Sanctions européennes contre la Russie : ce qui n’est pas illégal est-il éthique?

Grain de sel VDB

Une fois de plus nous sommes ici confrontés à une problématique de nature éthique puisqu’elle n’est pas encore légale: après sa fermeture en 2012 , Fayard a repris les cales sèches pour se spécialiser dans la réparation et la maintenance navale. Le 20e paquet de sanctions de l’UE, adopté en avril, interdit la maintenance navires russes mais ne prendra effet qu’au 1er janvier 2027. D’ici là, Fayard agit en toute légalité ; mais est ce bien éthique ?

Les travaux sur le sujet : faire perdurer des activités sur le territoire russe ou impliquant les russes es-il éthique s’il n’est pas à proprement parler illégal? Travaux menés avec mon collègue Aurelien Colson, trouvant ici une illustration assez exemplaire.

Lire à ce sujet notre WP: « Poursuivre des activités en zone de conflit : Aspects juridiques-Éthique ou business ? L’exemple de la Russie » : https://essec.hal.science/hal-05676294v1 – Le second arrive soon:)

Euractiv – 7 Septembre 2026

D’un géant à l’autre : la survie économique de Munkebo

Munkebo, située sur l’île de Fionie, doit son essor industriel à la décision du géant maritime Mærsk d’y implanter le chantier de Lindø en 1957. Après sa fermeture en 2012 face à la concurrence étrangère, l’entreprise Fayard a repris les cales sèches pour se spécialiser dans la réparation et la maintenance navale. Bien que le 20e paquet de sanctions de l’UE, adopté en avril, interdise la maintenance de ces navires, cette mesure ne prendra effet qu’au 1er janvier 2027. D’ici là, Fayard agit en toute légalité, malgré les vives critiques de parlementaires européens. L’eurodéputé danois Villy Søvndal a notamment demandé au chantier à faire preuve de moralité, alors que d’autres sites européens, comme le chantier néerlandais Damen à Brest, ont tenté de s’en distancier avant d’être critiqués pour avoir poursuivi des activités indirectes.

De fait, la transition est un succès commercial majeur : le flux de trésorerie de Fayard a plus que doublé entre 2021 et 2025, passant de 12,6 millions d’euros à 30,8 millions.

Au cœur du transit de gaz russe : les méthaniers Arc7

Cependant, cette santé financière repose en partie sur l’entretien de navires transportant des énergies fossiles russes.

L’ONG allemande Urgewald estime que le chantier a encore accueilli 18 de ces méthaniers depuis 2022. Récemment, deux navires spécialisés de la flotte de brise-glaces Arc7, le Yuriy Kuchiev et le Boris Davydov, ont été pris en charge par Fayard. Propriétés de l’oligarque grec George Prokopiou, ces bâtiments transportent le gaz naturel liquéfié (GNL) du terminal sibérien de Yamal vers l’Europe. Les importateurs européens ont capté 97 % des exportations de ce hub au premier semestre, pour un montant de 6 milliards d’euros.

Solidarité nationale contre pragmatisme local

Le dossier est d’autant plus sensible que le Danemark est l’un des soutiens les plus fervents de l’Ukraine, avec plus de 90 % de sa population favorable aux sanctions contre Moscou. Néanmoins, à Munkebo, Fayard bénéficie d’une forte sympathie locale dans un contexte où d’autres acteurs industriels (Vestas, CS Wind Offshore) ont fermé ou réduit leurs effectifs. « Ce n’est certainement pas une tâche municipale », estime Michael Nielsen, maire de Munkebo, qui renvoie la responsabilité à l’UE et à l’État. Hans Andersen, hôtelier local arborant pourtant des drapeaux danois et ukrainiens, renchérit : « Ce n’est pas la faute d’un chantier naval à Munkebo ; affirmer cela est se déresponsabiliser ».

La défense du chantier : « L’Europe achète, nous sécurisons »

Fayard rejette fermement les critiques : « Fayard ne fait pas d’affaires avec la Russie – c’est l’UE qui en fait, en tant qu’acheteur de GNL russe », a réagi l’entreprise. Elle rappelle que pour acheminer ce gaz acheté par l’Europe, les navires doivent être entretenus pour garantir la sécurité maritime. Le chantier cessera ces services fin 2026, conformément au calendrier légal. Cette position est partagée par les salariés. Bjarne Staak Olesen, représentant du personnel, affirme que les ouvriers sont fiers de leur travail : « La critique devrait viser les acheteurs du gaz, pas nous qui sécurisons les navires et les équipages ».

Le député social-démocrate Thomas Skriver Jensen concède que le véritable problème reste la dépendance de l’Europe au gaz russe, défi énergétique qu’au sein de la Commission européenne, c’est le commissaire Dan Jørgensen qui s’efforce de résoudre le problème. En attendant 2027, les méthaniers russes continueront donc légalement d’être réparés sur l’île de Fionie.

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