La Commission européenne propose une plateforme de reconstruction de l’Ukraine – EURACTIV.fr

Parallèlement à une augmentation de 9 milliards d’euros de l’aide budgétaire à court terme accordée au gouvernement ukrainien, la Commission européenne a proposé, mercredi 18 mai, de mettre en place une plateforme de reconstruction pour l’Ukraine afin de répondre aux besoins de financement massifs de la reconstruction du pays.

Cette plateforme, baptisée « RebuildUkraine », serait dirigée par la Commission et le gouvernement ukrainien, mais les pays de l’UE, les institutions financières et d’autres partenaires partageant les mêmes idées pourraient également choisir de se joindre à l’effort de reconstruction.

« L’Union européenne a une responsabilité et un intérêt stratégique à diriger cet effort de reconstruction », a déclaré mercredi Ursula von der Leyen, présidente de la Commission.

Toutefois, la Commission est restée vague sur le montant que l’UE elle-même était prête à verser pour la reconstruction. Le vice-président exécutif de la Commission, Valdis Dombrovskis, a déclaré que « les besoins de l’Ukraine en matière de reconstruction sont vastes et les dégâts se poursuivent chaque jour, aussi nous ne pouvons pas donner un chiffre exact ».

« Mais oui, il est juste de supposer que nous parlons de montants très importants», a-t-il ajouté.

Selon les chiffres de l’École d’économie de Kiev, les pertes économiques totales en Ukraine depuis le début de la guerre le 24 février sont estimées à 564-600 milliards de dollars, les dommages directs documentés aux infrastructures s’élevant à plus de 94 milliards de dollars.

Le législateur européen libéral et économiste Luis Garicano a déclaré à EURACTIV que sur la base de ces chiffres, il faudrait environ 100 à 200 milliards d’euros d’argent public mis à disposition pour financer la reconstruction.

Qui va payer la reconstruction ?

Une source potentielle de financement intéressante pour cela sont les actifs russes qui ont été saisis suite aux sanctions contre Moscou. Bien que la proposition soit controversée, des milliards d’actifs d’oligarques et environ 300 milliards de dollars de réserves de la Banque centrale russe pourraient être mis à contribution.

Dans une récente interview, le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, s’est montré ouvert à l’idée d’utiliser les réserves russes saisies pour la reconstruction de l’Ukraine.

En comptant sur cette contribution russe involontaire, ainsi que sur une contribution importante des États-Unis, M. Garicano a estimé qu’environ 50 à 60 milliards d’euros devraient être fournis par l’UE. Selon lui, une contribution financière importante de l’UE est une condition préalable pour que le bloc joue un rôle de premier plan dans les efforts de reconstruction.

« Si nous devons codiriger ce processus, cela signifie que nous sommes prêts à jouer un rôle majeur en mettant des fonds importants sur la table. La solution que [la Commission] propose n’a de sens que si nous sommes prêts à prendre la tête », a-t-il déclaré à EURACTIV.

« Jusqu’à présent, l’Europe a toujours été à la traîne. Elle a traîné les pieds », a ajouté M. Garicano.

Avec son collègue du Parlement européen Guy Verhofstadt, il a récemment proposé l’émission d’obligations de guerre ukrainiennes qui seraient soutenues par l’UE dans son ensemble.

Les grands argentiers du G7 au chevet de l’Ukraine

Maintenir à flot les finances de l’Ukraine, contrer la hausse des prix alimentaires, soutenir les pays vulnérables : les grands argentiers du G7 n’auront pas assez de leur réunion en Allemagne pour s’atteler à l’ensemble des répercussions économiques de la guerre lancée par Moscou.

Investissement et réforme

Outre le montant et la répartition de la charge, la manière dont les fonds de reconstruction seront distribués sera un autre point crucial.

La présidente von der Leyen a déclaré que les principes de reconstruction « devraient combiner les investissements et, immédiatement, les réformes », ajoutant que cela aiderait l’Ukraine à poursuivre sa démarche européenne.

C’est pourquoi, à l’instar du fonds de relance de l’UE en cas de pandémie, les fonds de reconstruction pourraient être subordonnés à des réformes qui aideraient l’Ukraine sur la voie d’une éventuelle adhésion à l’UE.

« Le plan de reconstruction RebuildUkraine doit s’inscrire dans un partenariat stratégique avec l’Union européenne, car il sera un point d’ancrage pour l’avenir européen de l’Ukraine », a déclaré le commissaire à l’Économie, Paolo Gentiloni, qui, comme Mme von der Leyen, a soigneusement évité de parler de l’adhésion de l’Ukraine lors de la conférence de presse de mercredi.

La forme que prendra l’aide financière, à savoir des subventions ou des prêts que Kiev devra rembourses, reste à ce jour inconnue. Un récent manuel rédigé par un groupe d’économistes plaide pour l’utilisation de dons, car une Ukraine surendettée aurait du mal à développer son économie.

9 milliards d’euros pour financer les dépenses urgentes

La Commission a également proposé une nouvelle assistance macrofinancière exceptionnelle d’un montant maximal de 9 milliards d’euros sous forme de prêts pour aider le gouvernement ukrainien à rester solvable au cours des prochains mois. Pour que cela soit possible, la Commission a toutefois besoin du soutien des gouvernements des États membres de l’UE.

« Nous aurons besoin que les pays de l’UE fournissent des garanties supplémentaires pour soutenir ce programme », a déclaré M. Dombrovskis.

Selon les différentes estimations, le gouvernement ukrainien a actuellement besoin d’environ 5 à 8 milliards d’euros chaque mois pour maintenir ses services publics et l’effort de guerre. Le Fonds monétaire international a estimé le déficit de la balance des paiements de l’Ukraine jusqu’en juin à environ 14,3 milliards d’euros.

L’assistance macrofinancière de l’UE ne suffira donc pas à elle seule à maintenir l’Ukraine en vie pendant longtemps et M. Dombrovskis a appelé les partenaires internationaux et les institutions financières internationales à intervenir également.

Pendant ce temps, aux États-Unis, le Congrès a approuvé un financement d’urgence de plus de 40 milliards de dollars pour l’Ukraine, ce qui porte à plus de 50 milliards de dollars le total des fonds d’urgence américains pour l’Ukraine.

Actualisation

Le Conseil a adopté ce jour un règlement permettant la libéralisation temporaire des échanges et d’autres concessions commerciales en ce qui concerne certains produits ukrainiens. Le règlement prévoit que, pendant un an, les droits à l’importation sur toutes les exportations ukrainiennes vers l’Union européenne ne seront pas dus.

Grâce à ces mesures, l’UE sera en mesure de soutenir l’économie ukrainienne de manière significative.

La guerre d’agression non provoquée et injustifiée de la Russie contre l’Ukraine a eu un impact dévastateur sur les capacités de production du pays, ses infrastructures de transport et l’accès à la mer Noire, ainsi que sur sa capacité plus générale à réaliser des échanges commerciaux avec le reste du monde. Les conséquences ne sauraient être sous-estimées, que ce soit sur le plan interne ou à l’échelon international, pour ce qui est de l’impact sur la sécurité alimentaire.

La décision prise aujourd’hui s’appliquera pendant une période d’un an et suspendra en particulier:

– tous les droits de douane dus en vertu du titre IV de l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine établissant une zone de libre‑échange approfondi et complet qui n’avaient pas encore été libéralisés. La suspension concerne notamment: les produits industriels visés par l’élimination progressive des droits d’ici à la fin de l’année 2022; les fruits et légumes soumis au système des prix d’entrée; et les produits agricoles et produits agricoles transformés soumis à des contingents tarifaires;

– les droits antidumping appliqués aux importations originaires d’Ukraine; et

– l’application du régime commun applicable aux importations dans le cas des importations originaires d’Ukraine.

La décision de ce jour est subordonnée au respect des principes énoncés à l’article 2 de l’accord de libre‑échange approfondi et complet.

Contexte et prochaines étapes

La Commission a présenté sa proposition relative à la libéralisation temporaire des échanges en complément des concessions commerciales applicables aux produits ukrainiens au titre de l’accord d’association entre l’Union européenne et la Communauté européenne de l’énergie atomique et leurs États membres, d’une part, et l’Ukraine, d’autre part, le 27 avril 2022.

Le 13 mai, le Conseil a adressé une lettre au Parlement européen pour marquer son accord sur le règlement, qui a ensuite été voté en plénière le 19 mai.

Le règlement ayant à présent été adopté à la fois par le Parlement européen et par le Conseil, il sera signé et publié au Journal officiel avant d’entrer en vigueur le jour suivant celui de sa publication au Journal officiel de l’Union européenne.

Ukraine: le Conseil adopte la libéralisation temporaire des échanges commerciaux avec l’Ukraine – Consilium (europa.eu)

https://www.euractiv.fr/section/economie/news/la-commission-europeenne-propose-une-plateforme-de-reconstruction-de-lukraine/