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«Quatre ans après sa mise en route, le moteur REPowerEU cale, et ce malgré la mise à disposition de plusieurs centaines de milliards d’euros». C’est avec cette simple métaphore que Mihails Kozlovs, le Membre de la Cour des comptes européenne responsable du rapport, résume l’état d’avancement du plan RepowerEU (dans un communiqué de presse du 9 septembre 2026, à propos du rapport spécial sur le projet REPowerEU21/2026).
Repower : L’ambition en quelques mots
Proposé par la Commission européenne en mai 2022, ce plan a un objectif clair : se passer du gaz, du pétrole et du charbon en provenance de la Russie d’ici à 2027. À quelques mois de l’échéance initialement prévue par la Commission Européenne, la Cour des Comptes européenne s’est chargée de publier un rapport spécial faisant l’état des lieux actuel de ce plan. L’audit de la Cour des comptes s’est basé sur les mesures prises dans le cadre du plan et porte ainsi sur trois volets : la diversification des approvisionnements, les renouvelables et les interconnexions transfrontalières. En particulier, il s’est fondé sur l’étude détaillée de 27 mesures dans cinq pays : Belgique, Italie, Lituanie, Pologne et Roumanie.
Un constat nuancé : Une dépendance en recul, mais pas encore résolue
Le rapport dresser d’abord un constat: l’UE a significativement réduit sa dépendance à l’égard des importations de combustibles fossiles russes. Par exemple, la part des importations russes de gaz, GNL et acheminement par gazoduc confondus est passée de 49 % en 2021 à 14 % en juillet 2025 sur le volume total des importations de gaz.
Bien que cette réduction de ces importations semble de bon augure, le constat est en réalité bien plus nuancé.
Premièrement, la réduction de l’utilisation du gaz russe s’explique majoritairement non par une réduction de la consommation, mais plutôt par un remplacement de fournisseur (la Norvège et les États-Unis). D’autant que si la consommation de gaz a bel et bien diminué de 20 %, la consommation de pétrole, elle, est restée stable. De plus, la baisse des importations russes ne peut pas être entièrement attribuée à REPowerEU (d’autres facteurs, comme les sanctions, l’évolution des prix de l’énergie ou encore la baisse de la consommation, ont également joué un rôle).
Deuxièmement, l’écart entre l’argent mobilisé et l’argent nécessaire pour la bonne réalisation de ce plan est abyssal. Sur les quelque 300 milliards d’euros mis à disposition par la FRR, les États membres n’en avaient prévu que 54,3 milliards dans leurs plans.
Troisièmement, les plans nationaux en matière d’énergie et de climat étaient censés orienter REPowerEU sur le terrain. En réalité, les outils de pilotage sont trop faible et la plupart des pays n’ont prévu aucune action ou cible spécifique pour soutenir les objectifs du plan.
Un décalage entre ambitions et résultats : Un Depower manifeste et ses conséquences
Ce constat illustre bien « le décalage » que Monsieur Kozlovs mentionne. Une sous-utilisation du plan qui voit l’UE ne toujours pas disposer d’outils de gouvernance efficaces pour orienter sa mise en œuvre. D’autant plus que les fonds européens n’ont joué qu’un rôle mineur pour mettre fin à la dépendance au pétrole et au gaz russes et que les investissements mobilisés sont insuffisants pour accélérer la transition vers une énergie propre et renforcer les connexions transfrontalières.
Un tel écart entre l’ambition du plan et les résultats laisse place à plusieurs interprétations.
- La gouvernance constitue un premier obstacle en ce que la Commission ne peut que recommander. Les États ont suivi ses recommandations en partie, et rien ne les sanctionne s’ils ne respectent pas l’interdiction du gaz russe. Faute de contrainte et de plans nationaux clairs, les intentions des États sont restées à l’état de velléités.
- Au-delà, l’outil financier semble défaillant. La FRR, conçue pour la relance post-Covid, a été réaffectée à une mission pour laquelle elle n’était pas prévue. On peut se demander si un instrument conçu dans l’urgence pour soutenir la relance économique était pleinement adapté à une transformation énergétique de long terme. D’autant que 75 % de l’enveloppe était constituée de prêts, qui alourdissent la dette des États (ce qui a pu les dissuader d’y recourir). Les difficultés pourraient s’expliquer par l’inadéquation entre ses outils et le temps long de la transition énergétique. Ce ne serait alors pas tant l’ambition du plan qui poserait problème que les moyens mobilisés pour l’atteindre. Ce plan fonctionnerait certainement bien comme plan d’urgence (en ce que les Etats n’auraient pas d’autres choix que d’agir). Néanmoins, on ne peut lui accorder le même crédit en tant que plan de transformation.
- On peut également songer à la brièveté des délais accordés par ce plan, alors que les projets les plus structurants, comme les interconnexions entre pays, sont justement ceux qui demandent le plus de temps.
Repower ? Encore faut-il en avoir les moyens
Face à ce constat, un coup d’accélérateur est indispensable pour concrétiser les ambitions du plan REPowerEU, selon les auditeurs. La Cour a fait 5 recommandations à la Commission afin d’inverser la tendance :
- Transformer les PNEC en véritables outils opérationnels, avec des investissements chiffrés, des sources de financement, des indicateurs et de vrais moyens de vérifier les données.
- Obtenir chaque année des États les budgets et sources de financement de toutes les actions REPowerEU, d’ici fin 2026.
- Pour les futurs financements, fixer des objectifs orientés vers les résultats et des calendriers réalistes pour les projets complexes.
- Définir clairement ce qu’est un projet réellement transfrontalier et mieux piloter ces grands investissements.
- Créer des indicateurs de performance clairs, liés aux objectifs de REPowerEU, et exiger des données fiables.
Finalement, le rapport permet d’aller plus loin que constater que les pays européens ont très peu utilisé les moyens du plan. Une interprétation pertinente de ce constat pourrait être le fait que l’UE ne s’est pas donné les moyens juridiques, financiers et statistiques de transformer durablement son système énergétique, ni de prouver ce qu’elle a accompli.
Le véritable problème de fond réside vraisemblablement dans la capacité d’action que l’UE s’octroie.
La question de fond est donc: « l’UE peut-elle piloter une politique énergétique dont les États gardent la maîtrise ? ».
Bien que ces recommandations ne soient pas des remèdes miracles, elles orientent la Commission vers la direction à suivre. Reste à savoir si l’UE autrement dit les Etats membres vont persister à « caler », ou si elle est prête à se donner les moyens dont elle sait avoir besoin.
Les négociations sur les perspectives budgétaires en cours pour les 7 ans à venir ne pourront pas s’épargner une telle discussion.
Sources :
La mise en œuvre du plan REPowerEU doit monter en puissance. Rapport spécial 21/2026 de la Cour des Comptes Européennes, Luxembourg.
https://www.eca.europa.eu/fr/publications/SR-2026-21
REPowerEU : comment l’Union européenne veut sortir de sa dépendance aux énergies fossiles russes. Article d’Arthur Olivier publié dans Toute l’Europe, 03. 07. 2026.
REPowerEU : comment l’Union européenne veut sortir de sa dépendance aux énergies fossiles russes – Touteleurope.eu
La Cour des comptes européenne critique l’efficacité du plan RePowerEU censé permettre aux 27 de s’affranchir du gaz russe. Article de Fabien Cazeaux publié dans Franceinfo, 10. 09. 2026. https://www.franceinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/la-cour-des-comptes-europeenne-critique-l-efficacite-du-plan-repowereu-cense-permettre-aux-27-de-s-affranchir-du-gaz-russe_8185433.html
Indépendance énergétique : la mise en œuvre du plan REPowerEU doit monter en puissance. Article de Cyrille Souche publié dans Cdurable, 11. 09. 2026.
https://cdurable.info/independance-energetique-la-mise-en-oeuvre-du-plan-repowereu-doit-monter-en-puissance/
