Grain de sel VDB
La présidente de la Commission Européenne a prononcé ce mercredi 16 septembre le traditionnel discours de rentrée sur l’État de l’Union Européenne. Bien que le discours se veuille relativement exhaustif par rapport aux enjeux auxquels fait face l’UE, il ne fait qu’évoquer en surface plusieurs enjeux qui méritent des développements car vitaux et complexes et objet de confrontations importantes entre Etats ou entre le Conseil et le Parlement européen . Nous évoquons ici quelques points clés relevant essentiellement de l’économie et de la situation géopolitique actuelle.
Petit rappel sur le discours 2025 et les réalisations
En Septembre 2025, le discours de la présidente s’articulait autour de l’idée de « l’indépendance stratégique » de l’Europe, mais la réalisation des annonces faites n’a guère progressée.
En matière de relations internationales et de financement, U. Von Der Leyen avait annoncé la suspension du soutien budgétaire à Israël, de l’ accord commercial ainsi que des sanctions envers des ministres extrémistes, mesuress ayant échoué faute de majorité au conseil des ministres. Quant à la question de la défense, le « mur de drones » frontalier et la surveillance spatiale en temps réel : ce projet s’inscrit dans une feuille de route pour un déploiement à horizon 2027. Cependant, aucun budget n’a concrètement été débloqué : des réticences nationales, notamment au sujet de la mutualisation des financement, ralentissent la concrétisation du projet. Sur le numérique, le projet Cloud and AI Development Act (CADA) : proposition de règlement visant à renforcer la souveraineté technologique de l’UE en matière de cloud et d’IA, pour réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des géants américains. La Commission a publié sa proposition officielle le 3 juin 2026 et les négociations parlementaires sont encore en cours. Enfin, le plan REPowerEU, proposé par la Commission européenne en mai 2022, et qui a pour objectif clair de se passer des combustibles fossiles russes d’ici à 2027, a fait l’objet d’un rapport de la cour de comptes cette année, l’échéance arrivant à grands pas. Une ambition fortement liée au discours de la Présidente. (lire aussi : Du « REpower » au « Depower » ? La Cour des comptes européennes s’exprime)
Globalement, les annonces du discours dernier ont plutôt mené à des impasses de négociation. Qu’en sera t-il pour 2026?
Voci un compte-rendu factuel des éléments essentiels du discours, puis une présentation de critiques énoncées par les groupes parlementaires du PE mais aussi des journalistes. Enfin Dario, jeune président d’EUREKA l’association étudiante européenne de l’Essec a donné son avis, ayant assisté au débat.
1. Elements du discours 2026
Institutions et relations internationales : redéfinition des partenariats et élargissement
Face à la dégradation de l’ordre international fondé sur des règles, l’exécutif européen entend réinventer ses alliances extérieures et préciser le cadre des futures adhésions. Le Partenariat renforcé avec le Canada est un des premiers sujets évoqués par la Présidente : en présence du Premier ministre canadien Mark Carney dans l’hémicycle, Ursula von der Leyen a soumis l’inédite proposition de faire du Canada le premier « membre associé de l’Union européenne ». Cela nécessite de faire évoluer l’actuel accord bilatéral de libre-échange (CETA) vers une « alliance pour l’avenir » : globale, couvrant la sécurité économique, l’intégration des bases industrielles de défense, l’Arctique, l’IA et les minéraux critiques. En echo à la proposition, le 1er ministre canadien a fait, à la suite de la longue prise de parole de la présidente de la Commission , un discours inspiré et très inspirant soulignant les valeurs communes des deux régions mais aussi leur complémentarités économiques et strategiques.
Concernant le difficile dossier de l’élargissement, Ursula von Der Leyen a annoncé que la Commission proposera prochainement des feuilles de route pour les pays candidats les plus avancés (notamment l’Ukraine, la Moldavie et les Balkans occidentaux). Ce processus restera strictement fondé sur le mérite individuel et le respect non négociable des valeurs européennes, la présidente a saisi l’occasion pour condamner une nouvelle fois sans la citer la Serbie en évoquant la choquante glorification de criminels de guerre, dans la région.
Enfin, à l’occasion du 70ᵉ anniversaire du traité de Rome, la présidente a annoncé le lancement d’un nouveau « Congrès de l’Europe » afin de remobiliser la réflexion stratégique sur l’avenir du continent.
Sécurité & défense : riposte aux menaces hybrides et autonomie capacitaire
Soulignant que les menaces hybrides deviennent de plus en plus directes — citant notamment l’attaque de drone contre l’aéroport de Leipzig attribuée à des agents russes —, la Commission appelle à une révision des doctrines et instruments de sécurité. L’UE présentera une nouvelle stratégie européenne de sécurité incluant un « article 4 européen », soit un protocole de sécurité d’urgence, permettant à un État membre cible d’une attaque hybride de convoquer d’urgence les 27 partenaires pour permettre une réponse coordonnée. Cette initiative législative de sécurité européenne s’apparente à l’article 4 de l’OTAN mais à échelle de l’Europe et la création d’un Conseil européen de sécurité ouvert aux partenaires proches est proposée (Canada, Norvège, Royaume-Uni, Ukraine). Pour rappel, cet article 4 du Traité de l’OTAN permet à un allié de demander l’ouverture de consultations s’il se sent menacé.
Incontournable ces temps-ci, étant donné d’une part la relation compliquée avec les US de Trump mais aussi la guerre qui sévit en Ukraine depuis plus de 4 ans c’est un nouvel instrument européen pour les capacités militaires stratégiques (défense aérienne et antimissile, transport stratégique, ravitaillement en vol, spatial, cyber) qui est prévu, instrument qui sera aligné sur les positions de l’OTAN. Rappelons que les dépenses de défense des États membres ont progressé de plus de 80 % en cinq ans. En ce qui concerne *plus spécifiquement le soutien à l’Ukraine, outre le premier achat validé de missiles américains Patriot, l’UE développe avec Kiev le projet « Freyja », un système antimissile modulaire et abordable, tout en durcissant le contrôle et l’application des sanctions déjà édictées contre la Russie.
Commerce international, investissements et attractivité : indépendance stratégique, énergie, minerais et IA
Le volet géoéconomique a constitué le cœur exécutif du discours. Ursula Von Der Leyen a insisté sur la capacité de l’Europe à gérer son budget intelligemment, afin de financer l’avenir européen grâce à une épargne forte. Elle revendique que le choc de simplification réglementaire s’inscrive dans cette démarche : à ce jour, 17 milliards d’euro par an de charges administratives sont économisées depuis les 12 mesure Omnibus. Un chiffre encourageant, mais qui peut et doit encore augmenter! Elle a d’ailleurs demandé parallèlement aux États membres un « Pacte contre la sur- réglementation » pour éviter que l’exercice de transposition des textes européens en droit national complexifient de nouveau ce qui est censé être simplfié, pratique hélas habituelle de certains Etats, dont le notre. Ces mesures visent à suivre la feuille de route « Une Europe, un marché » ayant pour but de parachever le marché unique. Pour fluidifier le financement des entreprises et l’accès au capital-risque, la Commission présentera un nouveau « paquet bancaire » centré sur la simplification et la lutte contre la fragmentation. Enfin, la nécessité d’alimenter le budget communautaire par de nouvelles ressources propres a été affirmée ; en cette occasion elle a notamment souligné les premiers investissements du fonds « Scale-up Europe » dans la deep tech.
Quant à la question cruciale de la posture de l’Ue dans le commerce mondial, la Commission réaffirme sa volonté d’utiliser tous les instruments réglementaires de rééquilibrage. Celà vise tout particulièrement; le déficit à l’égard de la Chine et notre dépendance à certains minerais: à ce jour, le déficit commercial envers la Chine atteint 1 milliard d’euros par jour et l’UE est dépendante de la Chine à plus de 80 % pour les matières premières critiques. Deux stratégies complémentaires sont proposées : celle de l’autonomie stratégique, avec la création d’une « Corporation européenne sur les matières premières critiques » pour constituer des réserves stratégiques ; et celle des panternariats commerciaux stratégiques, avec le projet de connectivité du « corridor médian » qui mobilisera jusqu’à 12 milliards d’euros via la stratégie Global Gateway pour tripler les flux commerciaux avec le Caucase du Sud et l’Asie centrale d’ici 2030.
Cependant, malgré ces efforts , l’Europe se heurte au plafond du manque de ressources de minerais critiques sur son territoire : la Chine reste le pays qui possède plus d’un tiers des ressources de terres rares connues au monde à ce jour (et en représente 69% de la production mondiale): la dépendance n’est pas réglée.
La souveraineté énergétique a également fait l’objet de déclarations centrales, les surcoûts d’importation fossile dus à la crise d’Ormuz s’élevant à 90 milliards d’euros. L’exécutif européen fixe un objectif : doubler la part de l’électricité propre d’ici 2040 (investissements dans les capacités renouvelables, le nucléaire, les réseaux d’interconnexion).
Enfin, concernant l’Intelligence artificielle industrielle, Von der Leyen appelle avant tout à ralentir la course : certains secteurs sont, selon elles, prioritaires : en premier lieu la santé, les transports, l’agroalimentaire, la fabrication avancée, et la défense/l’espace. Son discours prônant la souveraineté , elle affirme pouvoir tirer le meilleur parti de tels développements, même si l’Europe n’en est pas le développeur principal; on ne pourra s’empecher de noter que le contrôle que la Maison Blanche a pu opérer sur les modèles d’Anthropic (accès coupé aux derniers modèles des utilisateurs étrangers) interpelle quant à une capacité d’indépendance réelle.
Changement climatique : cap maintenu et priorité à l’adaptation
La Commission compte présenter un cadre européen pour la résilience au changement climatique, en identifiant 100 territoires particulièrement vulnérables. La Présidente a mis l’accent sur la prévention des risque et leur analyse. La création d’une « alliance pour l’assurance des risques climatiques » a également été annoncée, afin de combler le déficit de couverture privée.
Migrations et démocratie : protection des frontières, état de droit et espace numérique
Le volet social et politique s’articule autour de la gestion des frontières extérieures et de la protection de l’espace démocratique et numérique.
Une Protection numérique des mineurs et droits sociaux comme projet majeur : la Commission proposera le EU Kids Act, instaurant l’interdiction des réseaux sociaux avant 13 ans, des comptes restreints surveillés par les parents entre 13 et 15 ans, et le renversement de la charge de la preuve imposant aux plateformes de démontrer la sécurité de leurs services. Ce cadre sera complété par un règlement sur l’équité numérique et un Acte législatif sur des emplois de qualité
Gestion migratoire : Tout en déployant le pacte sur la migration et l’asile (que certains Etats Membres veulent rediscuter, à peine 3 mois après son entrée en vigueur le 12 juin 2026 , l’UE répond aux tensions récentes à Ceuta (« Ceuta, c’est l’Espagne. Ceuta, c’est l’Europe ») par la proposition d’un nouveau cadre européen de réaction d’urgence autorisant des dérogations temporaires ciblées lors de mouvements de masse ou d’instrumentalisation des migrants. Ce dispositif s’accompagne d’un renforcement important de Frontex (objectif est de tripler pour atteindre 30 000 agents) et d’une initiative pour l’emploi de la jeunesse méditerranéenne.
Résilience démocratique et état de droit : Face à la guerre cognitive et à la désinformation, le Centre européen pour la résilience démocratique verra ses moyens renforcés. Le respect de l’état de droit demeure réaffirmé comme une condition stricte pour l’accès aux fonds du budget européen.
En bref, ce discours comporte peu de propositions de nouvelles lois : la plupart sont des modifications de projets déjà existants, et des déclarations d’initiatives sans engagement.
2. De la déception à l’hostilité chez les députés européens
Groupe du Parti Populaire Européen (PPE)
En tant que première force politique du Parlement européen, le groupe du PPE a ouvert le débat par la voix de son président Manfred Weber. Ce dernier a axé son intervention sur l’urgence sécuritaire et l’intégration militaire, appelant à exhumer le projet originel de 1952 pour bâtir une véritable Union européenne de la défense. Selon lui, la coopération entre les armées nationales doit devenir si étroite qu’aucune force politique autoritaire ne puisse à l’avenir la défaire. Tout en soutenant le cap général sur la compétitivité et la souveraineté économique, le dirigeant conservateur a toutefois invité l’exécutif européen à réformer sa méthode politique en cessant de « faire la leçon » aux citoyens. En coulisses, l’accueil réservé à l’allocution est apparu plus nuancé : un eurodéputé du groupe a notamment confié que la présence du Premier ministre canadien Mark Carney avait sauvé une intervention jugée excessivement technocratique et convenue.
Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D)
Pour la famille social-démocrate, la présidente du groupe, Iratxe García Pérez, s’est concentrée sur la réponse aux crises géopolitiques et les impératifs de justice internationale. Elle a fermement réclamé la confiscation des avoirs russes gelés afin de contraindre le Kremlin à financer la reconstruction de l’Ukraine, tout en déplorant l’absence de sanctions économiques et d’embargo sur les armes à l’encontre d’Israël. Sur le plan migratoire, et en faisant allusion aux événements à Ceuta, Mme García Pérez a défendu le fait que la migration ne devait jamais être une arme politique, et que la solidarité européenne se devait d’être effective peut importe le parti politique au pouvoir. Enfin, le partenariat avec le Canada et le Royaume-Uni pour l’évaluation et la régulation des modèles d’IA a été salué.
Renew Europe
Les libéraux de Renew Europe, représentés par leur présidente Valérie Hayer, ont plaidé pour un « pro-européanisme radical » axé sur le rayonnement économique et l’affirmation stratégique du continent. Pour le groupe centriste, l’Union doit renforcer sa capacité d’attraction pour devenir un acteur indispensable à l’échelle mondiale. Cette vision géoéconomique s’est traduite par un soutien enthousiaste à la proposition d’associer le Canada aux politiques européennes. Cet accord s’aligne avec la volonté du parti de faire transparaitre l’Europe comme ambitieuse, et capable de sceller des alliances commerciales et technologiques majeures.
Conservateurs et Réformistes Européens (ECR)
Au nom de la droite conservatrice, le co-président du groupe Patrick Jaki s’est livré à une critique virulente de la gestion budgétaire de la Commission et de l’efficacité des fonds communautaires. Il a mis en avant des dérives présumées dans la distribution des plans de relance nationaux, énumérant des exemples d’allocations jugées indues ou d’équipements de loisir financés par les deniers publics. Évoquant également le gaspillage de plusieurs milliards d’euros de vaccins au cours des dernières années, le groupe ECR a contesté la légitimité de l’exécutif européen à étendre ses prérogatives réglementaires ou financières après six années de mandat qualifiées de déficientes sur le plan de la rigueur et de la transparence.
Les Verts / Alliance Libre Européenne (Verts/ALE)
La co-présidente des Verts, Terry Reintke, a dénoncé le décalage entre la gravité de la crise climatique et le recul des ambitions environnementales de la commission ; un constat nécessaire que chaque parti aurait dû évoquer. Évoquant un été marqué par des sécheresses et des incendies massifs, elle a reproché aux dirigeants européens d’avoir affaibli les normes écologiques sans pour autant présenter de plan d’action immédiat. Le parti a exigé la mise en place d’une taxe sur les superprofits des polluants pour financer la transition, une feuille de route contraignante de sortie des énergies fossiles ainsi que des investissements renforcés dans l’adaptation aux risques. De son côté, le député Sergey Lagodinsky a soutenu la création d’un Conseil européen de sécurité et la coopération internationale sur l’IA, y voyant des jalons majeurs pour l’autonomie stratégique et l’Union de la défense. C’est ce même député qui ajoute toutefois que les investissements, seuls, ne résoudront rien tout seuls : il faut avant tout un système décisionnel plus efficace.
Patriotes pour l’Europe (PfE)
Le président du groupe souverainiste, Jordan Bardella, a fustigé la stratégie économique et environnementale de la Commission, en raison de ses répercussions sociales pour les ménages. Dénonçant une Europe dominée par la technocratie et la surréglementation, il a soutenu que la montée des charges environnementales, notamment via le marché du carbone ETS2, pesait directement sur le pouvoir d’achat des travailleurs et l’activité des entreprises. Le représentant de la droite nationale a estimé que l’Union européenne imposait des coûts croissants tout en protégeant de moins en moins ses citoyens face aux pressions migratoires, à l’instabilité internationale et à la concurrence industrielle agressive de la Chine et des États-Unis.
La Gauche (The Left)
S’exprimant pour le groupe de La Gauche, Manon Aubry s’est vivement opposée aux orientations géoéconomiques et libérales défendues par la présidente de la Commission. Elle a contesté l’absence de mandat démocratique pour proposer un statut d’associé au Canada ou pour accélérer la signature de grands traités de libre-échange comme le CETA. Critiquant le choc de simplification et la quête de compétitivité au profit des marchés, elle a réclamé une rupture nette comprenant le plafonnement des prix des biens de première nécessité, la taxation des plus hauts patrimoines, le gel de la dette détenue par la Banque centrale européenn, ou encore l’arrêt des politiques d’ouverture commerciale incontrôlée.
L’Europe des Nations Souveraines (ESN)
Enfin, le chef du groupe souverainiste de droite radicale René Aust a dépeint une Union européenne en déclin structurel, affaiblie selon lui par la perte de contrôle de ses frontières et l’érosion de sa compétitivité industrielle. Le dirigeant du groupe ESN a affirmé que l’affaiblissement de la souveraineté économique et nationale alimentait la contestation populaire, saluant la progression électorale des partis patriotiques à travers les États membres, signaux pour lui d’un rééquilibrage politique « inéluctable » (peu après la victoire de son parti en Sax-Anhalt plus tôt dans le mois).
Déception aussi chez les journalistes experts en ces questions
D’après le Grand Continent : « Ce discours, évènement traditionnel dans le fonctionnmeent de l’UE chaque année devait être d’une ambition rare au niveau européen étant donne le contexte géopolitique et geoéconomque.
Les crises que la présidente de la Commision décrit sont celles sur lesquelles la Commission semble avoir paradoxalemennt le moins de prise. La fermeture d’Ormuz et la guerre en Iran, relèvant désormais presque exclusivement de Washington, de Téhéran et désormais de Pékin et des BRICS. » L’ambition affichée démontre une urgence à laquelle l’Union se retrouve confrontée malgré elle. Pourtant, les mesures et ambitions énoncées étaient vagues…
Institutions et relations internationales : redéfinition des partenariats et élargissement
La critique principale concerne des déclarations consistant à énoncer de manière brève des mesures vagues, comme la création du statut de membre associé de l’Union Européenne pour le Canada : ce statut flou n’a fait l’objet d’aucune précision concrète, en matière de droits, de pouvoir, de modalités d’inclusion, ni même d’horizon temporel.
Concernant les relations de l’UE avec Israël, le Grand Continent déplore le fait qu’aucune nouveauté n’a été annoncée lors du discours, d’autant qu’aucune mesure de sanctions envers Israël proposée dans le discours de 2025 n’a été adoptée, faute de majorité au Conseil. Le 8 septembre, huit États membres, ainsi que le Royaume-Uni, le Canada et la Norvège, ont interdit l’importation de produits provenant des colonies en dehors du cadre de l’Union.
Sécurité & défense : riposte aux menaces hybrides et autonomie capacitaire
La Pologne a invoqué cette disposition en septembre 2025. Le Conseil européen de sécurité est une idée proposée par Emmanuel Macron, dès 2017, reprise par Angela Merkel, puis par Friedrich Merz, partisan d’un format E3 élargi. Des questions restent en suspens quant à savoir qui devrait présider ce format (la Commission, le Conseil européen ou les principaux États membres ?). Les critiques à l’encontre de « systèmes conçus pour un monde différent » visent le principe de l’unanimité au sein du Conseil.
Commerce international, investissements et attractivité : indépendance stratégique, énergie, minerais et IA
La présidente a annoncé la création d’une « nouvelle » Corporation Européenne sur les matières premières critiques. Ici encore, les journalistes critiquent le remaniement d’une proposition déjà effectuée troisième version de cette même idée en l’espace d’un an. Un « Centre européen pour les matières premières critiques » a d’abord été annoncé en octobre 2025 à la suite des restrictions chinoises sur les terres rares, puis intégré au plan RESourceEU de décembre avec un projet pilote de stockage et une enveloppe de 3 milliards d’euros. Le passage du terme « centre » à celui de « Corporation » laisse entrevoir une structure dotée de fonds propres, mais le statut reste toujours à préciser.
En ce qui concerne l’intelligence artificielle, le Grand Continent salue la volonté de l’Europe de jouer le rôle de partenaire démocratique, en faisant référence à l’appel au ralentissement, lié en particulier à l’essai « Pace the Frontier » de l’ancien membre d’OpenAI et cofondateur d’Anthropic Dario Amodei. En effet, la Présidente de la Commission a affiché une position claire ; celle de vouloir ralentir le développement et l’usage de l’IA, et de ne réserver l’Ia qu’aux 5 secteurs clés détaillés plus haut.
C’est cette fois-ci un problème de cohérence qui est pointé du doigt par le Grand Continent : cette volonté de contrôle est paradoxale vis-à-vis du fait que la majorité des entreprises leader de l’IA sont américaines, ce qu’elle précise elle-même : une régulation qui parait alors difficile à mettre en oeuvre.
Changement climatique : cap maintenu et priorité à l’adaptation
La description de la crise climatique, qui avait été au cœur du projet du premier mandat avec le Pacte vert, contraste avec le sort réservé depuis à ses instruments. Déjà, dans l’analyse du discours de 2025, le Grand Continent observait que la défense avait remplacé le climat. De fait, la défense occupe une place de premier plan dans le discours de la Présidente, contrairement à la crise climatique. En décembre, l’objectif 2040 avait été amené à 85 % , par le jeu des crédits internationaux. Depuis, la mise en œuvre du nouveau marché de carbone européen a été reportée à 2028, la Commission a proposé de ramener l’objectif de réduction des émissions de CO2 pour les voitures neuves de 100 % à 90 % en 2035. Ainsi, le « moment de vérité » sert plutôt d’appui à des annonces d’adaptation : un cadre de résilience, une « alliance pour l’assurance des risques climatiques », un plan de lutte contre les vagues de chaleur, une initiative pour l’eau et une « future flotte européenne de lutte contre les incendies ».
Migrations et démocratie : protection des frontières, état de droit et espace numérique
La crise démocratique européenne (le manque de foi en un projet européen de la société civile) un frein central à l’objectif d’autonomie affiché dans ce discours.
Bref, les médias experts demeurent manifestement mi figue-mi raisin face aux annonces même s’ils espèrent des avancées concrètes car l’urgence est bien là !
Mais qu’en pensent les étudiants de l’ESSEC?
Dario, président d’EUREKA, association de l’ESSEC portant les questions européennes, était présent à la diffusion du débat à la Maison de l’Europe, à l’invitation de Jessica Larsson, (https://www.linkedin.com/in/jessica-larsson-015aa2/) qui dirige la représentation de la Commission européenne en France (https://www.linkedin.com/company/european-commission/posts/?feedView=all) et est la marraine de la filière affaires européennes de l’#ESSEC BS.
« Sur place, nous avons suivi le discours annuel d’Ursula von der Leyen présentant les grandes orientations et priorités stratégiques de l’Union européenne, puis participé à un débat. Suivre cette retransmission depuis Paris dépassait la simple écoute d’une allocution institutionnelle. Pour nous qui étudions ces sujets, l’intérêt résidait surtout dans ce passage de la théorie aux faits: comment les principes abordés en cours se traduisent dans des choix politiques réels. Cela donne une idée plus concrète de la manière dont l’Europe fixe ses priorités. Ce qui nous a particulièrement marqué sont les discussions organisées dans la foulée.
Échanger avec des experts du secteur permet de prendre du recul sur les annonces officielles et d’en mesurer la portée exacte.
Qu’il s’agisse de transition écologique, d’économie ou de démocratie, les choix faits à l’échelle européenne touchent directement notre génération. Cette journée nous l’a confirmé, nous avons toute notre place dans ces réflexions, et il nous appartient d’animer ce débat. Au-delà des prises de parole officielles, les échanges avec des professionnels du secteur à Paris constituent une source d’inspiration pour les futurs projets de l’association à l’ESSEC et nous permettent d’aborder ces enjeux sous un angle plus pratique que dans les cours.
Une opportunité marquante, qui nous donne plus que jamais envie de faire vivre les questions européennes sur notre campus. »
À lire :
Le discours sur l’état de l’Union d’Ursula Von der Leyen en format intégral retranscrit par Le Grand Continent: Seule l’Europe peut vraiment garantir la souveraineté des Européens – Le grand continent
L’ANALYSE complète d’Euractiv : Dr von der Leyen s’accroche à des instruments peu aiguisés – Euractiv
Le pacte migratoire constitue de dix textes adopté le 24 avril 2024: https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2024/05/14/the-council-adopts-the-eu-s-pact-on-migration-and-asylum
