
La décision de la Cour suprême donne tort à Trump et à sa politique impérieuse et inéquitable de droits de douane.
Au-delà des difficultés techniques que cette décision, par ailleurs parfaitement fondée, va déclencher (illégalité de certains droits imposés, et donc d’accords conclus tels que l’accord von der Leyen/Trump sur les 15 % ; capacité des entreprises à se retourner contre l’administration pour récupérer des sommes perçues, dont on peut déjà imaginer la lenteur des procédures et les problèmes de charge de la preuve quant aux préjudices subis…), c’est un véritable puits sans fond qui s’ouvre car le problème est ailleurs.
Trump déteste être contredit par quiconque ; nous avons pu le constater maintes fois. Non seulement cela a été évoqué très rapidement après la décision, mais il va chercher; et c’est déjà préparé avec ses équipes, d’autres bases juridiques pour poursuivre sa politique commerciale protectionniste. Agacé, il fera sans doute payer un prix politique élevé à ceux qui ont acté la décision ou s’en réjouissent. Ainsi le Parlement européen, qui vient de suspendre les travaux de ratification du traité UE/US puis les reprend dans un tango compliqué à comprendre ou encore la France, qui a de nouveau promu l’instrument anti-coercition (« bazooka » européen) ainsi que la préférence communautaire dans l’accès aux marchés publics.
Soyons lucides : l’UE ménage les États-Unis depuis des mois pour des raisons purement géopolitiques : la crainte d’un abandon de l’Ukraine par les US, alors même que nous ne sommes pas en mesure d’assurer seuls la sécurité du pays.
Cette préoccupation a souvent donné l’impression que la Commission, en particulier, était « le tapis sur lequel on s’essuie les pieds ». Ces raisons, bonnes ou mauvaises, correspondent à une réalité et expliquent, sinon justifient, que l’UE, dans ses différentes déclarations depuis les premières menaces de Trump lors de son retour à la Maison-Blanche, évoque régulièrement, sans le détailler, un contexte politique critique (l’Ukraine) pour expliquer sa posture conciliante, ou de repli. Mais jusqu’où ira-t-on, alors que la décision de la Cour ouvre enfin une porte à davantage de fermeté ?
Parallèlement, Orban, par ailleurs odieux personnage mafieux, sait prendre le train en marche. Sa posture durcie ces derniers jours constitue un appui stratégique pour Trump : il agitera à nouveau son droit de veto au Conseil face à toute velléité de guerre commerciale avec les US ; dans le même temps, il freinera par tous les moyens le 20ᵉ paquet de sanctions que l’UE peine déjà à négocier et l’aide qu’attend de plus en plus désespérement l’Ukraine.
Cela lui permet, dans son pays et en pleine période électorale, de créer un affrontement binaire :
- d’un côté, les souverainistes pragmatiques, alliés des États-Unis et proches de la Russie (son camp) ;
- de l’autre, le candidat pro-européen qui soutiendrait l’UE dans ses « délires », s’opposer à Trump et dépenser un argent que l’UE ne possède pas pour soutenir un président ukrainien « douteux » qui « refuserait les propositions de paix du sauveur américain ».
Des mots… rien que des mots, qui contredisent la réalité mais influencent des citoyens fatigués, désorientés par les fake news, l’ingérence et les difficultés décisionnelles étalées au grand jour au sein de l’UE.
