Eolien : les problèmes d’autorisation risquent de faire dérailler les objectifs de l’UE – EURACTIV.fr

Des procédures d’autorisation complexes et lentes ralentissent le déploiement de l’énergie éolienne en Europe, ce qui signifie que l’UE risque de ne pas atteindre ses objectifs climatiques et de dépendre plus longtemps d’un approvisionnement en gaz peu fiable, selon l’industrie éolienne.

Le dernier rapport de l’organisme industriel WindEurope, publié jeudi 24 février, dresse le bilan sans appel d’une industrie éolienne européenne en difficulté, au moment même où les dirigeants de l’UE appellent à une augmentation des énergies renouvelables pour atténuer la crise énergétique.

«  Le terrain n’est pas le problème. Le financement n’est pas le problème. La technologie n’est pas le problème. L’opinion publique n’est pas en cause. C’est la complexité pure et simple des procédures d’autorisation  », a déclaré à EURACTIV le PDG de WindEurope, Giles Dickson.

Selon le rapport, en 2021, l’UE a installé 11 gigawatts d’énergie éolienne et devrait installer une moyenne de 17,6 gigawatts d’ici 2026.

Ce chiffre est inférieur aux 32 gigawatts nécessaires, selon le secteur, pour atteindre l’objectif de l’UE de 40 % d’énergies renouvelables dans son bouquet énergétique d’ici à 2030.

Bien que l’année 2021 ait été une année record pour les installations éoliennes, la capacité totale de l’UE atteignant 189 gigawatts, les progrès sont inférieurs de 11 % aux prévisions de l’industrie éolienne de l’année dernière, selon le rapport.

Par ailleurs, même si le niveau d’énergie éolienne en Europe venait à augmenter au cours de la prochaine décennie, il sera loin d’atteindre l’augmentation nécessaire en raison de problèmes de chaîne d’approvisionnement et de permis de construction, ajoute le rapport.

Les inquiétudes du secteur sont relayées par les responsables politiques de l’UE. La semaine dernière, le Parlement européen a appelé à un déploiement rapide de l’énergie renouvelable en mer et à une délivrance plus rapide des permis.

«  [L’octroi de permis] prend trop de temps pour le moment. Si nous ne le faisons pas d’une manière différente et beaucoup plus rapide, nous n’atteindrons pas nos objectifs  », a déclaré Morten Petersen, le principal député couvrant le sujet.

Pour résoudre ces problèmes, la Commission européenne a appelé les pays de l’UE à mettre en œuvre la directive de 2018 sur les énergies renouvelables, qui aurait dû entrer en vigueur en juillet et qui prévoit l’obligation d’approuver les permis dans les deux ans suivant la demande.

Lors d’une discussion au Parlement européen sur la stratégie de l’UE en matière d’énergies renouvelables en mer, la commissaire à l’Énergie Kadri Simson a déclaré que l’octroi de permis était «  l’un des principaux défis  » pour les énergies renouvelables.

Pour aider à relever ce défi, l’exécutif européen fournira en juin de nouvelles orientations sur les bonnes pratiques afin de remédier à ce qu’elle a appelé «  les procédures administratives trop complexes et trop longues  ».

Un secteur en perte de vitesse

Les problèmes de permis ne mettent pas seulement en péril les objectifs climatiques de l’UE, ils nuisent également à l’industrie éolienne européenne. L’Europe compte cinq fabricants d’éoliennes, dont quatre sont actuellement déficitaires, a déclaré M. Dickson.

«  Au cours des deux dernières années, le secteur a dû fermer des usines fabriquant des turbines et des composants en Allemagne, en Espagne et au Danemark — les bastions traditionnels de l’industrie éolienne en Europe  », a déclaré WindEurope à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans une lettre envoyée plus tôt cette semaine.

L’organisme industriel a averti l’exécutif européen que le marché européen est trop petit pour soutenir l’industrie, qui risque de perdre du terrain face aux concurrents chinois.

Pour éviter cela, il a demandé à l’UE de simplifier les processus d’autorisation, de soutenir l’innovation et d’éviter les appels d’offres négatifs, dans lesquels l’industrie éolienne doit payer pour obtenir le droit de construire un parc éolien.

Ambition et réalité

Malgré les problèmes liés aux permis, les objectifs des pays de l’UE en matière de construction d’énergie éolienne sont en réalité ambitieux, a déclaré M. Dickson à EURACTIV.

C’est en Suède que l’on trouve le plus de nouvelles installations éoliennes dans l’UE en 2021, avec 2,1 gigawatts d’énergie éolienne, suivie de près par l’Allemagne (1,9 gigawatts) et les Pays-Bas (1,3 gigawatts).

L’Europe centrale et orientale s’intéresse également à l’énergie éolienne. La Lettonie, la Lituanie et l’Estonie ont de fortes ambitions et s’efforcent de les réaliser. La Lituanie a ainsi enregistré le plus grand nombre de commandes auprès des promoteurs de parcs éoliens au dernier trimestre de 2021.

La Pologne a également des plans ambitieux pour l’éolien offshore, les derniers plans d’expansion devant être opérationnels d’ici la fin de 2026. Le tableau en Croatie, en Bulgarie et en Roumanie montre un intérêt solide, même si la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ne sont pas aussi ambitieuses.

Les pays de l’UE envisagent également de s’attaquer à la question des permis. L’Italie a publié un décret à ce sujet et la France a introduit des mesures. L’Allemagne, quant à elle, cherche à simplifier les règles et les procédures afin d’atteindre l’objectif du nouveau gouvernement d’installer 5 gigawatts d’éoliennes terrestres dès l’année prochaine et 10 gigawatts à partir de 2027.

Mais les installateurs d’éoliennes en Allemagne et dans d’autres pays de l’UE sont confrontés à un autre problème : la résistance des groupes anti-éoliens qui sont devenus mieux organisés et mieux financés ces dernières années.

«  Il y a un lien entre la complexité des procédures d’autorisation et les défis juridiques auxquels nous sommes souvent confrontés, car plus le formulaire de demande d’autorisation est complexe, plus il est facile pour un bon avocat de trouver quelque chose dans ce formulaire que vous n’avez pas rempli correctement  », a déclaré M. Dickson.

En réponse aux critiques concernant l’impact de l’industrie éolienne sur la biodiversité, qui est souvent à l’origine de batailles juridiques, M. Dickson a déclaré que les installateurs évitent les itinéraires des oiseaux migrateurs et installent souvent des capteurs pour empêcher les oiseaux de heurter les turbines. Les éoliennes peuvent également être bénéfiques pour la biodiversité, les turbines offshore étant favorables aux mollusques, qui contribuent ensuite à la croissance des réserves halieutiques, a-t-il ajouté.

La directive européenne sur les énergies renouvelables est en cours de révision. Elle prévoit d’accélérer les procédures d’autorisation pour les parcs éoliens et d’étendre le réseau électrique.

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