour sécuriser les approvisionnements critiques de l’Europe dans certains domaines, dont les puces. La commission européenne va se doter d’un instrument de réciprocité équivalent au Defense Production Act (DPA) américain, qui permet au président d’exiger des entreprises sur le sol américain de produire exclusivement pour les Etats-Unis. Ce qu’ont récemment fait Donald Trump puis Joe Biden pour lutter contre la pandémie de la Covid-19. Le « Chips european Act » « rétablit un rapport de force dans la géostratégie de la chaîne de valeur, a expliqué Thierry Breton. Cet instrument va exister mais nous préférerons toujours favoriser le dialogue ». Cette initiative est clairement une étape importante dans l’évolution vers une Europe puissance, qui s’éloigne d’une Europe ouverte aux quatre vents.

Enfin, la Commission souhaite s’assurer de la sécurité d’approvisionnement et établir des règles pour les entreprises étrangères souhaitant investir dans des installations de production de MegaFab en Europe. « Nous avons appris de la crise des vaccins. Nous adaptons notre marché unique aux nouvelles réalités de la géopolitique des chaînes d’approvisionnement », a fait valoir Thierry Breton.

Semi-conducteurs : le méga plan de l’Europe de près de 50 milliards pour réduire ses dépendances (latribune.fr)