[Le Récap’ des européennes] Ecologie, abstention et extrême droite au cœur du scrutin ?

Un article publié par notre partenaire Toute l’Europe

Cette semaine dans la campagne : les candidats s’emparent du thème de l’écologie… chacun à leur manière. Mais la campagne peine à démarrer, à 24 jours du scrutin. A Chypre, en Italie, au Royaume-Uni ou en Espagne, les partis d’extrême droite poursuivent leur campagne.

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En France, tout le monde parle d’écologie

En France, si Europe Ecologie Les Verts (EELV) veut faire de l’écologie une « matrice à travers laquelle ont redéfinit l’économie« , la tête de liste pour les européennes Yannick Jadot n’est plus le seul à vouloir en faire une priorité. Chacun se lance sur le sujet… à sa manière. Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national (RN), explique ainsi que « c’est par le retour aux frontières que nous sauverons la planète« , et prône de ce fait le « localisme« , autrement dit une production et une consommation de proximité. Avec, en arrière-plan, une « obsession de l’immigration« .

La République en marche (LaREM) défend de son côté une protection à l’échelle non pas du territoire national, mais bien de l’Union européenne, par la mise en place de contraintes sur les produits importés. En mettant l’écologie au cœur du prochain meeting prévu à Paris le 6 mai, le parti chercherait à séduire en particulier son électorat parisien. Du côté des Républicains (LR), une « barrière écologique«  est envisagée. Autrement dit, là aussi, l’instauration de droits de douane sur les produits importés qui ne respecteraient pas les mêmes normes que celles en vigueur à l’échelle européenne.

A gauche enfin, quand Manon Aubry, tête de liste de la La France insoumise (LFI), veut renégocier des traités qui « empêchent d’investir massivement dans la transition écologique« ,  Raphaël Glucksmann, tête de la liste « Envie d’Europe », de l’alliance Parti socialiste-Place Publique-Nouvelle Donne (PS-PP-ND), appelle à un nouvel impôt sur les bénéfices des sociétés pour financer la transition énergétique.

Les listes des candidats français

L’écologie n’est par ailleurs pas le seul thème de convergence entre les différentes formations politiques. Certaines comptent bien faire du prochain scrutin européen un référendum « pour » ou « contre » la politique d’Emmanuel Macron. « Ne laissez pas Emmanuel Macron remporter le scrutin« , a ainsi martelé Manon Aubry. Même son de cloche du côté du RN, qui mise sur la proximité de la France et des petites villes et sur le rejet de la politique d’Emmanuel Macron. Lors d’un « banquet patriotique » organisé à Metz à l’occasion du 1er mai, Marine Le Pen s’est par ailleurs livrée à un réquisitoire contre l’Union européenne, qu’elle a qualifié d’ « impériale, hégémonique et totalitaire« .

LaREM n’a toutefois pas que des ennemis : les anciens eurodéputés Daniel Cohn-Bendit et Jean-Paul Besset ont annoncé leur soutien au parti présidentiel. La campagne peine néanmoins à démarrer pour la majorité, à moins d’un mois de la date fatidique du scrutin. La dynamique n’est en effet pas au rendez-vous pour LaREM, même si le parti demeure en tête des sondages, suivi de près par le Rassemblement national. 

Au contraire des Républicains, qui se réjouissent finalement du choix de François-Xavier Bellamy pour mener la liste. C’est « grâce à lui si le parti frôle les 15% dans les sondages« , affirment désormais d’anciens détracteurs finalement convaincus par le jeune philosophe. Si sa position sur la complémentarité entre souverainetés nationale et européenne ne « rassure » néanmoins pas Michel Barnier, LR pourra tout de même compter sur la voix du négociateur du Brexit, qui veut rester loyal à sa famille politique.

Plusieurs candidats se sont par ailleurs plaints que la campagne tarde à démarrer. Mais les listes PS-PP-ND et LaREM n’ont toujours pas publié leurs programmes… Selon le délégué général du parti de la majorité Stanislas Guérini, les 79 propositions portées par la liste Renaissance seront publiées le 9 mai, journée symbolique pour l’Europe. De son côté, la liste Envie d’Europe a fixé la date de publication de son programme au 6 mai, selon l’entourage de Raphaël Glucksmann. 

Francis Lalanne - Crédits : Flickr CC-SA 2.0Enfin, la formation d’une ou de plusieurs listes issues du mouvement des gilets jaunes demeure compliquée. Les défections ont été nombreuses. Et si certains ont faire savoir leur « intention de candidature » depuis des mois déjà, la problématique du financement de la campagne constitue un obstacle majeur car les listes doivent avoir au moins 3 % des voix pour bénéficier du remboursement des frais de campagne. Malgré tout, la liste Alliance jaune,  qui se revendique « apartisane« , a été déposée au ministère de l’Intérieur le 30 avril. Celle-ci est le fruit d’une alliance avec les représentants de la liste Ralliement d’initiative citoyenne (RIC) et sera menée par le chanteur Francis Lalanne. Quant à la liste « Jaunes et citoyens » conduite par Jean-François Barnaba, elle rejoint celle de Florian Philippot, leader du mouvement Les Patriotes, et partisan du « Frexit ».

Tour d’horizon de la campagne ailleurs en Europe

Alors que la participation du Royaume-Uni au scrutin européen gagne de plus en plus en probabilité, les partis britanniques doivent improviser un programme de dernière minute. Une tâche d’autant plus difficile dans ce climat d’incertitude que le Royaume-Uni pourrait quitter l’Union européenne avant la fin du mois de juin, si le gouvernement parvient à faire valider l’accord de sortie négocié avec Bruxelles d’ici le 22 mai, comme le souhaite Theresa May. Dans ces conditions, les Britanniques n’auraient finalement pas à élire d’eurodéputés. En cas d’élection, c’est par ailleurs le « Brexit Party » de l’europhobe Nigel Farage qui pourrait triompher.

D’autres formations politiques hostiles à l’Union européenne tentent aussi leur chance en Irlande. Le jeune Irish Freedom Party, qui appelle les citoyens à « reprendre le contrôle« , s’avise de surfer sur la vague du Brexit pour promouvoir une sortie du pays de l’UE. Plus au Sud, les Chypriotes pourraient bien faire entrer leur premier élu d’extrême-droite au Parlement européen, où Chypre dispose de six sièges. Le parti Front populaire national (Elam) est en effet en pleine progression.

Matteo Salvini - Crédits : compte facebookEn Italie, le Mouvement cinq étoiles (M5S) et la Ligue, les deux formations eurosceptiques qui composent le gouvernement, sont de leurs côtés en proie à de violentes scènes de ménage en vue des élections européennes… au point qu’une implosion du gouvernement devient possible. Dans tous les cas, si la Ligue de Matteo Salvini arrive à doubler le M5S de Luigi Di Maio aux élections, cela devrait provoquer un changement de gouvernement, ou au moins un remaniement, analyse Alessandro Giancone, maître de conférences en histoire italienne à l’Université Grenoble-Alpes. Matteo Salvini poursuit d’ailleurs sa campagne européenne et doit rencontrer le dirigeant hongrois Victor Orban à Budapest ce jeudi, huit mois après leur précédente rencontre à Milan.

Pedro Sanchez et son épouse - Crédits : compte facebookLes partis populistes de droite conservatrice et d’extrême droite gagnent du terrain dans certains pays, mais les partis traditionnels aussi. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) mené par le Premier ministre Pedro Sanchez, sorti vainqueur des élections législatives du 28 avril, obtiendrait, selon les projections du Parlement européen, 18 sièges au sein de l’hémicycle, soit quatre de plus qu’en 2014. Le candidat tête de liste (« Spitzenkandidat« ) du groupe social-démocrate, le néerlandais Frans Timmermans a par ailleurs tenu un grand meeting avec Pedro Sanchez devant 4 000 personnes à  Barcelone, lors duquel il a affirmé : « l’Europe est indispensable« . « On ne peut pas y arriver chacun de son côté », a-t-il ajouté.

Qui sont les candidats à la présidence de la Commission européenne ?

Le parti ultranationaliste espagnol Vox pourrait malgré tout obtenir un ou plusieurs sièges au Parlement européen après avoir fait son entrée le 28 avril au parlement espagnol avec 10 % des suffrages. Enfin, les autorités électorales ont interdit à l’ex-chef du gouvernement catalan Carles Puigdemont de se présenter aux élections européennes sur la liste de sa formation indépendantiste Ensemble pour la Catalogne.

En Allemagne, les conservateurs ont lancé leur campagne à l’occasion d’un meeting le 27 avril, en l’absence de la chancelière allemande Angela Merkel alors que le risque d’une forte abstention est particulièrement préoccupant outre-Rhin. Un sondage YouGov note en effet que 45 % des sondés allemands ne connaissent aucune tête de liste. Dans ce contexte, pour la première fois depuis dix-neuf ans, le rassemblement conservateur entre la CDU et la CSU bavaroise, crédités de 30 à 32 % des voix dans les sondages, ont décidé de mettre leurs querelles de côté pour défendre le même programme et nommer  une tête de liste commune aux européennes : le bavarois Manfred Weber, par ailleurs Spitzenkandidat du Parti populaire européen (PPE) pour la président de la Commission européenne.

Européennes : pourquoi l’abstention est-elle si forte ?

S’agissant par ailleurs de l’épineux sujet du futur président de l’exécutif européen, François Hollande réclame que les différentes listes françaises précisent le candidat qu’elles soutiennent. Selon l’ancien chef de l’Etat français c’est en effet, avec le budget, un enjeu majeur puisque ce poste permet une « personnalisation » de l’UE.

En Bulgarie, le parti de centre droit du Premier ministre Boris Borissov est mis à mal par un scandale d’achats à prix cassés d’appartements luxueux. L’affaire a déjà fait tomber ministres et députés mais « nourrit un mécontentement passif et risque de servir de repoussoir pour les élections« , selon le politologue Christo Pantchougov. Au point peut-être de faire tomber l’abstention en deçà des 36 % de 2014. Ce scrutin est pourtant perçu par une partie de la jeunesse, qui voudrait voir sa situation s’améliorer, comme une opportunité de changement dans le pays.

Enfin, Emmanuel Macron suscite toujours l’intérêt des libéraux belges, flamands comme wallons.

Et aussi…

Outre l’abstention, la diffusion des fake-news apparaît préoccupante. Malgré les diverses législations provenant des Etats et des institutions, ainsi que des initiatives des médias ou encore des plateformes numériques pour tenter de d’enrayer la diffusion de fausses nouvelles, celles-ci font désormais partie intégrante de la plupart des scrutins. Et les élections européennes n’y échappent pas. Les politiques ont d’ailleurs leur part de responsabilité notamment à l’extrême droite de l’échiquier politique. Une eurodéputée RN sortante a ainsi expliqué que « Erasmus + » signifie « Erasmus + de migrants » : « des choses complètement fausses mais qui sont dites ou écrites et donc vont infuser dans la population« , explique Aline Robert, rédactrice en chef d’Euractiv.

A un mois du scrutin européen, les Français semblent enfin se préoccuper de la campagne. Selon un sondage Harris interactive, 61 % des Français se disent « intéressés » par les élections européennes, soit une hausse de quatre points par rapport à la semaine précédente.

Olivier Faure répond à Jean-Luc Mélenchon. Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a répondu à l’appel de Jean-Luc Mélenchon,  lundi 29 avril sur CNews, visant à créer une « fédération populaire » dans les « élections suivantes et les mouvements écologiques et sociaux« . Pour le PS, deux conditions sont préalables à un éventuel rapprochement avec la France insoumise (LFI) : « l’Europe et l’abandon du populisme« . Deux sujets sur lesquels le premier secrétaire note d’importantes divergences avec son parti. Par ailleurs, la tête de liste pour les européennes Manon Aubry a tenté de clarifier le rôle de Jean-Luc Mélenchon dans la campagne : « il ne décide de rien« , a-t-elle affirmé sur l’antenne d’Europe1.

5 342 détenus voteront depuis leur prison. Il leur était déjà rendu possible de voter par procuration ou de demander une permission de sortir pour se rendre dans son bureau de vote. Mais l’accès aux urnes leur sera simplifié à travers un système de vote par correspondance.

Virginie Rozière quitte la liste PS-PP-ND. Membre du mouvement Les Radicaux de gauche, l’eurodéputée sortante avait trouvé un accord la semaine dernière avec l’alliance PS-PP-ND pour figurer avec cinq autres personnes de son mouvement sur la liste Envie d’Europe (en position non éligible). Mais Virginie Rozière a finalement annoncé renoncer à sa présence sur la liste, constatant selon elle le non-respect de l’accord, et notamment l’absence du logo des Radicaux de gauche sur les documents de campagne. Cette dernière dénonce des pressions de la part du Parti radical de gauche (PRG), avec qui elle avait fait scission en 2017 pour fonder son propre mouvement.

« Choisissez votre futur« . Pour encourager les citoyens à se rendre aux urnes, le Parlement européen a publié, jeudi 25 avril sa vidéo de campagne. Celle-ci a été vue plus de 75 millions de fois sur Facebook et YouTube.


Des éoliennes dans la campagne – crédits photo : Altitude Drone / iStock