BCE : le changement climatique au cœur de l’action ? – EURACTIV.fr

La Banque centrale européenne (BCE) a décidé d’accorder plus d’attention à la fois à l’effet de ses politiques sur le changement climatique et à l’instabilité financière que celui-ci peut créer.

La position actuelle de la BCE est peu enviable. Tout en essayant de contenir la fragmentation de la zone euro, on attend d’elle qu’elle s’attaque à l’inflation, alors qu’elle n’a qu’une influence très limitée sur ces deux problèmes.

Cependant, les crises ont la fâcheuse tendance à ne pas attendre leur tour pour être gérées, et la menace du changement climatique exige que l’on s’y attarde.

Vers des obligations d’entreprises plus respectueuses de l’environnement

«  Dans le cadre de notre mandat, nous prenons de nouvelles mesures concrètes pour intégrer le changement climatique dans nos opérations de politique monétaire  », a déclaré Christine Lagarde, présidente de la BCE, dans un communiqué de presse publié lundi (4 juillet).

La BCE a notamment décidé d’inclure les considérations climatiques dans ses avoirs en obligations d’entreprises, dans les actifs qu’elle détient en garantie et dans la manière dont elle évalue le risque.

En ce qui concerne les obligations d’entreprises, le garant de la monnaie commune a annoncé qu’il allait «  basculer  » les obligations qu’il détient dans son bilan des entreprises très polluantes vers des entreprises présentant de meilleures performances environnementales. La BCE et les banques centrales nationales de l’Eurosystème prévoient de le faire en réinvestissant les obligations d’entreprises qui arrivent à échéance dans les mois et années à venir, à partir d’octobre 2022.

Réduire les risques financiers

La BCE voit un autre point d’appui dans les garanties que les institutions financières doivent fournir lorsqu’elles reçoivent de l’argent de la banque centrale. À l’avenir, la part d’actifs émise par des entreprises ayant une empreinte carbone élevée et pouvant être mis en gage par des contreparties sera limitée.

Cette mesure vise à réduire les risques financiers liés au climat, par exemple en empêchant une chute soudaine du prix des actifs due à des actifs bloqués qui compromettrait la stabilité de l’Eurosystème.

En outre, à partir de 2026, les banques centrales n’accepteront que les garanties provenant d’entreprises et de débiteurs qui respectent la directive européenne sur les rapports sur le développement durable des entreprises (CSRD). La BCE espère que cette exigence incitera les entreprises à se conformer aux règles de l’UE.

Enfin, la BCE veut renforcer ses capacités à évaluer les questions liées au climat, déclarant que «  malgré les progrès déjà réalisés par les agences de notation, les normes actuelles de divulgation ne sont pas encore satisfaisantes.  »

La société civile souhaite que la BCE agisse contre l’« inflation fossile   »

Si la BCE est la première grande banque centrale à prendre de telles mesures liées au climat, elle souligne que «  ces mesures sont pleinement conformes à l’objectif principal de l’Eurosystème, qui est de maintenir la stabilité des prix.  » 

En 2021, la BCE a publié un plan d’action pour le climat, dont l’annonce de lundi est une progression.

Les organisations de la société civile exhortent depuis longtemps la BCE à prendre en compte de manière plus complète non seulement l’effet de ses politiques sur le changement climatique, mais aussi les effets de ce dernier sur la stabilité financière. Elles ont pour la plupart salué l’annonce de la BCE, tout en appelant à encore davantage d’actions.

«  Le contexte actuel d’inflation due aux combustibles fossiles exige des mesures encore plus audacieuses  », a déclaré Stanislas Jourdan, directeur exécutif du groupe de défense d’intérêts Positive Money Europe, dans un communiqué. Il a fait valoir que «  l’augmentation des investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique contribuera directement au mandat de stabilité des prix de la BCE.  »

Selon Miatta Fahnbulleh, directrice générale de la New Economics Foundation, la BCE devrait «  mettre en œuvre un programme de prêts verts ciblés, fournissant un financement bon marché pour la rénovation des maisons et aidant des millions de familles à réduire leur facture énergétique.  »

La guerre en Ukraine bouscule les plans de la BCE

L’invasion de l’Ukraine par la Russie devrait inciter la Banque centrale européenne à se montrer plus souple jeudi (10 mars) sur sa stratégie monétaire qui doit prendre en compte choc d’inflation et menace sur la croissance.

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