Grain de sel VDB
Les sanctions européennes envers la Russie commencent à étouffer une économie qui tente tant bien que mal de rester à flot depuis le début de la guerre. Poutine tente de cacher la situation interne du pays qui commence en réalité à faire naufrage.
Il réquisitionne ainsi à tour de bras, des actifs étrangers demeurés sur place (ainsi de Nestlé, Auchan et Leroy Merlin, entre autres – le 17 septembre 2019 par simple oukase) ; occasion de renflouer la cassette mais aussi manière de traduire un divorce culturel voire religieux avec l’Europe inpie!
Working Paper : « POURSUIVRE DES ACTIVITÉS EN ZONE DE CONFLIT, RISQUES ÉCONOMIQUES ET RÉPUTATIONNELS : LE CAS DE LA RUSSIE » – Viviane de Beaufort et Aurélien Colson- CEDE6 Working Paper HAL ESSEC à paraitre octobre 2026.
Pour les entreprises qui sont restées, c’est un choix toujours plus coûteux que de continuer à faire du commerce en Russie.
À travers toute l’Europe, les entreprises privées ressentent les conséquences économiques de leur commerce « coûte que coûte » avec le Russie : la décision du 17 septembre du Kremlin de bloquer les actifs des entreprises Auchan, Nestlé et Leroy Merlin si spectaculaire peut elle être, ne devrait pas étonner. Elle s’inscrit dans une logique économique et pugnitive. D’autres entreprises étrangères ont été ainsi confisquées ou nationalisées ou vendues à des oligarques porches du pouvoir. Les motifs varient et pour le moment, au moins sont impossibles à contester pour les sociétés étrangères proprement évincées.
Motifs invoqués par l’État russe pour la saisie d’actifs – En milliards de roubles.
- Loi sur les sociétés stratégiques 1,5k
- Corruption 1,1k
- Gestion et contrôle jugés inefficaces 621,5
- Privatisation ou acquisition illégale 385,4
- Participation à des activités «extrêmistes» 181,8
- Demandes de recouvrement de dividendes 47,8
En outre, les trains de sanctions inarrêtables de l’Europe mettent en difficulté des entreprises qui tentent de continuer leur activité avec la Russie. C’est le cas de la firme danoise Fayard, qui a poursuit ses activités de maintenance de navires russes spécifiques (transportant du GNL) . Si la déclaration de l’interdiction de cette pratique est intervenue dans le 2àè paquet de sanctions, un délai de latence est prévu jusqu’au 1er janvier 2027. L’entreprise considère donc être dans son bon droit et réagit à la controverse soulevé en renvoyant à la responsabilité directe de l’Union européenne dans la situation.
De fait certains Etats de l’UE ne peuvent encore se passer totalement de gaz russe et 7,28 milliards d’euro ont encore été dépensés par l’UE depuis le 1er janvier 2026 pour l’achat de GNL russe. Dés lors, la ligne sinueuse entre l’ordre du légal et le souci éthique est trouble pour les acteurs privés, d’autant plus trouble que les Etats adressent des signaux contadictoires.
Pour l’UE, il semble s’agir désormais de se concentrer sur l’application effective des sanctions déjà prononcées, plutôt que de continuer à en élaborer à coup de déclarations problématiques à obtenir étant donné les dissensions entre Etats. C’est ce qu’a précisé Ursula Von Der Leyen dans le discours sur l’État de l’Union Européenne, le mercredi 16 Septembre 2026. De fait, deux jours avant le discours de l’UE, les Etats de l’UE n’ont pas réussi à reconduire les sanctions concernant les visas de touristes russes: la Slovaquie et la France ayant exigé, en outre, le retrait de la liste de l’oligarque russo-ouzbèke Alisher Usmanov. L’Irlande qui préside le conseil de l’UE pour ce deuxième trimestre 2026 va dans ce sens proposant de renoncer au format des « paquets » de sanctions au profit de sanctions plus fréquentes et progressives : la fréquence améliorerait leur efficacité et la progressivité leur application. Mais il n’y a pas unanimité Kallas annonce un 22ème paquet!
Les pratique de contournement des entreprises s’amplifient et sont de plus en plus sophistiquées dont compliquées à contrôler : l’Union européenne a donc agi simultanément sur trois leviers complémentaires : l’extension du périmètre des sanctions aux acteurs tiers, l’imposition d’obligations renforcées aux entreprises européennes, et enfin la mise en place de mécanismes de contrôle et de répression.
Mais la question fondamentale à poser est celle-ci: malgré l’état de l’économie russe (voir ci-après) et les sanctions, la Russie a t-elle intérêt a poursuivre la guerre? Il semble bien que oui.
À Lire : « L’économie russe pourra-t-elle survivre à une éventuelle paix ? » paru dans Alternatives économiques – 18/02/2026
Le soutien de la société civile des russes envers la guerre est difficile à mesurer: l’inflation record et les taux d’intérêt élevés des banques sont toutefois des indicateurs éloquents. Ainsi, peut on se demander si, avec ce modèle de contrôle quasi total, l’économie russe mais surtout sa population peuvent continuer à tenir debout.
Des conséquences économiques lourdes pour la Russie
Le piège d’une croissance en sursis à cause d’un modèle économique défini par les dépenses de défense
L’économie russe s’est entièrement réorganisée autour de l’effort de guerre. Si la commande publique a soutenu la croissance à court terme, la forte activité industrielle, l’inflation et la pénurie de main-d’œuvre fragilisent le tissu civil. Ainsi, un retour à la paix poserait paradoxalement un risque majeur de déstabilisation économique et sociale pour le Kremlin.
En effet, pour financer ses opérations, la Russie a presque triplé son budget militaire depuis 2021, atteignant 168 milliards d’euros en 2025 (plus de 7 % du PIB). L’industrie de défense a cru sous l’impulsion de la commande publique, tandis que les sanctions occidentales ont forcé une réorientation de la demande des ménages vers le marché intérieur (pour des secteurs comme le transport, la logistique et la restauration. Cette dynamique a tout de même permis une croissance du PIB de 4 % en 2023 et 2024. Toutefois, ce moteur s’essouffle : la croissance ne devrait pas dépasser 1 % en 2025 et 2026, ralentie par le manque d’intrants et la baisse de cadence des usines.
Déficit record, pétrole en baisse et création monétaire
Avec 40 % des dépenses budgétaires consacrées à la défense, le déficit public prévu pour la période 2026-2028 atteint 2,6 % du PIB (67 milliards d’euros), son plus haut niveau depuis 2008. Isolé des marchés internationaux et confronté à la baisse du prix du baril ainsi qu’au durcissement des sanctions américaines contre Lukoil et Rosneft, le pays voit ses recettes énergétiques chuter. À titre d’exemple, l’Inde a réduit ses achats de pétrole russe de 29 % entre décembre 2025 et janvier 2026, et la part liquide du Fonds de richesse nationale a fondu de moitié depuis 2022 (46 milliards d’euros en 2026). Pour couvrir son déficit, l’État s’appuie sur le marché obligataire interne et la planche à billets de la banque centrale, faisant presque tripler la masse monétaire depuis le début du conflit.
Cette injection massive de liquidités, combinée au surcoût des importations contournant les sanctions (+13 %), a propulsé l’inflation au-delà de 10 %. Pour contrer cette hausse, la Banque centrale russe maintient des taux d’intérêt étouffants (entre 16 % et 21 % depuis mi-2024). Le secteur civil subit une « double peine » : hausse du coût des intrants, auquel s’ajoute les taux d’intérêt élevés des banques. Des milliers d’entreprises ont déposé le bilan dans le bois, d’acier ou d’automobile, et la Russie est tombée du 45ᵉ au 60ᵉ rang mondial de l’innovation de l’OMPI.
Crise démographique et fracture sociale
Le faible taux de chômage (2 %) masque en réalité une grave pénurie de main-d’œuvre, accentuée par les pertes militaires (350 000 tués, 900 000 blessés ou disparus), l’exil de 500 000 jeunes diplômés et la baisse de l’immigration. Le déficit pourrait atteindre 3 millions de travailleurs d’ici 2030.
Cette situation crée une forte fracture au sein de la population :
- La majorité des ménages voit son pouvoir d’achat réel s’effondrer (baisse des salaires réels de 25 % à 30 % depuis 2021) et subit le sacrifice des budgets sociaux (santé, éducation, logement) au profit de la défense.
- Les 30 millions de travailleurs du secteur militaire et de l’armée ont au contraire vu leurs rémunérations multiplier par 3 à 7 grâce aux primes et avantages accordés par le régime.
Le dilemme d’un retour à la paix
Alors que les contestations sociales ont augmenté en 2025, la fin du conflit représenterait un défi politique critique. Un arrêt des dépenses militaires et des transferts financiers vers les régions défavorisées priverait de leurs revenus les catégories populaires qui ont bénéficié de la guerre, traditionnellement soutien du régime.
Dernier facteur qui n’est pas des moindres dans un pays dirigé de manière autoritaire par un homme stratège et expérimenté mais obsédé désormais par sa guerre « sainte », la raison n’est plus toujours de mise. L’enjeu est de nature quasi symbolique : les discours sur la lutte contre la décadence occidentale ne cessent plus.
Lire : Putin is not preparing for peace- Konstantin Eggert- 30 décembre 2025 https://www.euractiv.com/opinion/putin-is-not-preparing-for-peace/
