Les partis et groupes politiques européens

Le Parlement européen compte 7 groupes politiques regroupant un total de 705 députés :

49 eurodéputés non inscrits ne siègent dans aucun groupe politique.

Aperçu des élections. Les partis d’extrême droite et les partis nationalistes devraient connaître une forte croissance aux dépens des Verts, des libéraux et des partis de gauche lors des élections européennes de juin.

Ceci n’est pas nouveau. Mais quelles pourraient en être les conséquences pour les politiques climatiques de l’Union européenne ?

L’UE en a eu un avant-goût la semaine dernière, lorsque les eurodéputés ont débattu à propos de l’objectif climatique recommandé par la Commission européenne pour 2040, à savoir une réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990. Notre journaliste Fred Simon fait le point sur ce qu’ont dit les différents partis.

Les conservateurs se rebellent. Prenant la parole lors de la session plénière du Parlement à Strasbourg, les groupes conservateurs et d’extrême droite ont mis en garde contre les conséquences sociales et le risque de désindustrialisation associés à des objectifs climatiques plus ambitieux de la part de l’UE.

« Avez-vous dit aux agriculteurs et à la population que l’énergie, le transport, le logement, la viande et d’autres denrées alimentaires de base seront plus chers ? », a déclaré l’eurodéputé tchèque Alexandr Vondra, s’exprimant au nom du groupe nationaliste des Conservateurs et réformistes européens (CRE).

« Je pense qu’il est très risqué de faire une telle proposition avant les élections, sans connaître l’impact socio-économique réel », a-t-il averti.

Insurrection de l’extrême droite. Selon l’extrême droite, la voie à suivre doit être radicale : abolir le Pacte vert (Green Deal). La semaine dernière, les eurodéputés ont reçu un courriel de leur homologue belge Tom Vandendriessche, du parti flamand Vlaams Belang (Identité et démocratie, ID), les invitant à signer sa résolution réclamant l’« abolition » du Pacte vert.

L’objectif est de faire comprendre «au lieu d’étendre le Green Deal avec encore plus de réglementation comme proposé, [il] devrait être renégocié afin d’abolir le cadre tel qu’il existe actuellement », a déclaré Tom Vandendriessche à Euractiv France. Paul Messad nous en parle.

C’est tout bêtement une question économique. Les Socialistes et Démocrates (S&D), quant à eux, ont plaidé en faveur de la poursuite des réductions d’émissions de carbone. « C’est ce que le monde des affaires demande », a déclaré Mohammed Chahim, un eurodéputé néerlandais, qui a mis en garde contre le risque d’être à la traîne par rapport à la Chine et aux États-Unis dans la course aux technologies vertes.

Son point de vue a été repris par le groupe centriste Renew de l’eurodéputé français Pascal Canfin, qui a appelé l’UE à prendre exemple sur la loi américaine sur la réduction de l’inflation et les subventions vertes qui y sont associées, estimées à 1 200 milliards de dollars sur dix ans.

« Cela devrait nous inspirer », a déclaré M. Canfin, exhortant la nouvelle génération de responsables politiques qui sera élue en juin à « discuter sérieusement de notre capacité collective à financer la transition verte en Europe ».

Bouleversement chez les Verts. Les Verts, quant à eux, sont concurrencés à leur gauche par des partis radicaux qui se présentent aux élections européennes. En Allemagne, le mouvement climatique « Dernière génération » (Letzte Generation, en allemand) a annoncé son intention de se présenter aux élections de juin, affirmant vouloir « secouer » le système politique.

Le mouvement a attiré l’attention des médias au cours des dernières années, ses militants s’agrippant au bitume avec de la colle forte et taguant des devantures de magasins de luxe en orange. Le groupe prévoit maintenant de continuer à protester sous une forme différente.

« Nous voulons faire entendre la voix de la rue, la voix du mouvement au Parlement », a déclaré la porte-parole Carla Hinrichs. « C’est la raison pour laquelle nous voulons vraiment secouer le Parlement de l’UE cette année. » Reportage de Kjeld Neubert.

Adaptation climatique. Le débat sur le climat à l’horizon 2040 ne porte pas seulement sur l’atténuation des émissions, mais aussi sur l’adaptation aux changements inévitables induits par le réchauffement climatique. La Belgique est bien placée pour en témoigner, avec les inondations meurtrières qui ont frappé la Wallonie au cours de l’été 2021 et qui ont coûté la vie à 39 personnes.

La semaine dernière, la présidence belge du Conseil de l’UE a organisé à Liège un sommet spécial sur le sujet, qui a donné lieu à l’adoption de la « Déclaration de Liège » en faveur d’une adaptation commune au changement climatique.

Signée par 70 organisations, dont des autorités locales et des organisations environnementales, cette déclaration invite tous les décideurs européens à faire de l’adaptation « une priorité essentielle dans l’élaboration des politiques futures » en matière de changement climatique. Notre journaliste Nathan Canas nous en dit plus.

L’industrie en ligne de mire. Parallèlement, les demandes se font de plus en plus pressantes pour que la prochaine Commission européenne, qui sera constituée après les élections européennes de juin, se concentre davantage sur la politique industrielle et moins sur la formulation d’objectifs.

Équilibre des énergies (EdEn), un think tank français spécialisé en politiques industrielles, a exhorté la prochaine génération de décideurs européens à concilier les objectifs de l’industrie et de la politique climatique afin d’atteindre les objectifs de l’UE à l’horizon 2030.

Le communiqué de la Commission concernant un objectif climatique pour 2040 souligne également l’importance d’un « accord de décarbonation industrielle » pour remplacer le Pacte vert, faisant écho aux appels de la présidente Ursula von der Leyen lors de son dernier discours sur l’état de l’Union en septembre.

Le think tank attire également l’attention sur l’aspect financier de la transition, affirmant que la mise en œuvre des objectifs climatiques de l’UE est susceptible de coûter un montant considérable de 1 000 milliards d’euros par an. Paul Messad nous en dit plus.

L’argent ne pousse pas aux arbres… Toutefois, l’UE a du mal à trouver ces milliards d’euros.

La semaine dernière, les législateurs européens sont parvenus à un accord sur une version réduite de ce que Mme von der Leyen avait initialement présenté comme un fonds de souveraineté de l’UE destiné à soutenir les technologies vertes en réponse à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA), cette dernière représentant plusieurs milliards d’euros de fonds.

Mais le résultat final a été décevant pour les observateurs, qui ont noté une absence de nouveaux fonds alloués à l’initiative, appelée plateforme « Technologies stratégiques pour l’Europe » (STEP).

« Nous nous attendions à obtenir un fonds européen pour investir stratégiquement dans les technologies propres après l’IRA, et ce que nous obtenons, essentiellement, c’est un site Internet », a déclaré Simone Tagliapietra, membre du think tank économique Bruegel basé à Bruxelles.

En l’absence de nouveaux financements, les États membres de l’UE devront financer la transition de leur propre poche, a averti M. Tagliapietra, ce qui signifie que la transition verte pourrait devenir inabordable pour de nombreux pays de l’UE qui ne disposent pas de la marge de manœuvre fiscale nécessaire — à l’exception peut-être de l’Allemagne et de la France.

« Cette question devra être remise sur la table et placée au cœur de l’agenda après les élections », a déclaré M. Tagliapietra à Euractiv. Fred Simon nous en dit plus.

… et peu d’espace fiscal supplémentaire. Les États membres de l’UE ne seront pas beaucoup aidés par les règles révisées de l’UE en matière de dépenses publiques, approuvées le week-end dernier.

Même si le pacte de stabilité et de croissance révisé permettra aux États membres de l’UE de disposer d’une plus grande marge de manœuvre pour financer la transition verte et numérique, les règles révisées confirment largement les limites précédentes imposées à la dette publique et aux déficits budgétaires, qui sont respectivement plafonnées à 60 % et à 3 % du PIB.

L’Allemagne et ses alliés « frugaux » ont même réussi à renforcer les règles en imposant un effort minimum quantifiable de réduction de la dette et des déficits pour tous les pays de l’UE, malgré les réticences de la France et de l’Italie. Lisez les réactions dans cet article de Thomas Moller-Nielsen.


Les partis politiques jouent un rôle central dans les démocraties libérales contemporaines : ce sont des courroies de transmission essentielles entre les citoyens et la prise de décision politique et de sélection des candidats. Vu leur rôle au niveau national, il n’est pas étonnant que l’on se soit tourné vers les partis politiques comme solution au déficit démocratique dont souffre l’Union européenne (UE).

Cette étude vise à étudier les différentes facettes des partis politiques européens, les défis auxquels ils font face ainsi que les perspectives quant au rôle des partis politiques européens pour la démocratie supranationale. Elle est structurée en quatre parties.

Une première partie retracera brièvement l’évolution des partis politiques européens. Elle montre que la création d’un cadre règlementaire a favorisé l’émergence des Europartis. Après une période de rapide émergence et de grande volatilité, leur nombre semble toutefois se stabiliser dans la période récente, avec 10 partis politiques européens reconnus par l’Autorité pour les partis politiques européens et les fondations politiques européennes (APPF).

Une seconde partie analyse le financement des partis européens. Introduit en 2003, le financement direct des partis politiques a été modifié en 2007, 2014, 2018, 2019 et est actuellement en cours de modification. Nous montrons que si les partis politiques européens ont pu compter sur un niveau croissant de ressources financières, notamment en raison de l’augmentation du financement public, l’utilisation de ces subventions est également soumise à certaines limites.

La plus importante est que les fonds européens ne peuvent pas être utilisés pour financer directement ou indirectement des partis politiques nationaux ou des candidats, ni pour des campagnes électorales ou référendaires nationales. Bien que, loin d’être leur seul obstacle, les règles entourant l’usage des fonds européens sont l’une des contraintes limitant l’implication et la visibilité des partis politiques européens dans la vie politique.

Une troisième partie aborde la question du rôle et de la nature des Europartis. Elle se concentre en particulier sur trois fonctions essentielles des partis en démocratie : la fonction d’articulation et d’agrégation des intérêts, la fonction de liens et la fonction d’influence sur le processus décisionnel. Nous y analysons la faible visibilité des Europartis lors des élections ; l’apport de la procédure des Spitzenkandidaten ; la structure et les règles d’adhésion aux partis politiques européens et enfin, la question de l’influence des Europartis via le Parlement, le Conseil et le Conseil européen.

La conclusion revient sur les principales contraintes pesant sur les partis politiques européens et discute des perspectives pour les prochaines élections européennes de 2024 et 2029. En particulier, au-delà des avancées concernant les listes transnationales et les Spitzekandidaten, la visibilité des Europartis pourrait être facilement et rapidement accrue via l’inclusion de leur logo dans le matériel de campagne de leurs partis membres.

Introduction aux partis politiques européens et aux groupes politiques du Parlement

Les partis politiques jouent un rôle central dans les démocraties libérales contemporaines : ce sont des courroies de transmission essentielles entre les citoyens et la prise de décision politique et des vecteurs
de sélection des candidats. Vu leur rôle au niveau national, il n’est pas étonnant que l’on se soit tourné vers les partis politiques comme solution au déficit démocratique dont souffre l’Union européenne (UE).

En effet, un des ressorts de ce déficit démocratique est lié à la distance perçue entre électeurs et décideurs politiques européens (Follesdal et Hix 2006). Les partis politiques (européens) sont dès lors vus comme des acteurs ayant le potentiel de réduire cette distance entre électeurs et décideurs politiques (Wolkenstein 2019).

Comme le souligne un récent rapport du Parlement européen (PE), les partis politiques sont vus comme « essentiels au développement d’une véritable sphère publique dans l’Union » et ils devraient « jouer un rôle plus central dans le processus des élections européennes et contribuer à former la conscience politique de l’Union et à exprimer la volonté des citoyens européens » (rapport Wieland et Goerens, 2021/2018(INI)).

Les partis politiques européens tels qu’ils existent aujourd’hui sont le résultat d’un processus de long terme. En effet, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, une coopération transnationale entre partis s’est mise en place, de façon progressive et informelle. Les années 1970 et la perspective des premières élections européennes au suffrage universel ont enclenché un processus d’institutionnalisation de ces liens transnationaux avec les premières (con)fédérations européennes de partis.

Le Traité de Maastricht a ensuite reconnu l’importance des partis européens pour la démocratie à l’échelle supranationale tandis que le règlement n°2004/2003, « relatif au statut et au financement des partis politiques au niveau européen », a reconnu un statut officiel pour les partis politiques au niveau européen mais a également établi un financement public durable pour leurs activités.

Aujourd’hui consolidés et bénéficiant à la fois d’une reconnaissance juridique et d’un financement pérenne, les partis européens n’en restent pas moins au cœur d’un paradoxe : d’une part, ils jouent un
rôle croissant, notamment dans la coordination de leurs membres et la préparation des réunions du Conseil européen et du Conseil et, d’autre part, ils demeurent largement invisibles pour la plupart des citoyens européens et ne jouent pas le rôle espéré de pont entre citoyens et politique européenne. Leur nature et leurs rôles restent en évolution et font l’objet de nombreuses discussions.

Partis politiques européens – Institut Jacques Delors (institutdelors.eu)

Aller plus loin : https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2023-0269_FR.pdf

Tous les cinq ans, les citoyens européens sont appelés aux urnes dans l’ensemble des pays membres afin d’élire leurs représentants à l’échelle européenne : les eurodéputés. Combien y a-t-il de députés européens par pays ? Quel est le rôle de président du Parlement européen ? Qu’en est-il de la parité au Parlement européen ? Ou encore qui sont les députés européens français ? Retrouvez l’essentiel sur la mandature en cours à travers notre infographie.

Le Parlement européen 2019-2024

Les députés européens, ou eurodéputés, sont élus pour 5 ans au suffrage universel direct dans chaque pays de l’Union européenne. Ils représentent les citoyens européens. 

Les dernières élections européennes se sont déroulées en mai 2019. Les prochaines se tiendront du 6 au 9 juin 2024 (le dimanche 9 juin en France).

Les Conservateurs et réformistes européens (CRE)

Que défend le groupe eurosceptique au Parlement européen ? Quelles sont les forces qui le composent ? Quel poids ont-elles dans leurs pays respectifs ?

Complément : https://www.euractiv.com/section/elections/news/eu-centre-right-clashes-over-qualified-majority-voting/?utm_source=Euractiv&utm_campaign=914c0cfc62-EMAIL_CAMPAIGN_2023_12_08_01_18_COPY_02&utm_medium=email&utm_term=0_-769a26aedb-%5BLIST_EMAIL_ID%5D

Ryszard Legutko (à droite) et Nicola Procaccini (à gauche) sont les deux co-présidents du groupe CRE au Parlement européen
Ryszard Legutko (à droite) et Nicola Procaccini (à gauche) sont les deux co-présidents du groupe CRE au Parlement européen – Crédits : Alexis Haulot / Parlement européen

16 pays, 66 eurodéputés

Le groupe “CRE” (ECR en anglais), institué en 2009, constitue la cinquième force du Parlement européen avec 66 eurodéputés issus de 16 Etats membres, soit plus de 9 % des sièges de l’hémicycle. Il est situé à la droite de l’échiquier politique et ses membres prônent, dans une large mesure, le libéralisme économique, le conservatisme sociétal, la diminution de l’immigration et l’affaiblissement de l’Union européenne.

Les coprésidents du groupe ECR sont le Polonais Ryszard Legutko et l’Italien Nicola Procaccini.

Les ultraconservateurs polonais du parti Droit et justice (PiS) en constituent le noyau dur avec une délégation forte de 27 élus (sur les 52 dévolus à la Pologne). Viennent ensuite les Frères d’Italie (FDI, 9 sièges) et les différents partis néerlandais (5 sièges). Les nationalistes espagnols de la formation “Vox” et le Parti démocratique civique de République tchèque disposent de 4 sièges chacun. La Belgique y envoie aussi 3 membres de l’Alliance néoflamande (N-VA), tout comme les Démocrates de Suède (SD). Le groupe CRE est le seul au Parlement européen à ne compter aucun membre français.

Une position antifédéraliste

Antifédéraliste et attaché à la souveraineté des Etats membres, l’ECR se décrit lui-même comme euro-réaliste”. Il estime que “l’Union a un rôle à jouer au XXIe siècle, mais qu’elle devrait se concentrer sur la mise en œuvre de la coopération entre ses États membres et sur la recherche de solutions pratiques aux problèmes et enjeux des années 2050, et non pas des années 1950″. Il souhaite notamment, grâce à une Europe “plus flexible et décentralisée”, en réduire la “paperasserie”.

Le groupe plaide en outre “pour l’égalité de traitement de tous les États membres, en poussant l’UE à être plus responsable sur le plan fiscal, en trouvant de nouveaux moyens de relier les personnes et les entreprises, en créant des solutions à la crise des migrants ainsi qu’à la menace terroriste et en adoptant une approche globale pour accroître la compétitivité européenne sur la scène mondiale”.

Identité et démocratie (ID) 

Que défend le groupe d’extrême droite au Parlement européen ? Quelles sont les forces qui le composent ? Quel poids ont ces dernières dans leurs pays respectifs ?

Marco Zanni (Lega)

8 pays, 62 eurodéputés

Anciennement nommé “Europe des nations et les libertés” (ENL), le groupe change de nom après les élections de mai 2019 pour devenir “Identité et démocratie” (ID). Situé à l’extrême droite de l’échiquier politique, il représente un peu moins de 10 % des 705 sièges au Parlement européen avec 62 eurodéputés issus de 8 pays. 

La présidence d’ID, sixième force politique du Parlement, est assurée par l’Italien Marco Zanni, ancien élu du Mouvement 5 étoiles qui a rejoint la Ligue début 2017.

Avec 25 eurodéputés, c’est justement la formation de Matteo Salvini qui est la principale délégation du groupe Identité et démocratie. En deuxième position, on retrouve les 18 élus du Rassemblement national (RN) menés par Jordan Bardella. 23 représentants du parti ont été élus en 2019, mais 5 d’entre eux ont quitté le groupe au cours de l’année 2022, dont 4 après avoir soutenu la candidature d’Eric Zemmour lors de l’élection présidentielle. 

Viennent ensuite : l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) forte de ses 9 eurodéputés ; puis le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) et le Vlaams Belang (VB) belge qui disposent chacun de 3 sièges ; le parti Liberté et démocratie directe (République tchèque) avec 2 eurodéputés. Enfin, les délégations estonienne et danoise comptent un membre chacune. 

Des divergences de fond

Si tous les membres du groupe partagent d’évidentes similitudes comme le rejet de l’immigration et du multiculturalisme, l’euroscepticisme, ou encore l’hostilité à l’islam, ils sont néanmoins traversés par d’importantes fractures.

Sur le plan migratoire par exemple, ils défendent différentes solutions : alors que La Ligue italienne, dont le pays est particulièrement exposé aux flux migratoires, s’est longtemps déclaré favorable à une réponse européenne de répartition des demandeurs d’asile, le RN et l’AfD s’y opposent.

En matière économique, quand le RN défend un certain protectionnisme, l’AfD développe un discours résolument libéral en accord avec l’économie de marché.

La Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NGL)

Que défend le groupe de gauche radicale au Parlement européen ? Quelles sont les forces qui le composent ? Quel poids ont ces dernières dans leurs pays respectifs ?

L’Allemand Martin Schirdewan et la Française Manon Aubry, co-présidents du groupe GUE/NGL
L’Allemand Martin Schirdewan et la Française Manon Aubry, co-présidents du groupe GUE/NGL – Crédits : Denis Lomme / Parlement européen

13 pays, 37 eurodéputés

Situé tout à gauche de l’échiquier politique, le groupe GUE/NGL occupe un peu plus de 5 % des 705 sièges au Parlement européen, avec 37 eurodéputés issus de 13 Etats membres. Sa co-présidence est assurée par la Française Manon Aubry (La France insoumise) et l’Allemand Martin Schirdewan (Die Linke).

Avec 6 eurodéputés, La France insoumise constitue la première délégation. Die Linke (Allemagne), Siriza (Grèce) et la délégation espagnole (3 partis différents) comptabilisent 5 députés chacun. Les Irlandais et les Portugais comptent 4 membres. Des eurodéputés de gauche radicale de 7 autres pays occupent entre 1 et 2 sièges.

Un groupe “confédéral

Soucieuse de “respecter et préserver la diversité des identités et opinions de ses membres”, cette famille politique se définit comme “confédérale”. Sa ligne peut être qualifiée d’ “altereuropéenne”, c’est-à-dire opposée à la construction européenne actuelle.

Nous luttons pour plus d’emplois et de meilleures possibilités d’éducation, pour la sécurité sociale et la solidarité sociale, pour une gestion respectueuse de notre terre et de ses ressources, pour les échanges culturels et la diversité, pour un développement économique durable et pour une politique de paix cohérente et forte”, peut-on lire sur le site internet du groupe.

Il prône notamment une réforme de l’architecture de l’UE afin de la rendre plus “démocratique”. Il souhaite aussi un nouveau modèle de développement écologique, en alternative aux politiques d’austérité. De plus, le parti promeut une politique de coopération avec les pays tiers fondée sur le respect des droits de l’Homme.

Le Parti populaire européen (PPE)

Que défend le groupe de droite conservatrice au Parlement européen ? Quelles sont les forces qui le composent ? Quel poids ont ces dernières dans leurs pays respectifs ?

Manfred Weber, président du groupe PPE au Parlement européen
Manfred Weber, président du groupe PPE au Parlement européen – Crédits : Denis Lomme / Parlement européen

27 Etats membres, 177 eurodéputés

Constante dans le paysage politique européen depuis 1953, le PPE s’impose à partir de 2019 comme la première force politique du Parlement européen pour la cinquième mandature consécutive. Toutefois son avance sur le groupe des socialistes (S&D) se réduit.

Situé à droite de l’échiquier politique, le groupe totalise presque un quart des eurodéputés de l’hémicycle, avec 177 députés sur 705. Les députés européens sont issus des 27 Etats membres de l’Union européenne. S’ils sont issus d’un même pays, ils peuvent provenir d’un seul ou de plusieurs partis, coalisés ou non dans une même liste lors des élections européennes.

La présidence du groupe est assurée par l’Allemand Manfred Weber, membre du Parlement européen depuis 2004. Au niveau national, ce dernier fait partie de la CSU, le parti chrétien social allemand allié au parti chrétien-démocrate CDU. Avec 30 élus, la CDU/CSU représente la délégation la plus importante du groupe PPE.

Viennent ensuite les 16 élus polonais du PSL, le parti paysan, et de la Plateforme civique, élus ensemble sous la bannière de la “Coalition européenne”. En troisième position se trouve la délégation roumaine avec 14 eurodéputés, majoritairement issus du Parti national libéral. Elle est suivie de la délégation espagnole, qui compte 13 élus. 

Le 3 mars 2021, le départ du Fidesz, le parti de Viktor Orbán, a fait perdre 12 députés à la délégation hongroise ainsi qu’au groupe du PPE.

La délégation française est composée de 8 eurodéputés, dont 7 issus du parti Les Républicains. 

Politique commune

Le Parti populaire européen rassemble ainsi plusieurs tendances, du centre droit à la droite chrétienne voire nationaliste. Attaché aux questions de compétitivité et de croissance, il affiche parmi ses priorités économiques la protection des petites entreprises et la défense du libre-échange.

Par ailleurs, le PPE fait aussi des frontières et de la dimension sécuritaire l’une de ses priorités. Il propose ainsi de renforcer la coopération dans la lutte contre le terrorisme et de lutter contre l’immigration illégale.

Renew Europe (RE) 

Que défend le groupe centriste et libéral au Parlement européen ? Quelles sont les forces qui le composent ? Quel poids ont-elles dans leurs pays respectifs ?

Valérie Hayer est la présidente du groupe Renew depuis le 25 janvier 2024

101 élus, 24 pays

Le groupe Renew Europe (RE) est le successeur direct de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE). Rejointe par les élus français de Renaissance (ex La République en marche) et leurs confrères roumains de la liste USR-PLUS (Union Sauvez la Roumanie et Parti de la liberté, de l’unité et de la solidarité), la nouvelle formation centriste créée le 12 juin 2019 s’impose comme la troisième force politique du Parlement européen, après un bond de 34 sièges par rapport à la précédente mandature. Ses 101 élus représentent désormais plus de 14 % des eurodéputés.

Depuis le 25 janvier 2024, la Française Valérie Hayer préside le groupe Renew Europe au Parlement européen. La Mayennaise succède à Stéphane Séjourné, nommé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères du gouvernement français. Le groupe compte en outre 10 vice-présidents, dont Sylvie Brunet, française également.

Renew Europe rassemble des élus de 24 Etats européens. Seuls certains Etats d’Europe du sud (Chypre, Malte, le Portugal) ne comptent pas d’eurodéputés centristes.

Avec 23 eurodéputés, la délégation française est la plus importante du groupe RE. Les Espagnols (Ciudadanos) comptent 9 membres, tandis que trois autres délégations (Allemagne, Pays-Bas, Roumanie) se composent de 7 parlementaires.

Faiseurs de roi

Loin derrière les deux groupes de tête, le PPE (droite traditionnelle) et le S&D (sociaux-démocrates), Renew Europe possède tout de même un pouvoir d’influence non négligeable sur l’assemblée. Compte tenu de leur nombre, les eurodéputés libéraux peuvent souvent apporter le nombre de voix nécessaires aux sociaux-démocrates ou aux conservateurs pour faire passer leurs textes.

Le groupe défend une vision fédéraliste de l’Europe, favorable à un approfondissement de la construction européenne. Bien que les partis qui le composent adoptent des positions politiques diverses, les eurodéputés libéraux partagent par ailleurs certaines valeurs comme la défense des libertés individuelles.

Valérie Hayer élue présidente du groupe Renew Europe

Valérie Hayer succède à Stéphane Séjourné, nommé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, à la présidence du groupe Renew Europe au Parlement européen.

A 37 ans, Valérie Hayer devient la présidente du troisième groupe le plus important au Parlement européen - Crédits : Philippe BUISSIN / Parlement européen
A 37 ans, Valérie Hayer devient la présidente du troisième groupe le plus important au Parlement européen – Crédits : Philippe BUISSIN / Parlement européen

La présidence du groupe Renew Europe au Parlement européen restera française. Laissée vacante à la suite du départ de Stéphane Séjourné, nommé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères au sein du nouveau gouvernement français, cette fonction chargée de responsabilités revient à son ancienne collègue, Valérie Hayer.

Co-présidente de la délégation française L’Europe ensemble, l’eurodéputée était la seule candidate en lice pour ce poste. Un vote par acclamation s’est tenu jeudi 25 janvier au matin, à l’issue duquel elle a été élue par le reste des membres du groupe Renew Europe.

Troisième groupe du Parlement européen

Nommé le 11 janvier 2024 ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné était dans l’obligation de démissionner de son mandat de député européen et, par conséquent, de sa fonction de président du groupe Renew Europe à Strasbourg, qu’il occupait depuis octobre 2021. La course à sa succession s’est alors déclenchée. Les candidats potentiels avaient jusqu’à mercredi 24 janvier, 14 heures, pour déposer officiellement leur candidature.

Parmi les candidats pressentis figurait notamment l’eurodéputé néerlandais Malik Azmani. Membre du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), il assurait l’intérim à la tête du groupe Renew Europe en sa qualité de premier vice-président. Mais celui-ci n’a finalement pas déposé sa candidature, au contraire de Valérie Hayer.

Elue en 2019 en 19e position sur la liste de la majorité présidentielle, l’ancienne conseillère départementale de Mayenne devient ainsi, à 37 ans, la présidente de la troisième force politique (101 élus) du Parlement européen. Valérie Hayer est par ailleurs membre de la commission des Budgets au Parlement européen et coordinatrice pour son groupe Renew Europe au sein de cette commission.

L’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D) 

Que défend le groupe social-démocrate au Parlement européen ? Quelles sont les forces qui le composent ? Quel poids ont ces dernières dans leurs pays respectifs ?

La Présidente du groupe S&D au Parlement européen Iratxe Gárcia Pérez

26 pays, 143 eurodéputés

Situé au centre-gauche de l’échiquier politique, le groupe Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D) représente plus de 20 % des sièges avec 143 eurodéputés issus d’une quarantaine de partis de 26 Etats membres. La présidence du groupe est assurée par l’Espagnole Iratxe García Pérez depuis 2019. Cette dernière a été réélue le 17 novembre 2021 pour poursuivre son mandat.

L’Espagne dispose de la plus importante délégation avec 21 élus du PSOE. Viennent ensuite le Parti Démocrate italien et le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD, avec 16 sièges chacun. Le Parti social-démocrate de Roumanie (PSD, 10 sièges), les socialistes portugais (PS, 9 sièges) et l’Alliance de la gauche démocratique polonaise (SLD, 7 sièges). La délégation française est également composée de 7 eurodéputés. 

Une vision “progressiste

Le groupe S&D se veut “partisan d’une société européenne intégratrice fondée sur la liberté, l’égalité, la solidarité, la diversité, et l’équité”. Il souhaite notamment tendre vers “une égalité durable dans toutes ses dimensions – sociale, économique, politique et territoriale” à travers un “investissement dans l’inclusion sociale, l’écologisation de l’économie et la lutte contre les inégalités de toutes sortes”. Le groupe prône également une gestion solidaire des migrations et de la politique des réfugiés, et souhaite “promouvoir activement la stabilité et la démocratie à l’échelle mondiale”.

Les Verts/Alliance libre européenne (ALE) 

Que défend le groupe écologiste et régionaliste au Parlement européen ? Quelles sont les forces qui le composent ? Quel poids ont-elles dans leurs pays respectifs ?

Le belge Phillipe Lamberts (à gauche), et l'allemande Terry Reinke (à droite), co-président le Groupe des Verts / ALE au Parlement européen

72 élus, 17 pays

Le groupe des Verts/ALE existe depuis 1999 et devient pour la mandature 2019-2024 la quatrième force du Parlement européen. Plutôt orienté à gauche, le groupe rassemble écologistes et régionalistes en faveur de l’auto-détermination des minorités.

Il s’agit en effet d’un groupe assez divers, qui compte par exemple un élu du parti fédéraliste et paneuropéen Volt, mais aussi 3 eurodéputés du parti pirate tchèque, ou encore un élu du parti satirique allemand Die Partei.

Les Verts/ALE totalisent un peu plus de 10 % des eurodéputés, avec 72 élus sur 705. Ces derniers proviennent de 17 des 27 Etats membres, dont très peu d’Europe de l’Est.

Afin de respecter la parité homme-femme, la présidence du groupe est bicéphale. Elle est assurée par le Belge Philippe Lamberts et l’Allemande Terry Reintke. Cette dernière a remplacé sa compatriote Ska Keller en septembre 2022.

La délégation allemande, avec 25 élus, dont 21 du parti Die Grünen, est la plus importante. Elle est suivie de la délégation française (Europe Ecologie-Les Verts) qui compte 12 sièges.

Les autres Etats représentés au sein du groupe arrivent loin derrière, avec notamment quatre élus pour l’Espagne et trois chacun pour la République tchèque, la Suède, la Finlande, l’Italie, la Belgique, l’Autriche et les Pays-Bas.

Priorités politiques

Bien que rassemblant des sensibilités politiques différentes, les Verts/ALE ont, au Parlement européen, des priorités bien définies et un vote généralement très homogène.

Le groupe défend une conception écologique de l’économie, le développement durable (énergie, agriculture…) et s’oppose ainsi régulièrement à la négociation de traités de libre-échange comme le CETA. La justice sociale et fiscale fait aussi partie des priorités des Verts/ALE, plutôt marqués à gauche de l’échiquier politique.

Par ailleurs, le groupe s’engage pour plus de transparence et de démocratie en Europe, et plusieurs de ses eurodéputés soutiennent les mouvement régionalistes et indépendantistes, comme par exemple en Catalogne.

COMPLEMENTS : L’impossible appropriation de l’Union européenne par les militants
des partis politiques nationaux, d’Antoine Roger, dans COSTA Olivier, MAGNETTE Paul, Une Europe des Elites ? Réflexions sur la fracture démocratique de l’Union européenne, Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles, 2007.

Brack N. & Wolfs W. 2023. “Partis politiques européens« , Étude, OPPE of the Jacques Delors Institute, mai.

Les groupes du Parlement européen : les Conservateurs et réformistes européens (CRE) – Touteleurope.eu

https://www.touteleurope.eu/institutions/les-groupes-du-parlement-europeen-les-vertsalliance-libre-europeenne-ale/

https://www.touteleurope.eu/institutions/les-groupes-du-parlement-europeen-l-alliance-progressiste-des-socialistes-et-democrates-sd/

Les groupes du Parlement européen : La Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NGL) – Touteleurope.eu

Les groupes du Parlement européen : le Parti populaire européen (PPE) – Touteleurope.eu

[Infographie] Le Parlement européen 2019-2024 – Touteleurope.eu

https://www.touteleurope.eu/institutions/parlement-europeen-valerie-hayer-va-devenir-presidente-du-groupe-renew-europe/

https://www.touteleurope.eu/institutions/les-groupes-au-parlement-europeen-les-conservateurs-et-reformistes-europeens-cre/

https://www.touteleurope.eu/institutions/les-groupes-du-parlement-europeen-renew-europe-re/