Septembre d’élections à enjeux en Suède et en Italie

Les élections en Italie : les partis de droite favoris

Le 21 juillet 2022, le président de la République italienne, Sergio Mattarella, a dissous le parlement et convoqué des élections parlementaires anticipées en Italie pour le 25 septembre prochain. Cette décision est consécutive au refus de certains partis de la coalition d’accorder la confiance au président du Conseil Mario Draghi.

La crise politique

Officiellement, les parlementaires se sont déchirés sur le vote d’un décret-loi de 23 milliards € destiné à aider les Italiens devant la flambée des prix de l’énergie et qui accordait des pouvoirs spéciaux au maire de Rome pour construire une usine d’incinération de déchets dans le Latium.
Le texte a obtenu la majorité absolue des suffrages… mais le Mouvement 5 étoiles (M5S), opposé à cette mesure qu’il considérait comme une « provocation », a pris appui sur elle pour provoquer une crise gouvernementale en décidant de ne pas participer au vote de confiance.
Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) (2011-2019), dirige depuis février 2021 un gouvernement d’union nationale rassemblant des partis de droite (La Ligue (Lega), Forza Italia (FI)) et de gauche (Parti démocrate (PD), Libres et égaux), ainsi que le M5S. Seul Fratelli d’Italia (FdI) n’y participe pas.
Le gouvernement est uni autour de la nécessité de gérer au mieux la somme de 209 milliards € (dont 69 milliards de subventions et 122 milliards de prêts) allouée à l’Italie par l’Union européenne dans le contexte de la crise sanitaire et destinés à la relance du pays via le plan NextGenerationEU.
Les élections parlementaires étaient initialement prévues pour février 2023.

Le M5S, arrivé en tête lors des élections parlementaires du 4 mars 2018, est désormais très affaibli. A l’origine, il comptait 227 députés et 111 sénateurs ; 5 ans plus tard, il n’en comprend plus que 105 et 62. Le parti a choisi de déclencher une crise politique et de faire de Mario Draghi un bouc émissaire dans le but de se repositionner en force d’opposition et de récupérer des électeurs lors des élections à venir. Giuseppe Conte n’était certainement pas mécontent de se venger de son successeur au Palais Chigi, résidence du président du Conseil italien. Le M5S espérait pouvoir monter en puissance après ce coup alors que la Ligue et Forza Italia pensaient, en lui emboîtant le pas, pouvoir profiter de la nouvelle loi électorale pour s’affirmer auprès de Fratelli d’Italia (FdI). Silvio Berlusconi (FI) et Matteo Salvini (Lega) ont annoncé refuser de soutenir un gouvernement dans lequel le M5S ferait parti appelant ainsi, sans l’exprimer clairement, à l’organisation de nouvelles élections.

Giuseppe Conte a donc fait un cadeau inespéré à la Ligue et à Forza Italia qui ont pu faire tomber le gouvernement sans avoir à en assumer la responsabilité. Car il faut savoir que Mario Draghi bénéficie d’une popularité très élevée au sein de la population. Les enquêtes d’opinion indiquent que les Italiens n’approuvent pas la chute du gouvernement. Ils tiennent la Ligue et le M5S pour responsables de l’événement. Ce dernier parti a justifié sa position contre le gouvernement de Mario Draghi en déclarant que ses priorités (instauration d’un salaire minimum et mise en place d’incitations fiscales pour la rénovation énergétique des habitations) n’avaient pas été prises en compte mais, pour les analystes politiques, le parti a surtout, par sa position, tenté de jouer la carte de l’opposition à Mario Draghi afin de reconquérir son électorat.

Le 14 juillet, le président du Conseil a donc présenté sa démission au président Mattarella qui l’a refusée et qui lui a proposé de faire une communication aux deux chambres du parlement le 20 juillet. Le chef du gouvernement a déclaré qu’il resterait à son poste tant qu’il pourrait bénéficier du soutien des principaux partis politiques et à condition que les partis de la coalition rentrent dans le rang et qu’ils s’accordent autour d’un pacte de gouvernement mis en péril la semaine précédente par la défection du M5S. « L’unique solution si nous voulons encore rester ensemble est de reconstruire ce pacte avec courage, altruisme et crédibilité » a souligné Mario Draghi. « Le mérite des résultats que nous avons obtenus vous revient. Ceux-ci sont la conséquence de votre volonté de mettre de côté vos différences et de travailler pour le bien du pays. L’Italie est forte quand elle sait être unie » a-t-il affirmé. Néanmoins, le gouvernement sortant n’a obtenu que 95 suffrages, contre 38, mais la majorité d’entre eux se sont abstenus, dont les membres du 5S, de la Ligue et de Forza Italia. « Le pacte de confiance qui soutenait l’action du gouvernement a été rompu. Le Pacte d’unité nationale (nom de l’alliance scellée par Mario Draghi en février 2021 pour sortir l’Italie de la crise économique et sanitaire qu’elle traversait) n’existe plus » a déploré le président du Conseil.
L’offensive contre Mario Draghi avait commencé plusieurs semaines auparavant lorsque le M5S et la Ligue, se déclarant favorables au règlement de la guerre en Ukraine par la voie diplomatique, se sont élevés contre l’envoi d’armes à Kiev.

Une campagne électorale brève

Le mode de scrutin mixte (à la fois proportionnel et majoritaire) favorise les grandes coalitions électorales, et notamment celle rassemblant les partis de droite. L’institut d’opinion Cattaneo a estimé à 70% le nombre de circonscriptions où la droite possède un avantage.
Le scénario d’un « camp Mario Draghi » affrontant ceux qui ont fait chuter le président du Conseil, semble avoir vécu. « Pour la gauche, c’est la seule stratégie possible pour espérer gagner les élections, alors que les déclarations d’intention de vote la donnent à près de 13 points derrière la droite, et encore si on lui adjoint les partis centristes » a souligné Nando Pagnoncelli, directeur de l’institut Ipsos en Italie, ajoutant « Que feront les électeurs traditionnels de la droite qui avaient une image très positive de Mario Draghi ? C’est la vraie question« . Enfin, l’implosion du M5S devrait changer la donne et signer la fin du système tripartite qui a dominé l’Italie ces dix dernières années.

Les forces de droite, emmenées par Fratelli d’Italia, dirigé par Giorgia Meloni qui pourrait devenir la première femme présidente du Conseil, disposent, selon les sondages, d’une nette avance. Considérées comme la figure de l’opposition, la question est donc moins qui va remporter les élections du 25 septembre que l’ampleur de la victoire des forces de droite ? Celles-ci disposeront-elles de la majorité absolue ? Quel sera l’équilibre entre les différents partis qui la composent?

A gauche, Enrico Letta est à la tête d’un parti divisé, entre son aile sociale-démocrate et un pôle de gauche plus radical. « Ma voix est celle du seul parti qui n’a pas le nom de son leader dans son symbole. Je revendique ce choix car un parti est une communauté, pas un leader » a-t-il déclaré. La phrase est juste mais le dirigeant démocrate pâtit néanmoins du fait de ne pas avoir pu étendre son leadership en formant une large coalition avec certains partis du centre. Par ailleurs, l’absence d’accord entre le Parti démocrate et le M5S affaiblit encore le camp des forces de gauche.

Selon la dernière enquête d’opinion publiée le 20 août, Fratelli d’Italia arriverait en tête des élections parlementaires avec 25% des suffrages. La Ligue en recueillerait 12,5% et Forza Italia, 7,5%. Au total, les forces de droite obtiendraient donc 47,5% des voix.
Le Parti démocrate arriverait en seconde position avec 20,5% des suffrages mais la coalition des forces de gauche (qui rassemble Europa + (EU +) d’Emma Bonino, Engagement civique (IC) de Luigi Di Maio et l’Alliance verts et gauche (AVS)), n’obtiendrait que 25,5%.
Le M5S obtiendrait 12,5% des suffrages.
Enfin, la coalition centriste formée par Azione et Italia Viva recueillerait 7,5% des voix.

Enrico Letta échoue à former l’union la plus large

« La chute du gouvernement Mario Draghi est un suicide collectif. Le pays est à un carrefour : soit nous gagnons, soit c’est l’extrême droite de Giorgia Meloni qui l’emporte » répète Enrico Letta. Pour l’emporter, le dirigeant du Parti démocrate a beaucoup œuvré pour construire une large alliance rassemblant les démocrates et les progressistes. La rupture avec le M5S de Giuseppe Conte, considéré par le leader démocrate comme le premier responsable de la chute du gouvernement Mario Draghi, semble définitive et irréversible.
« La loi électorale, qui est la pire de l’histoire, nous oblige à être unis. Il est de mon devoir de tout faire, parce que je sais ce qu’est la droite de Giorgia Meloni et de Matteo Salvini et que s’ils l’emportaient, le gouvernement italien modifierait son axe en Europe pour s’aligner sur la Pologne et la Hongrie. » a déclaré Enrico Letta, ajoutant que le refus des partis centristes de s’allier avec le Parti démocrate « serait un cadeau fait à Giorgia Meloni« .
Cependant, le dirigeant du Parti démocrate a échoué à mettre en place l’accord électoral qu’il appelait de ses vœux et qui devait rassembler des personnalités allant de la gauche radicale à la droite berlusconienne ralliée à Mario Draghi en passant par les centristes et des transfuges du M5S. L’implosion de ce dernier parti et l’échec de l’union avec les « petits » partis affaiblissent sans aucun doute les forces de gauche.
Enrico Letta, anicien président du Conseil (2013-2014), peut s’appuyer sur le soutien d’Engagement civique (IC), parti créé par Luigi Di Maio, ancien dirigeant du M5S (2017-2020) et ministre sortant des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, qui s’est allié au Centre démocrate (CD) au sein d’Ensemble pour le futur (IF) pour les élections.
Luigi Di Maio a quitté son parti le 21 juin dernier en raison de l’absence de soutien à l’Ukraine. « Assez d’ambiguïtés. Face à la barbarie de Vladimir Poutine, nous ne pouvons pas montrer d’hésitation » a-t-il déclaré. 60 élus l’ont suivi. Il espère attirer les électeurs qui avaient voté pour le M5S lors du scrutin de mars 2018 et qui, selon les enquêtes d’opinion, étaient opposés à la chute du gouvernement de Mario Draghi.

« Le Parti démocrate va devoir faire mentir les enquêtes d’opinion qui le donnent déjà comme le grand perdant des élections. Il se présente devant les électeurs comme la seule force fidèle à Mario Draghi dont il reprend le programme réformateur mais il va devoir compter avec le traditionnel éparpillement des forces de gauche. L’absence d’un leader fort et charismatique peut, dans ce contexte, s’avérer un avantage » a souligné Massimiliano Panarari, politologue de l’université Mercatorum de Rome.
Si le Parti démocrate parvient à élaborer et diffuser un message clair et efficace sur des sujets essentiels comme l’emploi et l’environnement et s’il ne se contente pas de dénoncer le danger que constituerait une victoire des forces de droite, alors la gauche peut espérer attirer le 25 septembre prochain des électeurs du M5S, qui, à quatre semaines du scrutin, semble en grande perte de vitesse.
Le parti démocrate et ses alliés se présentent comme un pôle ouvert à la société civile et à tous ceux qui croient dans la Constitution et à la vraie transition écologique avec un programme fondé sur trois axes : le travail et la justice sociale, les droits civils et le développement durable. Il promet de travailler sur la réduction des inégalités sociales (bonus pour la revalorisation énergétique des maisons, croissance du PIB à hauteur de 6,6%), de lutter contre la corruption et de combattre l’appauvrissement de la population et de réduire les impôts.
La coalition du Parti démocrate ne part pas favorite mais les formations de gauche peuvent compter sur leurs fiefs que sont les plus grandes villes (Rome, Milan, Turin, Gênes, Bologne, Florence et Naples) et une partie de l’ancienne zone rouge de l’Italie, soit l’Emilie-Romagne et la Toscane. « C’est nous ou Fratelli d’Italia » répète Enrico Letta qui n’a qu’un seul adversaire, la coalition emmenée par Giorgia Meloni, et qui a pour objectif de faire du Parti démocrate le premier parti d’Italie au soir du 25 septembre.

Avantage aux forces de droite

Seuls des partis italiens à avoir refusé de participer au gouvernement d’unité nationale conduit par Mario Draghi et, au-delà, à avoir choisi le camp de l’opposition lors des trois derniers gouvernements, Fratelli d’Italia fait désormais la course en tête dans les enquêtes d’opinion pour les élections du 25 septembre, talonné par le parti d’Enrico Letta. Sa dirigeante, Giorgia Meloni, revendique la place de leader de l’opposition. Elle a néanmoins impérativement besoin du soutien de ses alliés, La Ligue et Forza Italia. Les 3 partis bataillent sur le nom du prochain président du Conseil en cas de victoire. « Le parti qui recueillera le plus grand nombre de suffrages décidera qui prendra les rênes du pays pour les cinq années à venir » a déclaré Matteo Salvini sur la chaîne de télévision Canale 5. Cependant, Giorgia Meloni, qui compte bien devenir la première femme à diriger l’Italie, a souligné qu’aucune alliance ne pouvait être conclue sans accord sur la personne qui prendra la tête du gouvernement. « Si nous ne parvenions pas à nous mettre d’accord sur le nom du candidat de droite à la présidence du Conseil, se présenter ensemble n’aurait pas de sens » a–t-elle affirmé.

« Depuis plusieurs jours, je lis dans la presse internationale des articles sur les prochaines élections qui donneront à l’Italie un nouveau gouvernement, dans lequel je suis décrite comme un danger pour la démocratie, pour la stabilité italienne, européenne et internationale » a déclaré Giorgia Meloni qui réfute totalement ce genre de propos : « Il y a plusieurs décennies que la droite italienne a relégué le fascisme à l’histoire, en condamnant sans ambiguïté la privation de démocratie et les infâmes lois antijuives » indique celle qui affirme à l’attention de Enrico Letta : « Nous n’accepterons pas de leçons venant de quelqu’un qui se présente comme le défenseur de l’atlantisme et qui s’allie avec la gauche radicale nostalgique de l’URSS« .
Fratelli d’Italia, dont le nom est formé par les premières paroles de l’hymne italien, est un parti nationaliste, conservateur et eurosceptique qui défend des positions très fermes sur l’immigration. Il a succédé au Mouvement social (MSI), parti néofasciste fondé en 1946, et de l’Alliance nationale (AN), formation d’extrême droite de Gianfranco Fini (qui a également dirigé le Mouvement social). Fratelli d’Italia n’a participé à aucun gouvernement depuis sa création en 2012. « Le parti peut donc attirer les électeurs qui se déclarent méfiants à l’égard de la politique » explique Marc Lazar, historien et sociologue à Sciences Po. Le parti est conservateur, il défend la famille traditionnelle, constituée autour d’un homme et d’une femme ; il possède des positions fermes sur l’immigration – Giorgia Meloni promet de faire cesser les arrivées de migrants en provenance de Libye sur l’île de Lampedusa – et la menace d’une « islamisation » de l’Italie – Giorgia Meloni veut promouvoir « les racines historiques et culturelles classiques et judéo-chrétiennes de l’Europe et de son identité« . « Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne, je suis chrétienne et vous ne pourrez jamais retirer aucun de ces éléments de mon identité » aime à répéter Giorgia Meloni dans ses meetings. Elle a adopté comme slogan Dieu, famille, patrie.
Fratelli d’Italia fait tout pour séduire les électeurs de la droite dure mais aussi les sympathisants d’une droite plus modérée. « Fratelli d’Italia veut bâtir un avenir fondé sur le travail, la famille et notre identité. Des valeurs que nous devons défendre contre les attaques de la gauche » indique Giorgia Meloni. Ainsi, elle veut mettre fin au revenu de citoyenneté. « Nous croyons qu’un Etat juste ne doit pas mettre sur le même plan ceux qui peuvent travailler et ce qui ne le peuvent pas. Il faut un outil de protection pour ceux qui ne peuvent travailler : les plus de 60 ans, les handicapés, les familles sans revenus qui ont des mineurs à charge. Pour les autres, en revanche, ce qu’il faut, c’est une formation et les outils nécessaires à l’incitation à l’embauche » a-t-elle déclaré.

Fratelli d’Italia est souvent qualifié de formation eurosceptique mais personne ne croit qu’un gouvernement dirigé par Giorgia Meloni renoncerait aux 209 milliards € du plan de relance de l’Union européenne en faveur de l’Italie. Le parti populiste réclame une révision des traités européens, la création d’une confédération d’Etats souverains en lieu et place de l’Union européenne et plaide pour la prééminence du droit national sur le droit européen. Le parti, qui a pour slogan Moins d’Europe mais une meilleure Europe, n’est pas partisan du retrait de l’Italie de la zone euro mais demande une réforme radicale de la BCE !

Le programme de la coalition de droite, intitulé Pour l’Italie, se déploie autour de 15 points comme l’institution d’un système présidentiel pour l’Italie (le présidentialisme « est le système qui s’impose dans un Etat comme le nôtre, qui est politiquement fragile et donc instable » a déclaré Giorgia Meloni), une plus grande fermeté dans le traitement de l’immigration, d’importantes baisses d’impôts ainsi que l’établissement d’une flat tax (impôt à taux unique pour la TVA, l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les entreprises). Les 3 partis de droite ne sont toutefois pas d’accord sur le taux, la Ligue étant favorable à un taux de 15% et Forza Italia de 23%. La coalition de droite prévoit également de remplacer le revenu de citoyenneté par des « mesures plus efficaces« . Depuis mars 2019, les résidents italiens peuvent en effet sous certaines conditions solliciter un revenu de citoyenneté (reddito di cittadinanza), d’un montant compris entre 480 et 9 360 € par an, destiné à lutter contre la pauvreté et à favoriser l’insertion sur le marché du travail. Ce revenu peut être accordé pendant 18 mois consécutifs. 3 ans et demi plus tard, il profite à plus d’un million de familles.

Enfin, on notera que si La Ligue et Forza Italia ont à plusieurs reprises affiché leur sympathie à l’égard de la Russie de Vladimir Poutine, Giorgia Meloni a toujours été claire sur son soutien à l’Alliance atlantique. Elle a condamné fermement l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine. « L’Italie est partie intégrante de l’Europe, de l’Alliance atlantique et de l’Occident. Le pays respectera ses engagements vis-à-vis de l’OTAN et il soutient l’Ukraine face à l’invasion de la Russie » peut-on lire dans le programme de la coalition de droite.

En dépit de la compétition entre Giorgia Meloni et Matteo Salvini pour le poste de président du Conseil, malgré l’opposition idéologique marquée entre Forza Italia et ses deux alliés autour du souverainisme et, enfin, du désaccord entre Fratelli d’Italia et ses partenaires sur la question de la guerre en Ukraine, la coalition de droite possède l’avantage sur l’opposition de gauche. « Nous sommes prêts. Cette nation a un besoin désespéré de recouvrer sa conscience sa fierté et sa liberté » répète Giorgia Meloni.

Les partis du centre ont-ils une chance ?

Carlo Calenda, dirigeant d’Azione (Az), et Matteo Renzi, leader d’Italia Viva (IV), ont choisi de refuser de faire alliance avec Enrico Letta et ils ont formé un troisième pôle, positionné au centre de l’échiquier politique. Les deux hommes reprochent au dirigeant du Parti démocrate de ne pas avoir su choisir entre la social-démocratie et la gauche radicale (représentée par exemple par Europa verde et l’Alliance verts et gauche (AVS), qui rassemble des partis écologistes et de gauche, qualifiée de populiste par Matteo Renzi, ancien Président du Conseil (2014-2016)).

Carlo Calenda et Matteo Renzi se montrent confiants quant à la possibilité de trouver une place sur la scène politique italienne et ont pour objectif d’atteindre entre 15% et 20% des suffrages le 25 septembre. « Nous convaincrons les Italiens que, face à un tel niveau de dégradation du pays, la seule possibilité pour le sauver est celle d’appliquer la méthode Draghi » répète Matteo Renzi. « Aller de l’avant avec l’agenda Mario Draghi, avec la méthode de Mario Draghi et, si possible, avec Mario Draghi comme président du Conseil« , voici ce qui figure au cœur du programme du pôle centriste, dont le slogan est Continuité. « Je pense que si nous réussissons à obtenir un bon résultat à la proportionnelle, la route du parlement s’ouvrera pour faire revenir Mario Draghi au poste de président du Conseil. Si la droite l’emporte, ce n’est pas la Constitution qui est en danger mais les caisses de l’Etat. La flat tax serait une folie » a déclaré le dirigeant d’Italia Viva.

Réformateur, libéral et pro-européen, le pôle centriste se voit en faiseur de rois au soir du 25 septembre. « En quittant le Parti démocrate et en allant seul aux prochaines élections, Carlo Calenda espère mordre sur l’électorat de droite en attirant les voix des électeurs modérés de la Ligue et de Forza Italia, qui ne veulent pas rester dans une alliance avec les nationalistes de Fratelli d’Italia. Un pari qui, s’il réussit, peut changer la donne » a déclaré Luca Tomini, professeur de science politique à l’université libre de Bruxelles, ajoutant « Si les électeurs se déplacent vers le centre, la coalition de droite s’affaiblit ; à l’inverse, si cela ne marche pas, la droite l’emportera avec les deux tiers des sièges au Parlement« .
« Je ne pense pas qu’il y ait un risque de gouvernement fasciste si Giorgia Meloni gagne. Je crois cependant qu’il existe un risque d’isolement total de l’Italie des grands pays européens et le manque d’expérience administrative et internationale de Fratelli d’Italia constituera une menace. Avec un gouvernement dirigé par Giorgia Meloni, nous n’aurons pas le fascisme mais le chaos » a mis en garde Carlo Calenda.

Le Mouvement cinq étoiles va-t-il disparaître ?

Le M5S se présente comme un pôle alternatif aux forces de droite et du centre. Son programme est fondé sur la justice sociale et la réduction des inégalités sociales. Le parti veut augmenter le salaire minimum (à 9 € de l’heure), lutter contre la corruption et accélérer la transition écologique. Il souhaite également réduire la durée du temps de travail et il prône la semaine de 36 heures sans perte de salaire par rapport aux 40 heures actuelles. Il propose d’accorder la citoyenneté italienne aux personnes arrivées dans le pays avant l’âge de 12 ans ou à celles nées de parents étrangers qui ont accompli un cycle d’études complet en Italie.

Son dirigeant, Giuseppe Conte, ancien président du Conseil (2018-2021), dénonce « les fausses alliances et les mariages de convenance« . « Nous préférerons le sérieux et, par conséquent, nous sommes de l’autre côté de ces manigances, soit du bon côté » a-t-il déclaré. Cependant, le M5S est en perte de vitesse dans les enquêtes d’opinion et elle est très affectée par les départs. Ces derniers jours, deux personnalités ont quitté le parti : Davide Crippa, ancien président du groupe à la Chambre des députés, et Federico d’Inca, ministre sortant des Relations avec le parlement. Tous deux étaient en désaccord avec la décision du M5S de retirer son soutien au président du Conseil, Mario Draghi, en juillet dernier.

Le système politique italien

Le parlement italien possède deux chambres élues pour une durée de 5 ans. Le système électoral en vigueur dans le pays est appelé Rosatellum. Depuis 2020, la Chambre des députés compte 400 députés et le Sénat 200. Dans les deux chambres, les parlementaires sont élus selon un système mixte : trois huitièmes des élus (soit 147 députés et 74 sénateurs) sont désignés au scrutin majoritaire et cinq huitièmes (245 députés et 122 sénateurs) au scrutin proportionnel. Les Italiens résidant à l’étranger désignent 8 députés et 4 sénateurs selon un système proportionnel spécifique (qui permet le vote préférentiel).

Les partis politiques italiens non représentés au parlement doivent impérativement recueillir entre 1 500 et 4 000 signatures d’électeurs résidant dans une circonscription (300 au Val d’Aoste) pour pouvoir se présenter aux élections parlementaires dans cette même circonscription. Les candidats à la fonction de député doivent être âgés d’au moins 25 ans et les prétendants à la Chambre haute doivent avoir au moins 40 ans. Par ailleurs, si les Italiens de 18 ans et plus peuvent désigner leurs députés, seuls ceux âgés de 25 ans et plus sont autorisés à élire les membres du Sénat.

Les sièges sont répartis selon la méthode de Hare. Le seuil pour obtenir un élu au scrutin proportionnel est fixé à 3% au parlement (10% pour une coalition de partis).

Les principaux partis politiques, actuellement représentés à la Chambre des députés, sont :
– Le Mouvement cinq étoiles (M5S), parti populiste fondé le 4 octobre 2009 par Beppe Grillo et Gianroberto Casaleggio et conduit par Giuseppe Conte, possède 112 élus ;
– La Ligue (Lega), parti populiste de droite radicale créé en 1989 par Umberto Bossi et dirigé par Matteo Salvini, possède 59 élus ;
– Forza Italia (FI), parti de centre droit créé par l’ancien président du Conseil (1994-1995, 2001-2006 et 2008-2011) Silvio Berlusconi qui la dirige toujours à 86 ans, compte 57 députés ;
– Le Parti démocrate (PD), parti fondé par Walter Veltroni en avril 2007 à partir des Démocrates de gauche (DS) et de La Margherita. Dirigé par Enrico Letta, il compte 52 députés ;
– Fratelli d’Italia (FdI), parti populiste d’extrême droite fondé le 21 décembre 2012 et issu d’une scission du Parti du peuple de la liberté et de l’Alliance nationale (AN). Conduit par Giorgia Meloni, il compte 18 députés ;
– Libres et égaux 14 sièges

Les élections générales de dimanche (25 septembre) ont permis à une coalition des droites et extrême droite, menée par la candidate Giorgia Meloni, de remporter une majorité écrasante dans les chambres haute et basse du parlement italien.

La victoire de Mme Meloni lors de l’élection anticipée de dimanche signifie également qu’elle sera probablement la prochaine Première ministre de l’Italie.

L’alliance de droite entourant Giorgia Meloni, leader du parti national-conservateur des Fratelli d’Italia, a obtenu une majorité à la chambre haute (Sénat) et à la chambre basse (Chambre des députés).

Mme Meloni sera à la tête du gouvernement le plus à droite d’Italie depuis la Seconde Guerre mondiale, composé du parti de droite Lega (la Ligue) de Matteo Salvini, qui siège avec le parti d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) au niveau européen, et du parti de centre droit Forza Italia de Silvio Berlusconi, membre du Parti populaire européen (PPE).

Pour la chambre basse, le parti Fratelli d’Italia a obtenu 25,3 %, soit un gain spectaculaire de 20,9 points par rapport à l’élection de 2018.

La Lega a remporté 8,5 %, s’effondrant par rapport aux 17,4 % obtenus en 2018. Forza Italia a reculé pour atteindre son pire résultat électoral, ne remportant que 7,5 %, soit environ la moitié de ce qui avait été obtenu en 2018.

« Nous sommes le centre, et nous sommes satisfaits », a déclaré Antonio Tajani, le coordinateur national de Forza Italia et ex-président du Parlement européen.

Parmi les bonnes nouvelles pour le centre droit, Silvio Berlusconi, président et fondateur de Forza Italia, a été élu au Sénat neuf ans après en avoir été exclu en 2013 à la suite d’une condamnation pour fraude fiscale.

L’extrême droite se hisse dans le top 3 de l’UE

Mme Meloni est également présidente du parti des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) au Parlement européen, dont Fratelli d’Italia est membre.

Si Mme Meloni devenait la prochaine Première ministre, sa famille politique deviendrait alors le troisième bloc le plus important en termes de population après les sociaux-démocrates (S&D) et les libéraux (Renew Europe) au sein du Conseil européen. Cela marquerait un changement significatif dans l’équilibre du pouvoir au sein de l’organe stratégique de l’UE, composé des chefs d’État et de gouvernement.

«Si elle a le poste de Première ministre, comme je le pense, et si je la connais bien, elle a les poignets qui tremblent, mais elle est prête à relever l’Italie », a déclaré le sénateur du parti Fratelli d’Italia Ignazio La Russa en évoquant Giorgia Meloni dans l’émission Porta a Porta sur la chaîne de télévision Rai1.

M. Tajani a déclaré que Forza Italia n’a pas « de préjugés contre Giorgia Meloni, mais la décision [sur le nom qui sera désigné pour la présidence du Conseil des ministres, ndlr] viendra après un sommet réunissant MM. Berlusconi, Salvini et Mme Meloni et avec le président de la République (Sergio Mattarella) qui aura le dernier mot car c’est la Constitution qui le prévoit. »

Une faible participation

Seuls 63,9 % des Italiens éligibles ont voté pour élire le nouveau parlement, alors que les élections générales de 2018 ont rassemblé 73,04 % de votants.

« Le pourcentage qui ressort est d’environ 9 % inférieur à celui des élections générales précédentes », a commenté la ministre de l’Intérieur Luciana Lamorgese.

Mme Meloni a dit regretter « les chiffres de l’abstentionnisme ».

« Le défi est maintenant de faire en sorte que les gens croient à nouveau dans les institutions ; trop d’Italiens choisissent encore de ne pas leur faire confiance. Nous devons reconstruire la relation entre l’État et les citoyens », a-t-elle déclaré.

L’opposition

Les partis de centre et de gauche se retrouveront sur les bancs de l’opposition après cette élection. L’alliance PD-IDP (Parti démocrate — Italie démocrate et progressiste) dirigée par le Parti Démocrate de centre gauche a obtenu 19,5 %, soit à peine plus que sa mauvaise performance en 2018, lorsqu’elle avait obtenu 18,8 %.

Parallèlement, le Mouvement 5 étoiles a vu son soutien réduit de moitié, à seulement 16 %. L’alliance libérale Azione/IV entourant Matteo Renzi a remporté 7,5 %. L’alliance de gauche et écologiste AVS (Verts/ALE, Gauche) a obtenu environ 4 % ; le parti libéral +Europa d’Emma Bonino a obtenu 3 %.

Le parti Italexit, inspiré du parti britannique UKIP et favorable à la sortie de l’Italie de l’Union européenne, n’a remporté aucun siège avec seulement 2 % des voix.

Des réactions inquiètes

La montée de l’extrême droite en Italie a suscité des réactions inquiètes de la part des opposants politiques.

La victoire de Mme Meloni aux élections italiennes constitue une grande menace pour la démocratie illibérale qui se répand dans le pays, a déclaré à EURACTIV Udo Bullmann, un eurodéputé allemand du parti social-démocrate SPD et ancien chef du groupe S&D, à la suite du vote.

« Les modèles de Mme Meloni sont Orbán, Trump et Mussolini », a déclaré M. Bullmann, mettant en garde contre le fait que cela pourrait avoir un impact plus large sur l’État de droit en Europe.

M. Bullmann a également vivement critiqué le soutien du Parti populaire européen (PPE) de centre droit à son membre Forza Italia qui a rejoint la coalition de Mme Meloni.

« Le PPE n’est plus une force fiable pour défendre les valeurs européennes et l’avenir de l’Europe. Vous l’avez vu en Suède, et nous pourrions le voir en Espagne aussi », a déclaré l’eurodéputé allemand.

Les élections en Suède : sociaux-démocrates en tête des sondages, mais le parti populiste des Démocrates de Suède pourrait réaliser une percée aux élections législatives du 11 septembre

Comme tous les quatre ans, les Suédois sont appelés aux urnes le deuxième dimanche de septembre, soit cette année le 11, pour renouveler les 349 membres du Riksdag (chambre unique du Parlement), ainsi que l’ensemble de leurs représentants locaux : conseillers des assemblées locales des 20 comtés et conseillers des 290 municipalités du royaume. Ce calendrier électoral, qui fait coïncider les scrutins locaux et national, entraîne traditionnellement une forte participation et la prédominance des thèmes de politique nationale dans la campagne électorale.

Les Norvégiens et les Islandais vivant dans le royaume, les personnes possédant la nationalité d’un autre Etat mais enregistrées comme résidentes en Suède depuis au moins 3 ans consécutifs et les citoyens des 26 autres Etats membres de l’Union européenne sont autorisés à voter aux élections locales. Pour le scrutin législatif, les électeurs peuvent remplir leur devoir civique par correspondance dans tous les bureaux de poste du pays durant les 18 jours précédant la date des élections, soit cette année à partir du 24 août. Ils pourront ensuite, s’ils le désirent, annuler leur vote par correspondance en se rendant dans l’isoloir le jour du vote.
Pour la première fois dans l’histoire du pays, le nombre de Suédois nés à l’étranger qui peuvent voter à ces élections législatives est supérieur à un million : 1,2 million, soit 200 000 personnes de plus que lors du précédent scrutin du 9 septembre 2018, sur un total de 7,5 millions de votants.

Selon la dernière enquête d’opinion réalisée par l’institut Novus entre les 21 et 23 août, le Parti social-démocrate (SAP) est en tête des intentions de vote avec 28,2% des suffrages. Il est suivi par les Démocrates de Suède (DS), parti populiste de droite, qui, pour la première fois, prennent la deuxième place dans un sondage avec 22%. Le Parti des modérés (M), principal parti de la droite de gouvernement, recueillerait 17,5% ; le Parti de gauche (V) 8,5% ; le Parti de l’environnement-Les Verts (MP) 8% ; le Parti du centre (C) 6,9% ; les Libéraux (L) 6,1% et les Chrétiens-démocrates (KD) 5,1%.
Un sondage réalisé par l’institut Ipsos et publié au mois de juillet montre que 37% des Suédois souhaitent que la Première ministre Magdalena Andersson (SAP) conserve son poste ; 22% préfèreraient voir le dirigeant du Parti des modérés, Ulf Kristersson la remplacer et 12% soutiennent le leader populiste de droite, Jimmie Akesson (DS).
Les sociaux-démocrates restent donc les favoris du scrutin législatif. Voir le Parti des modérés devancé par les Démocrates de Suède constituerait un événement extraordinaire pour le royaume scandinave. Et pour l’Europe. La scène politique suédoise, déjà de plus en plus fragmentée à chaque élection, pourrait se recomposer.

Une menace populiste de plus en plus forte

Les élections législatives du 9 septembre 2018 avaient confirmé l’éclatement du paysage politique suédois. Longtemps dominé par le Parti social-démocrate qui traditionnellement bataillait avec une opposition de droite emmenée par le Parti des modérés, le pays avait su surmonter la crise de son Etat-providence (particulièrement généreux) et il était resté jusque dans les années 2010 épargné par la vague populiste qui déferlait sur de nombreux autres pays européens.
Las, la situation a changé au cours de la dernière décennie. Les Démocrates de Suède, qui recueillaient 2,93% des suffrages aux élections législatives de 2006 et 5,7% en 2010, étaient devenus lors du scrutin législatif de 2018, le troisième parti du pays avec 17,53% des suffrages. Alors que l’économie et l’Etat-providence constituaient dans le passé les principaux enjeux des scrutins législatifs, les thèmes de la loi, de l’ordre et de l’immigration sont devenus prédominants. Les Démocrates de Suède sont parvenus à imposer leur agenda électoral ainsi que leur vision de la réalité, leur dirigeant, Jimmie Akesson, martelant l’idée que l’immigration, notamment des musulmans, constitue une menace pour l’identité nationale et pour la sécurité du pays et qu’elle doit donc être contenue.
Les sociaux-démocrates ont longtemps été fermes sur l’accueil des migrants notamment parce qu’ils voyaient dans ces derniers une menace sur les salaires alors que les partis de droite plaidaient pour une ouverture des frontières. Dans les années 2010, les sociaux-démocrates ont défendu une politique de l’asile plus généreuse. Ainsi, 240 000 demandeurs d’asile sont arrivés en Suède entre 2014 et 2015. Actuellement, environ 20% des 10,5 millions d’habitants de la Suède sont nés à l’étranger, les Syriens représentant le groupe le plus important.
Les difficultés d’accueil (problèmes de logement) et la montée du sentiment d’insécurité ont amené un durcissement de la politique du gouvernement social-démocrate qui a finalement mis en place un retour du contrôle aux frontières et procédé à des expulsions. De fait, le royaume possède l’une des politiques d’immigration les plus fermes d’Europe et l’actuelle Première ministre, Magdalena Andersson, a fait de la lutte contre le travail illégal des étrangers sa priorité.
Face à la montée des Démocrates de Suède dans les urnes, les principaux partis politiques ont affiché leur volonté de durcir la politique d’immigration, le Parti social-démocrate surenchérissant sur les propositions du Parti des modérés et inversement, tous convaincus que les Suédois réclamaient une plus grande fermeté. Résultat : la politique prônée par ces partis est devenue illisible, ce qui crée beaucoup de confusion auprès des Suédois, et les Démocrates de Suède ont continué de progresser dans les urnes, les électeurs préférant toujours l’original à la copie.

Jimmie Akesson (DS) renvoie gauche et droite dos-à-dos : « Fredrik Reinfeldt (M), Premier ministre de 2006 à 2014, les a amenés ici, Magdalena Andersson leur a donné des avantages et les Démocrates suédois vont les enfermer et les expulser du pays » affirme-t-il à propos des immigrés présents dans le pays. Il a entrepris une véritable politique de dédiabolisation de son parti remplaçant la flamme qui figurait sur son logo par une anémone, il a fait adopter un code de conduite qui interdit toute déclaration raciste et il a intégré dans l’idéologie du parti la défense du folkhem, Etat-providence suédois, et des acquis sociaux, le respect des droits des femmes et des minorités.
Il accuse le Parti social-démocrate de laisser tomber l’Etat-providence en ruine et affirme pouvoir sauver la situation en réalisant des investissements à grande échelle en les finançant par la baisse des aides sociales et par une politique migratoire différente. Il souhaite réserver les bénéfices de l’Etat-providence aux seuls citoyens suédois et à ceux qui contribuent à cet Etat-providence.

La question de l’identité suédoise constitue indéniablement un thème majeur de la campagne électorale des élections législatives du 11 septembre 2022.
La Première ministre, Magdalena Andersson, a ainsi ouvert la campagne du SAP avec le slogan : « Une Suède qui ressemble le plus possible à la Suède« . « J’aime la Suède et je suis fière d’être suédoise » a-t-elle déclaré dans un discours prononcé au festival d’Almedalen en juillet dernier. Elle a cité « la confiance, la solidarité et l’ardeur au travail » comme les valeurs suédoises qui lui sont le plus chères, mentionnant aussi le sens du devoir, l’égalité, l’État de droit. « Nous sommes un pays où les hommes prennent des congés maternité et s’occupent des enfants et où les femmes travaillent et peuvent devenir Première ministre« .
La cheffe du gouvernement a utilisé 71 fois les termes « suédois » ou « Suède » en une demi-heure de discours. « Plus que des opinions différentes sur le nombre de prisons dont nous avons besoin, ce qui est en jeu pour ces élections législatives, ce sont les valeurs de la Suède, le type de pays que nous voulons » a-t-elle encore souligné.

Le festival politique d’Almedalen se tient tous les ans au début de l’été dans la ville médiévale de Visby située sur l’île de Gotland. Moment fort de la vie politique suédoise, il réunit les responsables politiques, les journalistes, les syndicalistes, les décideurs et l’élite suédoise qui échangent entre eux et avec le public. Environ 40 000 personnes y assistent chaque année. Auparavant d’une durée de huit jours, il a été réduit cette année à cinq jours.
A l’issue du discours de Magdalena Andersson, Jimmie Akesson lui a comme répondu en présentant une liste de 100 points de son programme, fortement centré sur la lutte contre l’immigration et le renforcement des mesures contre le crime organisé. Les Démocrates de Suède accusent le gouvernement d’être trop laxiste et mettent régulièrement en avant les violences causées par les étrangers. Selon eux, la société doit être monoculturelle, le progrès et les valeurs de liberté et d’égalité ne pouvant prospérer que dans une communauté de mœurs homogène aux frontières bien définies. Ils défendent ce qu’ils appellent la « suédicité ouverte » (öppen svenskhet) qu’ils présentent comme une option alternative à l’universalisme social-démocrate.

Un Parti social-démocrate dominant mais fragilisé

Le Parti social-démocrate essaie de revenir à ses racines, c’est-à-dire de préserver l’Etat-providence, tout étant ferme sur les questions d’immigration et de sécurité. Il s’est fixé trois priorités : reprendre le contrôle démocratique sur les écoles, le système de santé et les maisons de retraite ; faire de la Suède la championne mondiale de la transition écologique et combattre la ségrégation et la guerre des gangs que le pays ne parvient pas à faire cesser.
Les privatisations sont au cœur du débat public. Le retrait de l’Etat de certains secteurs essentiels a entraîné des inégalités et a généré un sentiment d’insécurité sociale et économique que les sociaux-démocrates n’ont pas voulu voir et à laquelle ils n’ont pas répondu. Enfin, « la ségrégation est si forte que nous avons deux sociétés parallèles en Suède. Nous vivons dans le même pays mais dans deux réalités différentes » a souligné Magdalena Andersson qui a admis que la Suède avait échoué à intégrer les immigrants qu’elle a accueillis. « Nous sommes le parti des travailleurs mais nous avons pris les gens ordinaires et les travailleurs pour acquis. Nous avons pensé qu’ils n’iraient jamais nulle part ailleurs et nous avons essayé de gagner les voix de la classe moyenne, notamment dans les grandes villes, ce qui nous a conduits à nous déconnecter de notre base » analyse Tobias Baudin, actuel secrétaire du SAP.

Un rapport du Conseil suédois pour la prévention de la criminalité a montré que seule la Croatie a enregistré davantage de décès par arme à feu par habitant au cours des quatre dernières années que la Suède sur vingt-deux pays européens. Les violences se sont longtemps limitées aux banlieues des trois plus grandes villes – Stockholm, Malmö et Göteborg – mais elles touchent dorénavant les petites villes. Depuis le début de l’année 2022, 44 personnes ont été tuées par balle en Suède (46 en 2021). Selon l’Institut de la société, de l’opinion et des médias de l’université de Göteborg, cette criminalité constitue la préoccupation principale des Suédois pour la première fois (41%). « La violence et la criminalité sont sûrement le point faible du gouvernement » indique Nicholas Aylott, professeur associé de sciences politiques à l’université de Sodertorn.

Magdalena Andersson met en garde contre la formation d’un gouvernement positionné « très à droite » en cas de victoire des différents partis de droite : « un gouvernement qui stopperait la transition écologique et qui tirerait profit du système scolaire » dans « une Suède où les groupes sociaux seraient dressés les uns contre les autres, un pays où les divisions sociales et la polarisation iraient croissantes, où le nombre de yachts augmenterait mais où celui des conseillers scolaires diminuerait et où la confiance de chacun pour son prochain et de chacun à l’égard de la société serait entamée« .

La question de l’arrêt de la privatisation des écoles (Stoppa vinstjakten, soit « Stop à la poursuite des profits dans les écoles ») est au cœur de l’actualité. En 1991, le pays a décentralisé et privatisé en partie son système éducatif pour en améliorer la qualité et l’efficacité. Les résultats n’ont cependant pas été au rendez-vous : si l’on en croit les comparaisons internationales, les résultats scolaires des jeunes Suédois sont de moins en moins bons et la ségrégation scolaire de plus en plus importante. Les écoles gérées par des compagnies privées et créées après la réforme de 1991 sont financées par les pouvoirs publics (les municipalités donnent un chèque scolaire à la famille qui veut inscrire son enfant dans le privé). La réforme de 1991 a été dévoyée, permettant à certains de faire du profit avec l’éducation des enfants ; elle a également permis le développement des écoles religieuses. Bien loin des objectifs de la réforme.
Selon une enquête réalisée par l’institut SM pour l’université de Gothenburg, sur la côte ouest du pays, les deux tiers des Suédois (67%) sont favorables à l’interdiction de ces écoles privées. La limitation de ces écoles est l’un des premiers objectifs des sociaux-démocrates.

La législature sociale-démocrate qui s’achève a suivi un cours tortueux. Tout d’abord, pas moins de 131 jours ont été nécessaires après le scrutin du 9 septembre 2018 pour parvenir à former un gouvernement. Le 19 janvier 2019, Stefan Löfven (SAP) a été reconduit au poste de Premier ministre avec le soutien du Parti du centre (C) et du Parti de gauche, deux partis qui refusaient le rapprochement du Parti des modérés et celui des Chrétiens-démocrates avec les Démocrates de Suède. Le gouvernement comprenait alors les sociaux-démocrates et les écologistes du Parti de l’environnement-Les Verts.
En juin 2021, le Parti de gauche retire son soutien au gouvernement en réaction au projet de suppression du contrôle des loyers pour les logements neufs. Le 21, Stefan Löfven est victime d’une motion de censure, une première dans le pays. Il démissionne le 28 juin mais il est, une nouvelle fois, reconduit à la tête du gouvernement le 7 juillet. Sa nouvelle équipe obtient la confiance de 116 élus, 173 députés votant contre et 60 s’abstenant. A noter que le système suédois ne requiert pas l’obtention d’une majorité absolue en faveur de la confiance mais seulement l’échec du vote contre à la majorité absolue (qui s’établit à 175 députés).
Affaibli, le Premier ministre Stefan Löfven annonce qu’il ne se présente pas à sa succession à la direction du SAP en novembre 2021 et qu’il envisage de quitter ses fonctions à la tête du gouvernement après l’élection de son successeur, ce qu’il a fait effectivement le 10 novembre. Magdalena Andersson est investie le 24 novembre par 117 suffrages, contre 74 et 57 abstentions, grâce à la signature d’un accord avec le Parti de gauche sur l’augmentation des plus faibles retraites. Le Parti du centre, opposé à cette mesure, retire son soutien au gouvernement. Le gouvernement de Magdalena Andersson, minoritaire, se retrouve dans l’impossibilité de faire adopter son projet de budget. Le Riksdag vote alors le budget élaboré par l’opposition de droite avec les Démocrates de Suède. La Première ministre est alors contrainte de démissionner à la suite du départ du gouvernement du Parti de l’environnement-Les Verts, les écologistes s’opposant à gouverner avec le budget issu des forces de droite. La Première ministre est réinvestie le 29 novembre et elle forme un gouvernement composé des seuls sociaux-démocrates.

Enfin, il y a quelques semaines, une motion de censure, initiée par les Démocrates de Suède, a été déposée contre Morgan Johansson, ministre de l’Intérieur et de la Justice, accusé de laxisme face au crime organisé, un fléau qui, ces dernières années, a pris de l’ampleur dans une Suède peu habituée à de telles violences. Les DS ont tenté de faire chuter le gouvernement à quelques semaines des élections et de générer une crise politique. Ils ont cependant échoué, de peu, à une voix près, celle de la députée indépendante (et ancienne élue du Parti de gauche) Amineh Kakabaveh.

Où en est la droite de gouvernement ?

Le dirigeant du Parti des modérés, Ulf Kristersson, a soutenu la motion de censure, accusant Morgan Johansson d’être inefficace contre le crime organisé. Le Parti des modérés fait campagne avec le slogan Mettons de l’ordre en Suède maintenant ; il se veut « ferme sur le crime et sur les causes du crime » qui, pour la formation, sont « la dépendance à l’aide sociale, l’échec scolaire et l’attrait pour l’argent facile« . Le parti affirme qu’il doublera, voire quadruplera, les peines de prison infligées aux criminels. Ulf Kristersson sait parfaitement que sa seule chance de gouverner réside dans une alliance avec les Démocrates de Suède. Le leader de la droite de gouvernement a exclu que ces derniers participent à un gouvernement qu’il dirigerait mais les populistes pourraient soutenir un tel gouvernement au parlement. La rupture du cordon sanitaire a eu lieu en Suède le 20 janvier 2020 lorsque le dirigeant modéré s’est déclaré prêt à coopérer avec les populistes qui, selon lui, ont changé au cours des dernières années. Ulf Kristersson aime à rappeler que des partis populistes de droite ont participé à des gouvernements en Norvège (Parti du progrès, FrP) et en Finlande (Vrais Finlandais, PS) et que des gouvernements danois ont dirigé le pays avec le soutien du Parti du peuple (DF).

Le Parti des modérés s’est également positionné sur le coût de la vie, qu’il voit comme l’autre sujet crucial de la campagne. Il qualifie le scrutin de boksval, soit d’élection du portefeuille. Il promet qu’il n’augmentera pas les taxes et dénonce les 46 hausses d’impôts réalisées par les sociaux-démocrates au cours de la dernière législature. Ulf Kristersson affirme que la Suède, après huit années de gouvernement social-démocrate, possède la croissance la plus faible de l’Union européenne et le huitième taux de chômage le plus élevé : « 700 000 personnes qui sont arrivées dans le pays n’ont pas les moyens de vivre décemment et elles coûtent 132 milliards de couronnes par an à l’Etat-providence« . Il répète que son parti dispose, avec les Libéraux, les Chrétiens-démocrates et les Démocrates de Suède d’une coalition viable et prête à gouverner à l’inverse du Parti social-démocrate dont les alliés, notamment le Parti du centre et le Parti de gauche, sont peu sûrs.

Le système politique suédois

La Suède possède un parlement monocaméral, le Riksdag, qui compte 349 membres élus tous les quatre ans au scrutin proportionnel. Le pays est divisé en 29 circonscriptions électorales (une par comté, celles de Stockholm, de Scanie et de Västra Götaland étant sous-divisées), qui élisent 310 députés (11 en moyenne, de 2 à 43 élus par circonscription). Les suffrages des électeurs sont répartis selon la méthode modifiée de Sainte-Lagüe avec un premier diviseur de 1,4.

Les 39 autres sièges, appelés sièges compensatoires, sont répartis entre les différents partis afin d’assurer la représentativité la plus exacte possible du vote au niveau national. Les candidats élus à ces sièges compensatoires sont ceux dont le parti bénéficie du plus fort reste dans les circonscriptions. Pour prendre part à la distribution de ces sièges compensatoires, un parti doit avoir recueilli 4% des suffrages exprimés au niveau national ou 12% au sein d’une circonscription donnée.

Les électeurs peuvent voter pour un parti ou effectuer un vote préférentiel en faveur de l’un des candidats figurant sur les listes qui leur sont proposées par les partis et, par conséquent, peser sur l’attribution des sièges. Lors du dépouillement, on détermine le nombre de sièges remportés par chaque parti avant de déclarer élus les candidats de chaque liste ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages sur leurs noms propres.

8 partis politiques sont représentés dans l’actuel Riksdag :
– le Parti social-démocrate (SAP), fondé en 1889 et emmené depuis novembre 2021 par la Première ministre sortante Magdalena Andersson, a dominé la vie politique suédoise durant plus de 70 ans. Il compte 100 élus ;
– le Parti des modérés (M), parti libéral créé en 1904 et conduit par Ulf Kristersson, possède 70 sièges ;
les Démocrates de Suède (SD), parti populiste de droite fondé en 1988 et dirigé par Jimmie Akesson, compte 62 députés ;
– le Parti du centre (C), ancien parti agrarien créé en 1913 et emmené depuis 2011 par Annie Lööf, possède 31 sièges ;
le Parti de gauche (V), parti de gauche radicale conduit depuis 2012 par Nooshi Dadgostar, rassemble 28 élus ;
– les Chrétiens-démocrates (KD), parti fondé en 1964 et dirigé par Ebba Busch Thor, possède 22 sièges ;
– les Libéraux (L), fondés en 1934 et emmenés par Johan Pehrson, compte 20 députés ;
– le Parti de l’environnement-Les Verts (MP), créé en 1981 et représenté par ses porte-paroles Per Bolund et Märta Stenevi, possède 16 sièges.

Pour la première fois dans l’histoire du pays – mais comme cela est arrivé lors de précédents scrutins en Europe -, les Suédois n’ont pas pu savoir à l’issue du vote qui de la gauche ou de la droite a remporté les élections législatives du 11 septembre. L’écart séparant les deux bords de l’échiquier politique a été si faible que la Commission électorale suédoise n’a donné les résultats que le 14 septembre.

Selon les résultats définitifs, les forces de droite, qui rassemblent les Démocrates de Suède (SD) parti populiste de droite dirigé par Jimmie Akesson, le Parti des modérés (M) conduit par Ulf Kristersson, les Chrétiens-démocrates (KD) dirigés par Ebba Busch Thor et les Libéraux (L) emmenés par Johan Pehrson, recueilleraient ensemble 49,5% des suffrages et 176 sièges.
Les forces de gauche qui comprennent le Parti social-démocrate (SAP) de la Première ministre sortante Magdalena Andersson, le Parti de gauche (V) conduit par Nooshi Dadgostar, le Parti de l’environnement-Les Verts (MP) représenté par Per Bolund et Märta Stenevi et le Parti du centre (C) emmené par Annie Lööf, obtiendraient 48,88% des voix et 173 sièges.

La spécificité suédoise qui fait que pour être investi un Premier ministre ne doit pas nécessairement réunir une majorité absolue en sa faveur : il doit seulement ne pas être rejeté par une majorité absolue de députés (soit 175).

Les sociaux-démocrates (SAP) ont réalisé un résultat élevé et arrivent en tête avec 30,3% des suffrages et 7 élus supplémentaires. Les Démocrates de Suède (SD) arrivés seconds avec 20,5% gagnent 3 sièges. Les écologistes en gagnent 2. Le Parti du centre (C) est celui perd le plus d’élus (- 7), le Parti de gauche en perd 4 tout comme les Libéraux, les Chrétiens-démocrates 3 et le Parti des modérés 2.

La participation, toujours élevée en Suède, a été plus faible que lors des élections législatives du 9 septembre 2018 : elle s’est élevée à 80,62%, soit – 6,56 points qu’il y a quatre ans.

Résultats des élections législatives du 11 septembre 2022 en Suède

Participation : 80,62%

Source : https://resultat.val.se/val2022/prel/RD/rike

Les Démocrates de Suède ont réalisé une percée et deviennent le deuxième parti. Rappelons que le parti populiste de droite, qui recueillait 2,93% des suffrages aux élections législatives de 2006 et 5,7% à celles de 2010, était devenu lors du scrutin législatif du 9 septembre 2018, le troisième parti avec 17,53%. Il a dépassé 40% de suffrages dans plusieurs municipalités du sud du pays. « Je pense que notre succès s’explique par le fait que les gens ne trouvent pas que les autres partis prennent leur situation au sérieux » soulignait son dirigeant Jimmy Akesson en août dernier. SD avait choisi l’expression Pas comme les autres partis comme slogan pour sa campagne électorale.

En Suède, le poste de Premier ministre revient traditionnellement au dirigeant du principal parti de l’alliance victorieuse. Ulf Kristersson, chef du parti des modérés (M), sait que sa seule chance de gouverner réside dans une alliance avec les Démocrates de Suède (SD), mais il avait exclu durant la campagne que SD participe à un gouvernement dont il serait le Premier ministre, envisageant sans doute qu’il pourrait diriger le pays avec le soutien de SD au Parlement et non au gouvernement. Le résultat de SD change néanmoins la donne et il sera désormais difficile de refuser qu’ils participent au gouvernement tout en comptant sur leur soutien. Même si les Modérés composent un gouvernement sans SD, Jimmie Akesson va peser sur la future coalition gouvernementale.

La rupture du cordon sanitaire entre les forces de droite modérée et les populistes a eu lieu le 20 janvier 2020 lorsque Ulf Kristersson s’est déclaré prêt à coopérer avec les Démocrates de Suède en raison de leur évolution, positive, selon lui, au cours des dernières années.
Selon une récente enquête d’opinion, les 2/3 des électeurs du Parti des modérés (64%) et les 4/5 des Chrétiens-démocrates (78%) sont favorables à l’entrée de SD au gouvernement.

En novembre 2021, les partis de droite ont présenté un budget commun avec les Démocrates de Suède, celui-ci a été adopté par le Riksdag, chambre unique du Parlement, le gouvernement de Magdalena Andersson, minoritaire, étant empêché de faire voter son propre projet.
En juin dernier, les Démocrates de Suède ont initié une motion de censure contre le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Morgan Johansson (SAP), accusé de laxisme face au crime organisé, un fléau qui, ces dernières années, a pris de l’ampleur dans un pays peu habitué à de telles violences. SD a encore tenté de faire chuter le gouvernement à quelques semaines du scrutin du 11 septembre et de générer ainsi une crise politique. Soutenu par l’ensemble des forces de droite, le parti a néanmoins échoué, à une voix près.

« Nous n’avons jamais eu auparavant une campagne électorale suédoise où nous discutions de la loi et de l’ordre, de la lutte contre le crime autant que cette année » a déclaré Henrik Ekengren Oscarsson, professeur de science politique de l’université de Göteborg. En effet, la campagne électorale a été dominée par l’insécurité, un thème que les Démocrates de Suède relient à celui de l’immigration. « L’immigration massive nous a apporté une culture de gang nouvelle et brutale » a déclaré Jimmy Akesson.
« Les sociaux-démocrates ont beau faire des efforts et aller sur le terrain de la droite, le fossé qui les sépare existe encore, ils seront toujours perçus selon comme plus permissifs ou plus généreux, en fonction de là où on se place » a souligné Karl-Oskar Lindgren, politologue de l’université d’Uppsala.

« L’inflation s’est envolée tout comme la criminalité et les fusillades, et ce sont des facteurs qui devraient bénéficier à l’opposition de droite » a indiqué Patrik Öhberg, professeur de science politique de l’université de Göteborg.

La Première ministre suédoise sortante, Magdalena Andersson, a reconnu la victoire du bloc de droite qui a « une petite majorité, mais néanmoins une majorité« , lors d’une de pressele 14 septembre, et annoncé sa démission le 15 septembre. Elle dirige un gouvernement intérimaire jusqu’à la formation du prochain gouvernement.

La Suède succédera à la République tchèque à la présidence du Conseil de l’Union européenne le 1er janvier 2023.

UPDATE :

Les partis de droite, emmenés par Giorgia Meloni, favoris pour les élections parlementaires du 25 septembre en Italie – Élections parlementaires en Italie – Élections Européennes – 25 septembre 2022 – Analyse (robert-schuman.eu)

Le président de la République devrait s’assurer une majorité à l’Assemblée nationale à l’occasion des élections législatives des 12-19 juin prochains – Élections Législative en France – 23 mai 2022 – Résultats (robert-schuman.eu)

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Les partis de droite, emmenés par Giorgia Meloni, favoris pour les élections parlementaires du 25 septembre en Italie – Élections parlementaires en Italie – Élections Européennes – 25 septembre 2022 – Analyse (robert-schuman.eu)

Victoire des forces de droite et percée des Démocrates de Suède (SD) qui deviennent le deuxième parti du pays suite aux élections législatives. (robert-schuman.eu)