L’Allemagne signe le contrat initial pour la construction de son premier terminal GNL – EURACTIV.fr

La construction du premier terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) est lancée par la signature d’un protocole d’accord entre la banque publique allemande KfW et la compagnie d’électricité néerlandaise Gasunie, pour un projet situé à Brunsbüttel, en Allemagne.

Citant le rôle important du gaz en tant que combustible de transition, le ministre allemand de l’Énergie et de la Protection du climat, Robert Habeck, a déclaré que l’objectif était de « réduire la dépendance aux importations russes aussi rapidement que possible. »

« La récente guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine rend cela impératif », a déclaré M. Habeck samedi 5 mars. Le protocole d’accord est la première des trois étapes contractuelles caractéristiques de la plupart des grands projets.

Le terminal GNL sera détenu conjointement par l’Allemagne et la compagnie néerlandaise et constitue un élément central de la Zeitenwende (changement de paradigme) que connaît Berlin à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine.

Le terminal aura une capacité de regazéification annuelle de huit milliards de mètres cubes alors que les importations annuelles allemandes de gaz russe sont estimées à environ 140 milliards de mètres cubes.

« Le terminal augmente ainsi la sécurité d’approvisionnement et contribue à une plus grande indépendance vis-à-vis des importations de gaz naturel par gazoduc en Europe du Nord-Ouest », a expliqué le ministère allemand.

M. Habeck a déclaré qu’il avait déjà versé au négociant gazier Trading Hub Europe (THE) 1,5 milliard d’euros pour acheter du gaz liquide sur les marchés au nom de l’Allemagne.

Le vice-chancelier a prévenu le 3 mars que la perte des importations d’énergie russe menacerait la « paix sociale » en Allemagne et a déclaré, précédemment, que sa principale préoccupation était de garantir l’approvisionnement pour l’hiver prochain.

Le terminal devrait entrer en service au plus tôt en 2024, car de nombreux obstacles aux niveaux national et européen doivent être surmontés avant que la construction puisse commencer.

« Les partenaires du projet s’efforcent de le mettre en œuvre aussi rapidement que possible, en tenant compte de toutes les exigences en matière d’autorisation et d’aides d’État », a déclaré le ministère allemand de l’Énergie.

Pour les détracteurs du projet, l’entrée en service prévue du terminal rend le projet superflu avant même qu’il ne soit terminé.

« On ne voit pas bien en quoi ce terminal est utile, compte tenu des longs délais de construction », a tweeté Constantin Zerger, responsable Énergie et Protection du climat à l’ONG environnementale Deutsche Umwelthilfe, ajoutant qu’il faudrait également construire 80 km de pipelines de raccordement.

L’emplacement de Brunsbüttel « est particulièrement problématique en raison de sa proximité avec des installations nucléaires », a-t-il ajouté.

Afin d’apaiser les inquiétudes des écologistes et de calmer les Verts, qui sont le deuxième parti au gouvernement fédéral, il est prévu de « convertir le terminal pour l’importation de dérivés d’hydrogène vert tels que l’ammoniac » à l’avenir.

Si les ONG de défense de l’environnement sont sceptiques à l’égard de ces plans, les échelons supérieurs de la coalition allemande considèrent qu’il s’agit d’une étape essentielle dans le cadre de la Zeitenwende du pays après l’invasion de l’Ukraine.

Lors de son discours du 27 février devant le Parlement allemand, le chancelier Olaf Scholz s’est engagé à « changer de cap afin de surmonter notre dépendance aux importations ». Cet objectif serait atteint grâce à une augmentation des énergies renouvelables, au stockage stratégique du gaz et du charbon et à la relance des projets de construction de terminaux GNL, qui ont été abandonnés.

L’annonce du protocole d’accord a été saluée par le secrétaire d’État et bras droit de M. Scholz, Jörg Kukies, qui a tweeté que l’Allemagne « prenait au sérieux l’indépendance énergétique. »

Mais si les terminaux GNL réduiraient la dépendance du pays vis-à-vis du gaz russe, les principaux exportateurs de cette matière premières demeurent problématiques.

Le « gaz de la liberté » des États-Unis est en effet obtenu par fracturation, une méthode de forage chimique destructrice accusée de polluer les eaux souterraines et interdite en Allemagne. Quant au gaz du Moyen-Orient, il provient généralement du Qatar, un pays où les violations des droits de l’homme sont monnaie courante et sont souvent décriées par la société civile allemande.

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