Au G20, la Russie sous pression pour mettre fin à la guerre

Le président indonésien a appelé le G20 à «mettre fin à la guerre» à l’ouverture du sommet. Un appel entendu : «la plupart» des membres du groupe condamnent fermement l’offensive russe en Ukraine dans un projet de communiqué.

En paralèlle, une explosion, provoquée par un missile de fabrication russe, a fait deux morts en Pologne mardi 15 novembre. Réunis en urgence, les dirigeants de l’Otan se montrent prudents concernant la provenance de la frappe.

La guerre en Ukraine, qui ne figure pas à l’agenda officiel, s’est invitée au sein du G20. Le président indonésien Joko Widodo a mis en garde contre le risque d’une «nouvelle guerre mondiale», mardi, lors de la cérémonie d’ouverture de la réunion sur l’île indonésienne de Bali. «Etre responsable signifie aussi que nous devons mettre fin à la guerre. Nous ne devons pas diviser le monde en plusieurs camps. Nous ne devons pas laisser le monde basculer dans une nouvelle guerre mondiale», a-t-il déclaré, insistant: «Nous ne devons pas échouer.»

Un appel repris par le président ukrainien, dans un discours par lien vidéo. «Je suis convaincu qu’il est temps à présent que la guerre destructrice de la Russie soit arrêtée», a déclaré Volodymyr Zelensky, tout en dénonçant «les menaces folles de recours à l’arme nucléaire» de la Russie.

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Quelques heures plus tard, les grandes économies du G20 ont constaté les répercussions négatives de la guerre en Ukraine, dans un projet de communiqué final consulté mardi par l’AFP, qui précise que «la plupart des membres» «condamnent fermement» le conflit. Ce document, s’il est adopté par les dirigeants, reprendrait le terme de «guerre» rejeté pour l’instant par Moscou qui évoque une «opération militaire spéciale». Il juge «inadmissible» le recours ou la menace de recours à l’arme nucléaire et appelle à prolonger l’accord sur les exportations de céréales, répondant à une requête de Volodymyr Zelensky.

Volodymyr Zelensky en appelle au «G19»

De retour de Kherson, ville du sud de l’Ukraine tout juste reprise par son armée, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a été l’un des premiers à s’exprimer par visioconférence devant ce qu’il appelé le «G19», excluant la Russie. Dans la salle était pourtant présent le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, par lequel Vladimir Poutine s’est fait représenter.

«Je suis convaincu qu’il est temps à présent que la guerre destructrice de la Russie s’arrête», a déclaré le président ukrainien, dans son habituel t-shirt kaki. Elle «doit et peut être arrêtée÷, selon la traduction en anglais. Il a détaillé son plan pour ramener la paix et «sauver des milliers de vies»: ne pas faire confiance à la Russie, ne tolérer «aucune excuse au chantage nucléaire» face aux «folles menaces» de Moscou et réaliser un échange total de prisonniers.

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Le président russe Vladimir Poutine est le grand absent du plus grand rassemblement de dirigeants mondiaux depuis le début de la pandémie de Covid-19, organisé dans un hôtel de luxe de l’île tropicale.

Entretien entre Emmanuel Macron et Xi Jinping

Lors d’une rencontre avec son homologue chinois, le président français Emmanuel Macron lui a demandé d’appeler Vladimir Poutine à «revenir à la table des négociations» et à «unir» leurs «forces» contre la guerre en Ukraine, selon l’Elysée.

Le sommet du G20 doit «réduire les tensions, les écarts qu’il y a dans l’environnement international et nous permettre de bâtir ce qui je crois est de l’intérêt et de la Chine et de La France, c’est-à-dire une véritable stabilité, des éléments de coopération tangibles qui nous permettent de faire revenir la paix partout où le conflit s’est installé», a relevé le président français. Il doit aussi contribuer à «assurer la prospérité économique, en particulier pour nos classes moyennes, et le faire tout en réduisant les émissions (de CO2) et donc en gagnant la bataille pour le climat et la biodiversité.»

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De son côté, Xi Jinping a appelé la France et l’Europe à oeuvrer aux côtés de la Chine, pour renforcer la «stabilité» dans le monde, sans citer toutefois la guerre en Ukraine. Pékin a refusé de condamner l’invasion de l’Ukraine lancée le 24 février. A la tribune du G20, Xi Jinping a appelé à s’«opposer fermement» à une «instrumentalisation» des produits alimentaires et de l’énergie, dans une critique voilée à son allié russe. Il n’a cependant pas épargné les Occidentaux, réclamant la levée des sanctions, telles celles visant la Russie, ou leur demandant d’en faire plus pour limiter les effets des hausses des taux d’intérêt mises en oeuvre ces dernières semaines face à l’envolée des prix.

Washington demande à la Chine d’alléger la dette des pays pauvres

Le sommet est également dominé par les relations sino-américaines. Les Etats-Unis veulent convaincre la Chine et les autres membres du G20 à faire davantage pour alléger la dette des pays les plus pauvres, a indiqué mardi un haut responsable américain. La question sera évoquée dans le communiqué final du sommet des vingt grandes économies mondiales, selon ce responsable, même s’il n’y a pas d’unanimité sur le sujet.

Il a évoqué un pays qui «bloque le processus», sans le nommer. Ces propos sont apparemment dirigés contre la Chine, créancier majeur de nombreux pays pauvres dans le cadre d’une politique dénoncée par les Occidentaux comme visant à renforcer le contrôle chinois sur l’économie mondiale.

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Le sujet figure parmi les points de dissensions entre Washington et Pékin, puissances rivales qui cherchent à relancer le dialogue après une rencontre entre leurs dirigeants Joe Biden et Xi Jinping lundi soir à Bali avant le sommet du G20.

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