Ce que les agriculteurs reprochent à l’Union européenne

En France, mais aussi un peu partout en Europe, les agriculteurs expriment leur colère. Si les griefs sont différents d’un pays à l’autre, de nombreux paysans pointent du doigt plusieurs politiques de l’Union européenne.

GDS : Allemagne, Italie, France et Belgique… en Europe, les agriculteurs expriment une colère en grande partie tournée vers l’Union, ses normes et ses accords de libre échange. Entre Pacte vert et Ukraine, ces derniers craignent pour leur survie.

La colère des agriculture

La colère des agriculteurs français est loin d’être une exception. Ces derniers mois, des mouvements de contestation similaires ont éclaté aux quatre coins de l’Union européenne, de la Pologne aux Pays-Bas, en passant par l’Allemagne et la Roumanie. Avec dans chaque pays, un élément déclencheur différent : une réduction des subventions sur le fioul agricole en Allemagne, le coût des carburants et des assurances en Roumanie ou encore les importations de céréales ukrainiennes en Pologne.

Si le mouvement n’est pas coordonné au niveau européen, les agriculteurs du Vieux Continent dénoncent tous des conditions de travail difficiles et un manque de considération de la part des dirigeants politiques. A un peu plus de quatre mois des prochaines élections européennes (6-9 juin), les représentants des agriculteurs mettent également en cause certaines politiques de l’Union européenne. Parmi les plus visées, on retrouve le Pacte vert européen (Green Deal en anglais), la politique agricole commune (PAC) ou encore la politique commerciale.

Un Pacte vert trop radical ?

“Le fondement commun, c’est l’incompréhension de ce qu’est le cadre européen aujourd’hui […] Ce sujet, c’est le Green Deal”, soulignait le président de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) Arnaud Rousseau le 22 janvier sur France Inter. Le Pacte vert est la feuille de route environnementale de la Commission européenne et la priorité de sa présidente Ursula von der Leyen. Il poursuit un objectif principal : faire en sorte que l’Union européenne atteigne la neutralité climatique en 2050.

Mais cette ambition européenne est devenue la cible des paysans en colère. Ils reprochent au Pacte vert, ainsi qu’à sa déclinaison agricole (la stratégie “de la Ferme à la table”) des ambitions intenables pour leur secteur. “Les agriculteurs veulent contribuer [à la lutte contre le changement climatique]”, affirme Christiane Lambert, présidente du Copa qui rassemble les syndicats agricoles majoritaires en Europe. Dans un entretien accordé à Ouest-France, elle met toutefois en garde la Commission : “attention à ce que la marche ne soit pas trop haute. Nous sommes confrontés à un amoncellement de normes environnementales qui menacent la viabilité de nos exploitations”.

Du côté du Parlement européen, certains réfutent l’idée selon laquelle la cause des problèmes actuels serait liée au Pacte vert. A l’image du Français Pascal Canfin (Renew) qui explique à L’Opinion “qu’aucune des réglementations environnementales dans le domaine agricole liée au Pacte [vert] n’est encore entrée en vigueur”. Récemment, plusieurs textes clés du Green Deal ont été ralentis, voire abandonnés. Le Parlement européen a par exemple rejeté fin novembre une proposition de règlement sur les pesticides qui prévoyait notamment une baisse de 50 % de l’usage des produits phytosanitaires d’ici à 2030. S’il n’est pas définitivement enterré, le projet semble plus que compromis.

En novembre dernier, Etats membres et eurodéputés se sont tout de même entendus sur le dossier sensible de la restauration de la nature. Destinée à améliorer l’état des écosystèmes terrestres et marins, ce projet avait suscité de vifs débats dans les sphères européennes, conduisant à un “affaiblissement” du texte, selon Pascal Canfin. Là encore, il doit encore être formellement adopté par les deux institutions avant d’entrer en vigueur.

Un “dialogue stratégique” entre les institutions européennes et le monde agricole

En septembre dernier, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait annoncé le lancement d’un “dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture de l’UE” pour désamorcer la grogne du monde agricole. Ce groupe d’une trentaine de représentants de la chaine alimentaire doit débuter ses travaux le jeudi 25 janvier et rendre ses conclusions au mois de septembre. Présidé par l’universitaire allemand Peter Strohschneider, qui a conduit des travaux similaires dans son pays, le groupe réunit les principales organisations du secteur (exploitants agricoles, coopératives, associations, entreprises, société civile ou ONG) et envisage d’ouvrir la voie à des contributions extérieures.

Les discussions porteront sur quatre grands thèmes : les revenus et les conditions de vie décentes, les questions environnementales et l’adaptation des systèmes de production, l’innovation et enfin la compétitivité du système alimentaire de l’UE.

Une politique agricole commune trop complexe ?

Côté français, les premiers mécontentements ont été exprimés à l’automne 2023. A cette période, le syndicat des Jeunes agriculteurs lance le mouvement “On marche sur la tête” en retournant les panneaux d’entrées des communes pour protester, entre autres, contre les retards de paiement des aides de la politique agricole commune.

Mise en place en 1962 pour assurer la souveraineté alimentaire du continent, la PAC représente encore aujourd’hui plus du tiers des dépenses de l’Union européenne (386,6 milliards d’euros pour la période 2021-2027). Les agriculteurs français en sont les principaux bénéficiaires avec plus de 9 milliards d’euros par an, représentant 22 % de leurs revenus, selon la Commission européenne.

Sans la PAC, l’agriculture française n’aurait pas connu un tel développement depuis un demi-siècle”, reconnait Christiane Lambert. Si les agriculteurs ne remettent pas directement en cause cette politique, ils dénoncent les lourdeurs administratives qu’elle implique. Au fil des années, les démarches pour bénéficier des aides agricoles se sont complexifiées, conduisant à des retards de paiement.

La dernière réforme de la PAC, entrée en vigueur en 2023, a également apporté son lot de nouveautés. Parmi elles, la mise en place d’écorégimes, un système d’aides directes visant à promouvoir des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Autre élément : les plans stratégiques nationaux, des feuilles de route rédigées par chaque pays pour une période de 5 ans.

Ces changements ont également engendré de nouvelles procédures pour les agriculteurs, comme pour les administrations nationales qui effectuent les paiements et occasionné d’importants retards. Les versements sont réalisés par chaque Etat membre, la Commission venant rembourser les sommes octroyées.

Enfin, les aides de la PAC sont conditionnées au respect de certaines mesures, jugées inadaptées à leur situation par les agriculteurs. Notamment la mise en jachère d’au moins 4% des terres arables (qui peuvent être labourées ou cultivées) pour favoriser la biodiversité. Cette obligation, mise entre parenthèses après l’invasion russe de l’Ukraine (voir plus bas) pour permettre de doper la production agricole européenne, est de nouveau applicable depuis le 1er janvier 2024. Mais la Commission européenne n’exclue pas de revenir dessus. “Dans la situation actuelle de crise, il est difficile de comprendre pourquoi les agriculteurs devraient exclure 4 % de leurs terres de leur production”, a concédé le commissaire à l’Agriculture le 23 janvier. Lors d’une conférence de presse, Janusz Wojciechowski n’a ainsi pas fermé la porte à une nouvelle dérogation sur cette question.

Une mauvaise répartition des aides de la PAC ?

Certains dirigeants, comme le sénateur et ancien eurodéputé Yannick Jadot, estiment par ailleurs que les fonds alloués à la politique agricole commune ne sont pas distribués de façon équitable.

La majorité des aides sont allouées en fonction du nombre d’hectares, favorisant les grandes exploitations. Au niveau européen donc, “20% des agriculteurs les plus gros possèdent 83% des terres agricoles et touchent 81% des aides européennes”, explique le service fact-checking de France info.

Un constat à nuancer au niveau français où “20 % des plus gros agriculteurs possèdent 52% des terres agricoles et touchent ainsi 35% des aides européennes”, selon la chaîne.

Le poids agricole de l’Ukraine…

L’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 a également eu son lot de conséquences pour le secteur agricole. Pour soutenir l’économie du pays et garantir l’approvisionnement de certaines denrées alimentaires, l’Union européenne a rapidement suspendu l’ensemble des droits de douane sur les produits importés d’Ukraine.

Cette décision a nécessairement conduit à une hausse des importations de certains produits agricoles comme les œufs, le sucre ou les poulets, déstabilisant les marchés européens. A l’image des producteurs de volailles qui estiment que le kilo de poulet ukrainien se vend aujourd’hui 3 euros, contre 7 pour le français. Les agriculteurs y voient une concurrence déloyale en raison des normes bien moins contraignantes côté ukrainien.

La Commission européenne doit se prononcer prochainement sur la prolongation de cette libéralisation des échanges avec Kiev qui arrive à échéance en juin prochain. Elle explique vouloir réfléchir à des mesures pour limiter la distorsion de concurrence à l’avenir.

La guerre en Ukraine a également contribué de façon indirecte à accélérer l’inflation. Un phénomène qui a touché les agriculteurs de plein fouet, ces derniers ayant été affectés par l’explosion des coûts de l’énergie, mais également de ceux des intrants, de la main d’œuvre et de l’alimentation des animaux.

… et celui du Mercosur ou de la Nouvelle-Zélande

L’argument de la concurrence déloyale revient régulièrement dans la bouche des agriculteurs au moment d’évoquer les accords de libre-échange. Ils dénoncent par exemple l’accord commercial entre l’Union européenne et l’alliance économique du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay) conclu en 2019, mais jamais ratifié. Là encore selon les représentants du monde agricole, les normes environnementales et sociales européennes sont de loin plus exigeantes que celles qui touchent les agriculteurs sud-américains. 

Dans une résolution adoptée le 16 janvier dernier, le Sénat résume ces inquiétudes : “L’agriculture française et européenne ne supporterait pas longtemps la concurrence déloyale d’un tel afflux de poulets dopés aux antibiotiques, de maïs traité à l’atrazine ou de bœuf responsable de la déforestation, produits à l’autre bout du monde et bénéficiant des ‘tolérances à l’importation’ de l’Union européenne, par exemple en matière de limites maximales de résidus”.

Plus récemment, l’Union européenne a achevé de ratifier un accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande qui devrait entrer en vigueur en 2024. L’accord prévoit une suppression des droits de douane néo-zélandais sur les importations de viande porcine, vin et vin mousseux, chocolat, ou encore confiserie et biscuits jusqu’ici taxés à hauteur de 5 %. Mais là aussi, plusieurs fédérations d’éleveurs ainsi que des associations écologiques ont exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis de cette concurrence néo-zélandaise. En cause notamment, l’utilisation par les agriculteurs de cet Etat insulaire d’Océanie, de substances chimiques interdites sur le sol européen, comme l’atrazine ou le diflubenzuron.

 

Les agriculteurs en Europe : quelques chiffres

8,7 millions

Selon les chiffres de la , 8,7 millions de personnes travaillaient dans l’agriculture en 2020, représentant 4,2 % de l’emploi total dans l’UE. Le secteur occupait une part particulièrement élevée des actifs en Roumanie, avec plus d’une personne sur cinq (20,9 %) ! Ce pourcentage est d’environ 3 % en France.

Pour autant, de nombreuses autres personnes aident les exploitations agricoles sans y être employées à temps plein. La main-d’œuvre agricole régulière est ainsi beaucoup plus importante dans l’UE, avec 17 millions de personnes.

552 milliards d’euros

C’est la valeur de la production agricole européenne en 2023. Avec près de 96 milliards d’euros, la France est de loin le premier producteur de l’UE, devant l’Allemagne (76 milliards), l’Italie (73 milliards) et l’Espagne (65 milliards). Ces quatre pays représentent plus de 50 % de la production agricole européenne.

41,2 heures

En Europe, un agriculteur a des heures de travail plus longues que l’ensemble des actifs. Le temps de travail hebdomadaire dans le secteur agricole s’élevait en moyenne à 41,2 heures en 2022 dans l’Union européenne, contre 35,9 heures dans l’ensemble de l’économie.

28 800 euros

Le revenu moyen des agriculteurs européens était de 28 800 euros en 2021. Un chiffre en augmentation de 56 % par rapport à 2013 qui s’explique par une croissance plus rapide de la valeur de la production comparée à celle des coûts d’exploitation, ainsi que par une diminution du nombre de travailleurs agricoles.

Toujours est-il que les inégalités sont fortes d’un bout à l’autre du continent. Selon les services de la Commission européenne, les agriculteurs du nord-ouest de l’UE (Suède, Danemark, Pays-Bas, nord de l’Allemagne, nord de la France) affichent les revenus les plus élevés, là où la Roumanie, la Slovénie, la Croatie ou encore la Pologne enregistrent les plus faibles revenus de l’UE.

58,3 milliards d’euros

La (PAC) a permis de distribuer 58,3 milliards d’euros aux 27 Etats membres en 2022. La France est toujours la plus grande bénéficiaire de cet argent européen, enregistrant 9,5 milliards d’euros d’aides agricoles en 2022. Elle est suivie par l’Espagne (6,9 milliards) et l’Allemagne (6,4 milliards). A l’inverse, Malte est au bout du classement, avec seulement 19 millions d’euros au titre de la PAC.

La PAC est dotée d’un budget de 387 milliards d’euros entre 2021 et 2027, répartis entre le Fonds européen agricole de garantie (FEAGA), qui fournit surtout une aide directe aux revenus des agriculteurs, et le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER), qui finance de nombreux projets dans le monde rural. C’est plus d’un tiers du budget européen.

3,2 kg

En 2021, les agriculteurs européens utilisaient en moyenne 3,2 kg de pesticides par hectare. Ce sont les Pays-Bas qui utilisent le plus de pesticides dans l’Union européenne (10,86 kg/ha). Viennent ensuite Chypre (9,22 kg/ha) et Malte (8,09 kg/ha).

Plus gros producteurs du continent, l’Espagne, la France, l’Italie et l’Allemagne sont les plus grands consommateurs de pesticides en volumes. Et avec 3,67 kg par hectare, la France se situe un peu au-dessus de la moyenne européenne.

10,7 %

L’agriculture représentait 10,7 % des émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne en 2021. Selon les données d’Eurostat, cette part grimpe à 15,6 % en France, ce secteur étant particulièrement important dans l’Hexagone.

Un test grandeur nature pour la campagne des européennes

La colère agricole, au fur et à mesure qu’elle s’installe, marque le premier épisode de la campagne des élections européennes de juin, chaque parti voulant attirer le vote des agriculteurs.

Depuis une semaine, des manifestations d’agriculteurs secouent le pays et dominent l’agenda politique. Prix trop bas, concurrence déloyale avec les pays tiers, lourdeur administrative, rémunération trop basse — autant de revendications de la part d’une industrie à bout de souffle.

Des tensions qui ne cessent de monter en puissance, alors que le gouvernement s’apprête à présenter de nouvelles mesures vendredi matin (26 janvier).

« Vous cultivez la terre avec du savoir-faire, pas devant un écran », peut-on lire sur une des nombreuses banderoles accolées aux tracteurs qui bloquent autoroutes et entrées des villes.

Le monde agricole, en France mais également dans le reste de l’Union européenne, accuse les responsables politiques d’être déconnectés des réalités du monde rural, raison pour laquelle de nombreuses règlementations environnementales finissent par être impraticables sur le terrain au quotidien.

Assez pour lancer, beaucoup plus tôt que prévu, la campagne pour les élections européennes, alors que chaque force politique se démène pour réussir à devenir la porte-parole du malaise agricole.

« La campagne est lancée et il n’y a pas moyen de l’arrêter », glissait à Euractiv un cadre du parti présidentiel Renaissance, au risque qu’elle ne soit qu’un « “golden ticket” pour l’extrême droite ».

Patience et calme

Les organisations d’agriculteurs font pression sur le gouvernement français, demandant au Premier ministre nouvellement nommé, Gabriel Attal, de faire avancer les choses à Bruxelles, un mois avant le début du célèbre Salon International de l’Agriculture à Paris.

Le gouvernement marche sur des œufs. D’un côté, il a tout à perdre à tenir un discours critique de l’UE et du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), reniant ainsi une partie de son ADN politique – mais il est aussi contraint de répondre à la colère des agriculteurs par des mesures fortes de simplification des normes et d’accompagnement financier, sous peur de raviver le mouvement des Gilets jaunes.

« Il faut d’abord qu’on entende, collectivement, la colère qui s’exprime », a déclaré en début de semaine le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau cité par Le Monde.

M. Attal, quant à lui, prend le temps de rencontrer tous les syndicats. « Nous prendrons toutes les mesures utiles et nécessaires », a-t-il déclaré à l’Assemblée nationale mardi (23 janvier).

« Il faut entrer dans une phase constructive, pragmatique, rationnelle, et composer avec la période électorale qui arrive », expliquait Jérémy Decerle, eurodéputé Renaissance, à Euractiv.

« L’Europe de Macron »

Bien éloigné, dans les faits, de l’approche offensive de la droite et l’extrême droite.

Dans le Figaro, François-Xavier Bellamy, tête de liste du parti Les Républicains (LR), a critiqué le programme de « décroissance » de la Commission européenne, gangrené selon lui par des préoccupations environnementales au point de desservir la cause agricole.

Quant à Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN) et tête de liste aux européennes, il fustige « l’Europe de Macron », estimant que son rôle est celui d’un « lanceur d’alerte qui permet aux Français de savoir réellement ce qui se trame au sein de la Commission européenne ».

Il croit en une « convergence des colères », dont il veut être le porte-parole, alors que les pêcheurs rejoignent les cortèges.

Et peu importe que les affirmations de M. Bardella contre la politique européenne, en premier lieu la politique agricole commune, soient truffées de faits tronqués, voire complètement fausses : elles suffisent à renforcer ce sentiment de déconnexion entre la France rurale et les « eurocrates » qu’il dénonce.

L’extrême droite joue gros. Les données sur le vote agricole manquent, mais une étude publiée en 2022 faisait état d’un vote RN de l’ordre de 25 % chez les agriculteurs au premier tour de la présidentielle de 2022. Un soutien qui ne tient pas de l’évidence, mais doit aussi être vu à l’aune des 8 % que récoltait l’extrême droite en 2012.

C’est donc sans aucun doute que les droites conservatrices et radicales gagnent du terrain sur cette première bataille des européennes, précise Thierry Chopin, conseiller spécial auprès de l’Institut Jacques Delors, à Euractiv.

« L’extrême droite donne le ton du débat en se concentrant sur trois dimensions claires : socio-économique, dans un contexte d’appauvrissement des agriculteurs : politique, en renforçant le clivage urbain/rural et le discours anti-élite ; et identitaire, où l’agriculture est un marqueur culturel très fort », a-t-il déclaré.

Réforme complète de la PAC

Et dans ce discours politique qui penche à droite, la gauche peine à faire entendre sa voix.

« Nous avons été les seuls à nous exprimer contre l’accord commercial entre l’UE et la Nouvelle-Zélande », lance Manon Aubry, co-présidente du groupe de La Gauche au Parlement européen, à Euractiv. « C’est chiant d’avoir raison après, avec la force des choses ».

Elle veut une refonte complète de la PAC, la fin de tous les accords de libre-échange et des prix planchers. « Il y a une hypocrisie totale de la part de tous les partis politiques qui ont voté la PAC et soutenu l’agriculture intensive ».

Au Parlement européen, les écologistes partagent une même lecture des choses : il est grand temps que la politique agricole européenne fasse l’objet d’une réforme majeure, soulignait cette semaine Marie Toussaint, tête de liste pour les élections, qui veut mettre fin à l’« agro-industrie ».

Les Verts n’ont pas le vent en poupe : les derniers sondages montrent que leur popularité est en baisse. Les élections européennes, qui historiquement leur réussissent, devraient perdre des sièges au sortir du scrutin.

En fin de compte, dans un tel contexte politique, « la droitisation est un risque », affirme Laurent Warlouzet, chercheur spécialiste des questions européennes, à Euractiv, ajoutant qu’une sortie de crise nécessiterait avant toute chose de « rester nuancé et critique face à des accusations simplistes ».

Plus vite dit que fait.

Février 2024 : la Commission cherche une sortie de crise

La gronde agricole s’invite au Conseil européen qui s’ouvre ce jeudi 1er février, et ce malgré les mesures dévoilées hier par la Commission européenne pour rassurer les agriculteurs. En amont, Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen se sont entretenus dans la matinée.

Plusieurs centaines d'agriculteurs venus de toute l'Europe se sont donné rendez-vous à Bruxelles pour une manifestation en marge du Conseil européen - Crédits : oliver de la haye / iStock
Plusieurs centaines d’agriculteurs venus de toute l’Europe se sont donné rendez-vous à Bruxelles pour une manifestation en marge du Conseil européen (image d’illustration) – Crédits : oliver de la haye/iStock

Officiellement, le sommet européen extraordinaire qui se tient jeudi 1er février à (Belgique) est consacré à l’Ukraine. Mais les dirigeants aborderont aussi une autre crise qui secoue les Vingt-Sept : celle du monde agricole”, explique France info. En marge de la réunion du entre les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, des “centaines de tracteurs sont attendus jeudi à Bruxelles pour une manifestation d’agriculteurs venus de plusieurs pays dans le quartier européen”, précise 20 Minutes.

Sur la place du Luxembourg qui fait face au bâtiment bruxellois du , “au moins un demi-millier de manifestants” sont attendus, “dont des délégations d’agriculteurs français, italiens, espagnols et portugais”, poursuit le média en ligne. Objectif : maintenir la pression sur Bruxelles, bien que la ait proposé ce mercredi 31 janvier un paquet de mesure visant à donner “des gages aux agriculteurs qui manifestent à travers l’Europe” [Le Parisien].

Dérogation partielle pour les jachères

Face à la grogne des agriculteurs désormais bien installée dans plusieurs pays européens et qui continue à s’étendre aux autres Etats membres, “la Commission [européenne] a dévoilé, mercredi 31 janvier, deux grandes mesures, pour soulager le monde paysan confronté à la mise en place difficile de la nouvelle PAC 2023-2027 qui entre dans sa deuxième année d’application”, indique Le Point.

La première est “la dispense de mise en jachère prolongée d’un an […], l’une des grandes demandes du monde paysan”, poursuit l’hebdomadaire. “Pour toucher les aides de la (PAC), les exploitations agricoles supérieures à 10 hectares doivent consacrer 4 % de leurs terres arables à ces pratiques environnementales vertueuses. Cette mise au repos d’une partie des champs vise à éviter l’épuisement des sols, y implanter des haies, des bosquets ou des mares pour restaurer la biodiversité qui se développe dans ces écosystèmes”, détaille France info.

Pour augmenter la production des Etats membres dans le contexte ukrainien, l’UE a déjà octroyé une dérogation en 2022 et 2023″, rappelle Euractiv. Problème : “le règlement de la PAC limite les dérogations à deux années consécutives”, ajoute le média européen. C’est pour cela que Bruxelles propose pour l’année 2024 une “dérogation partielle”. “Les agriculteurs pourront bien bénéficier des aides de la PAC même s’ils n’ont pas 4 % de jachères, à condition toutefois qu’ils atteignent 7 % de cultures intermédiaires ou fixatrices d’azote (lentilles, pois…) sans usage de produits phytosanitaires”, précise

Des mesures de sauvegarde face aux produits ukrainiens

Le second ensemble de mesures proposées porte sur “les produits importés depuis des pays hors-UE, qui sont régulièrement dénoncés comme une concurrence déloyale car ils ne sont pas soumis aux mêmes exigences sanitaires ou environnementales”, indique France info. Cela concerne en particulier les produits ukrainiens. “Depuis l’exemption de droits de douane accordée au printemps 2022 par l’UE, l’afflux de produits agricoles ukrainiens – céréales, œufs, poulets, sucre… – provoque la colère des agriculteurs. Ces derniers les accusent de plomber les prix sur les marchés locaux et d’entretenir une concurrence ‘déloyale’ en s’abstenant de certaines normes européennes”, explique Le Parisien.

La Commission européenne a proposé de renouveler pour une année supplémentaire, entre juin 2024 et juin 2025, cette exemption de droits de douane accordée à l’Ukraine, toujours minée par son conflit avec la Russie. Mais en l’assortissant de ‘mesures de sauvegarde’ renforcées pour limiter l’impact sur les marchés et les répercussions pour les agriculteurs de l’UE, selon le texte qui sera désormais soumis aux Etats membres et eurodéputés”, poursuit le quotidien français. 

Des mesures correctives rapides” pourront aussi être adoptées en cas de “perturbations importantes” sur le marché, même si elles ne concernent qu’un ou plusieurs pays, détaille le communiqué de la Commission [France info]. “Pour les produits ‘sensibles’ (volaille, œufs et sucre), un ‘frein d’urgence’ est prévu pour ‘stabiliser’ les importations aux volumes moyens importés en 2022 et 2023, niveaux au-delà desquels des droits de douane seraient réimposés. Un arsenal de restrictions qui resteront supervisées par Bruxelles”, ajoute le site d’informations. L’Express rappelle que ces mesures devront être soumises “aux Etats et eurodéputés” pour approbation et qu’elles ne seront donc pas effectives dans l’immédiat.

Rencontre Macron-von der Leyen

Malgré les mesures dévoilées par la Commission européenne, la colère agricole s’invite tout de même en marge du Conseil européen qui a débuté ce jeudi à Bruxelles. Ce matin, le président français s’est entretenu avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au sujet du “futur de l’agriculture européenne”, explique Le Monde. “Les aides dégagées mercredi par le gouvernement français comme les concessions de la Commission européenne n’ont pas semblé trouver grâce aux yeux de la profession, également mobilisée en Italie, Espagne et Allemagne”, analyse L’Express.

Pour la presse européenne, un autre dossier a sans nul doute été mis sur la table lors de cet entretien : l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur. “Ces derniers jours, Paris a accentué la pression à propos de cet accord en négociation entre la Commission et quatre pays latino-américains. Le week-end dernier, Emmanuel Macron a échangé par SMS avec Ursula von der Leyen. Dans la foulée, son entourage a assuré que les négociations étaient interrompues”, indique Le Figaro. “Faux, a rapidement rétorqué Bruxelles : les discussions continuent, même si les conditions ‘ne sont pas réunies’ pour un accord, a précisé mardi un porte-parole”, poursuit le quotidien français.

Si les négociations continuent, “les conditions pour conclure avec le Mercosur ne sont pas réunies”, a estimé l’exécutif européen mardi 30 janvier. La veille, l’Elysée avait assuré que la Commission abandonnait ce projet d’accord commercial. “Il n’est pas question pour la France d’accepter ce traité. C’est clair, c’est net et c’est ferme”, a quant à lui soutenu Gabriel Attal le 1er février.

El Mercado Común del Sur (Marché commun du Sud ou Mercosur) regroupe plusieurs pays d'Amérique du Sud : Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay
El Mercado Común del Sur (Marché commun du Sud ou Mercosur) regroupe plusieurs pays d’Amérique du Sud : Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay – Crédits : butenkow / iStock

Alors que les agriculteurs ne décolèrent pas un peu partout en Europe, la nouvelle aurait pu les satisfaire. Lundi 29 janvier, la France avait en effet indiqué que les discussions sur l’ avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay) avaient été suspendues par la .

Selon un officiel de l’Elysée dont les propos ont été rapportés par Politico, “la Commission a compris qu’il était impossible de conclure les négociations dans ce contexte”. “Nous comprenons qu’elle a donné instruction à ses négociateurs de mettre fin aux sessions de négociation en cours au Brésil, et notamment à la visite qui avait été envisagée par le vice-président de la Commission en cas de conclusion”, poursuit le conseiller. 

Conditions “pas réunies”

L’exécutif européen a toutefois réagi mardi matin 30 janvier par la voix de son porte parole, Eric Mamer. “A l’heure actuelle, l’analyse de la Commission est que les conditions pour conclure des négociations avec le Mercosur ne sont pas réunies”, a-t-il affirmé. Mais “les discussions continuent et l’Union européenne continue à poursuivre son objectif d’atteindre un accord qui respecte les objectifs de l’UE en matière de durabilité et qui respecte nos sensibilités notamment dans le domaine agricole”, a-t-il ajouté.

Les accords de libre-échange, et tout particulièrement celui avec le Mercosur, sont l’un des principaux points de crispation des agriculteurs français. Ces derniers dénoncent une concurrence déloyale, arguant que les normes environnementales et sociales européennes sont de loin plus exigeantes que celles qui touchent les agriculteurs sud-américains. 

Et ils ne sont pas les seuls… Les associations écologistes s’opposent également fermement à la signature de cet accord. De son côté, le président Emmanuel Macron a régulièrement fait part de ses réticences vis-à-vis du projet d’accord commercial avec le Mercosur, tout en soutenant d’autres traités de libre-échange comme avec la Nouvelle-Zélande. 

Négocié depuis les années 1990, le projet d’accord commercial entre l’UE et le Mercosur a abouti à un accord politique en juin 2019. Celui-ci prévoit l’abaissement de 90 % des droits de douane entre les deux espaces. Mais plusieurs pays, au premier rang desquels la France, bloquent son adoption définitive. 

“Bras de fer”

En visite en Suède le mardi 30 janvier, le chef de l’Etat français a de nouveau exprimé son refus de conclure l’accord en l’état, dénonçant l’existence de “règles qui ne sont pas homogènes avec les nôtres”.

De son côté, le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire était interrogé le mercredi matin sur la chaîne de télévision CNews. Il a promis un “bras de fer” pour que l’accord UE-Mercosur “tel qu’il est aujourd’hui, ne soit pas signé”.

Le même jour, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau s’est déplacé à “pour une série d’entretiens visant à accélérer le traitement des urgences européennes”, a indiqué son cabinet mardi dans un message à la presse. Il y a notamment rencontré les commissaires européens à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, et au Marché intérieur, Thierry Breton. 

Le 1er février enfin, le Premier ministre Gabriel Attal a assuré lors de sa conférence de presse : “Il n’est pas question pour la France d’accepter ce traité. C’est clair, c’est net et c’est ferme”.

Le débat : faut-il mettre fin au pacte vert pour nourrir l’Europe ?

Des manifestations d’agriculteurs ont éclaté dans de nombreux pays d’Europe ces dernières semaines, l’industrie exprimant son mécontentement à l’égard des politiques vertes de l’UE et de la pression financière qu’elles exercent sur eux. Ces manifestations ont eu lieu dans toute l’Europe, mais ont été particulièrement massives en Allemagne et en France. Bruxelles se retrouve ainsi confrontée à des appels de la part de groupes industriels et de certains partis politiques pour établir une trajectoire climatique pour 2040 qui prenne en compte ces demandes. 

Dans cet esprit, Ursula von der Leyen a annoncé mardi qu’elle abandonnerait un projet de loi controversé visant à réduire l’utilisation de pesticides chimiques en agriculture. La proposition avait déjà été rejetée par le Parlement européen fin novembre, après des amendements présentés par des députés du PPE (Parti populaire européen) qui en ont grandement affaibli le contenu afin d’éviter des contraintes jugées « irréalistes » pour le secteur agricole. La Commission avait initialement proposé le règlement sur l’utilisation durable des pesticides (SUR) en 2020 dans le cadre de son Pacte vert, le projet politique phare de von der Leyen, qui prévoit des plans ambitieux et légalement contraignants pour rendre le continent neutre en carbone d’ici 2050. La Commission a ensuite officiellement proposé le projet de loi SUR en juin 2022, fixant comme objectif de réduire de moitié l’utilisation et les risques des pesticides d’ici 2030.

Cette décision représente un nouveau revirement spectaculaire pour la Commission, qui avait placé la réduction de l’utilisation des pesticides synthétiques au cœur de son plan visant à abandonner un modèle agricole industriel, face à des preuves croissantes de leur impact négatif sur l’environnement et la santé humaine. Mais avec l’opposition politique croissante des lobbies agricoles et des politiciens de centre-droit, et maintenant avec les manifestations de fermiers qui se propagent dans les pays européens, y compris devant le Parlement lui-même la semaine dernière, l’exécutif de l’UE a décidé de mettre un terme à ce projet. 

Cela s’inscrit dans un assouplissement plus large de la position de l’UE sur la verdissement du secteur agroalimentaire : la Commission a supprimé les références à l’agriculture dans un objectif climatique pour 2040 qui doit bientôt être dévoilé, et la semaine dernière, elle a mis en place une pause d’un an sur l’obligation pour les agriculteurs de laisser leurs terres en jachère pour préserver la biodiversité. À cela s’ajoute une proposition de restriction des importations agricoles en provenance d’Ukraine. Ces propositions font suite à l’abandon l’année précédente d’un projet de texte sur l’étiquetage nutritionnel de type Nutriscore. “Mais bien sûr le sujet reste d’actualité. Pour avancer, il est nécessaire d’avoir davantage de dialogue et une approche différente. La Commission pourrait faire une nouvelle proposition avec un contenu beaucoup plus mature et en collaboration avec les parties prenantes.

EU liberals’ new chief Hayer rallies farmers, opposes reopening Green Deal files next term

Freshly-elected Renew Europe president Valérie Hayer is looking to address farmers’ concerns ahead of the EU election campaign while ensuring a “balanced view” on agricultural policy and refusing to reopen Green Deal files as right-wing political forces urge, she told Euractiv in an exclusive interview.  

Hayer, only the second woman to take over the Parliament’s liberal presidency and the group’s youngest leader to date at 37, was elected on Thursday (25 January) morning, unopposed.

Her top challenger, Renew’s first vice-president Malik Azmani, dropped out from the race after failing to garner enough support amidst widespread concerns about his party’s links to the far-right in the Netherlands. 

In an exclusive interview with Euractiv just minutes after her election, she said she is “aware of the weight of [her] responsibility” while vouching to “continue” Stéphane Séjourné’s legacy, who left Parliament and Renew’s presidency following his surprise nomination as France’s foreign affairs minister.

While seeking to preserve continuity, she also plans to bring fresh air to the group’s leadership style, at least until the EU elections in six months, as the results and new balance of powers within the group will determine whether she stays on as president in the next term.

“I have my own personality, so I will have my own leadership,” she said. 

Rallying farmers

Following massive EU-wide farmers’ protests, Hayer’s first message as Renew’s brand new leader is dedicated to Europe’s farmers, reassuring them of the liberals’ commitment to protect the agricultural sector: “We must ensure farmers have higher revenues, and support them through the green transition.”

“I’m from a family of farmers,” she said, affirming she is attuned to the growing anger. “It is very important to accompany farmers, from both a financial and human point of view,” she added, also asserting that “we must not oppose agriculture and environmental issues”.

Farmers’ concerns rest on heavy pro-environment regulations that run counter to their working realities, so they claim, and blame the EU’s Green Deal, a set of green legislation that has been rolled out at a fast pace in the past few years, for their struggles.

This narrative feeds into the French’s far-right relentless efforts in the past few days to frame the farmers’ protests as a pro- and anti-EU battle and use the Green Deal as a scapegoat.

Pausing and reopening Green Deal

Contrary to the European People’s Party (EPP), which is branding itself as the ‘farmer’s party’, Hayer categorically rejected the possibility of reopening any Green Deal files already passed after the EU elections in June.

 “We made a lot of progress in this term (…) we must not undo what has already been done,” she said, saying no to reviewing the combustion engine ban, which the EPP has placed as one of the centrepieces of its electoral manifesto, still under discussion, alongside calls to slash Brussels’ ‘red tape’.

Asked about Renew’s position on a “regulatory pause” for green policy, called for French President Emmanuel Macron and echoed in EPP’s leaked draft manifesto, Hayer stressed the issue will be discussed among all liberal factions in the coming weeks to find a common position for the campaign.

Don’t trust polls

Renew, currently the Parliament’s third-largest political group, is projected to see its number of seats shrink from 101 to 84. At the same time, the far-right Identity and Democracy group is expected to surge and become the third-biggest political force, with a right-wing bloc potentially gathering enough seats to form a blocking majority. 

“I see those polls,” she said, but “I don’t trust them […]. I’m confident that we will have a pro-European majority” come June 2024.

Despite Renew’s alignment with the right-wing forces of the European Parliament in some instances, such as a key vote on a Commission proposal to exempt some gene-edited plants from the GMO legislation, Hayer stressed the group will keep its distance from the far-right.

Collaborating with the right-wing side of the hemicycle “is not a principle, not at all”, she said, ruling out a more thorough alliance after the EU elections. 

“[Renew] is the most clearly identified political family that fights against extremes,” Hayer slammed.

[Edited by Nathalie Weatherald]

Sources :

https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/libre-echange-les-discussions-continuent-avec-le-mercosur-selon-la-commission/

https://www.touteleurope.eu/agriculture-et-peche/la-commission-europeenne-devoile-de-premieres-mesures-pour-calmer-la-colere-des-agriculteurs/