Quelle direction pour le trio transatlantique ? – EURACTIV.fr

2021 est synonyme de nouveau départ pour les relations transatlantiques. Les alliances américano-européennes depuis la Deuxième Guerre mondiale ont grandement façonné le caractère du monde occidental actuel. L’Allemagne et la France y ont d’ailleurs joué un rôle crucial.

Les intérêts de Paris et Berlin dans les relations bilatérales avec Washington sont nombreux et variés. Ainsi choient-ils l’entente transatlantique et la façonnent-ils chacun à leur manière.

Sur le plan historique seulement, les trois États sont fortement entremêlés : c’est accompagnée des États-Unis que la France est sortie victorieuse de la Deuxième Guerre mondiale contre l’Empire allemand en 1945. Les décennies suivantes ont été marquées par la période de reconstruction de l’Europe, notamment l’Allemagne, orchestrée par les États-Unis par l’entremise du « Plan-Marshall ». De plus, la réunification allemande en 1990 n’aurait pas été imaginable sans l’intervention américaine. Cette histoire commune marque toujours les relations transatlantiques.

« Les soldats américains nous ont protégés »

Les relations germano-américaines ont connu une période à vide sous la présidence de Donald Trump, ce dernier condamnant sans arrêt l’Allemagne de ne pas dépenser assez en matière de défense : selon les accords de l’OTAN, 2 % du budget allemand devraient être prévus à cet effet. Cette accusation est fondée et elle avait déjà été soulevée par Barack Obama auparavant. Toutefois, Donald a été plus loin, en menaçant de retirer les troupes américaines du territoire d’outre-Rhin. Désormais, Berlin espère de Joe Biden qu’il réévaluera cette décision.

« Les soldats américains nous ont protégés pendant des dizaines d’années et ils continueront à le faire à l’avenir », a fait savoir Peter Beyer, député conservateur (CDU) au Bundestag et coordinateur des relations transatlantiques au sein du gouvernement allemand, dans un entretien avec Euractiv Allemagne. « Joe Biden s’en assurera. D’après moi, les soldats américains ne quitteront pas notre territoire », a-t-il ajouté. Sur le plan de la sécurité, l’Allemagne doit renforcer sa coopération avec les États-Unis d’une façon générale, a indiqué M. Meyer, notamment en délivrant plus rapidement les autorisations d’exportation dans l’industrie de l’armement.

« Sur ce point Barack Obama arborait une attitude coopérative, mais pas multilatérale », avance le politique allemand et membre de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN Jürgen Trittin (Verts). Donald Trump imposait certes ses souhaits de façon unilatérale, mais il ne fait aucun doute que Joe Biden prendra une approche davantage axée sur une « coalition de bonnes volontés », selon M. Trittin. « L’Allemagne doit se tenir prête ».

Son collègue de parti Cem Özdemir a souligné que l’accent mis par Joe Biden sur le multilatéralisme offrirait ainsi de nombreuses possibilités, y compris concernant l’Accord de Paris, et ce grâce à la concurrence transatlantique afin d’obtenir les meilleures technologies sur le plan climatique.

Un plan Marshall pour la démocratie ?

En réaction aux émeutes du Capitole américain la semaine dernière, le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas (SPD) a proposé l’élaboration d’un « plan Marshall pour la démocratie ». « Résoudre les divisions à la racine, tel est le devoir de taille qui nous incombe, tant aux États-Unis qu’en Europe », a-t-il tweeté.

Cependant, d’après M. Trittin, cette idée « est embarrassante ». Les institutions démocratiques des États-Unis auraient dû se montrer résilientes. Après tout, les élections présidentielles ont bien été reconnues comme légales.

M. Beyer abonde d’ailleurs dans ce sens, notant toutefois qu’en l’état actuel des choses, l’Allemagne devrait venir en aide aux États-Unis, notamment dans la lutte contre la Covid-19, le premier grand défi de Joe Biden. De ce fait, il conviendrait de coopérer davantage au niveau scientifique, a laissé entendre le politique.

Donald Trump, une chance pour la souveraineté européenne ?

À Paris, la situation actuelle sur ces questions semble plus détendue : « La France était moins dans la ligne de mire des États-Unis de Trump que l’Allemagne, notamment sur les sujets économiques et liés à la défense, puisqu’elle a fait plus d’efforts dans ce domaine et qu’en termes économiques, elle a beaucoup moins d’excédents commerciaux aux États-Unis que l’Allemagne », soutient Éric-André Martin, spécialiste de l’Europe, secrétaire général du Comité d’études franco-allemandes (Cerfa) de l’Institut français des relations internationales (IFRI). « En revanche, la France a vu dans cette dégradation de la relation transatlantique une opportunité de pousser en avant les idées d’autonomie stratégique, de souveraineté européenne, à la différence de l’Allemagne qui considère que la relation transatlantique est essentielle notamment en termes de défense », a-t-il expliqué dans un entretien avec Euractiv France.

M. Martin note en outre que la question chinoise « est un facteur potentiel de division entre Américains et Européens ». « La façon dont l’administration Biden va gérer l’accord d’investissements UE-Chine sera assez symptomatique de l’ambiance de travail transatlantique ». 

Politique intérieure first

Cependant, les attentes de Paris sont grandes en ce qui concerne les relations avec les États-Unis sous Joe Biden. « Avec l’élection de M. Joe Biden nous pouvons espérer une amélioration des relations transatlantiques, dégradées ces quatre dernières années, tout en comprenant bien que le président démocrate se préoccupera en priorité des affaires intérieures : la Covid, l’emploi, les tensions sociales et raciales, la relance de l’économie, etc. », a déclaré le vice-président de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale Rodrigue Kokouendo (LaRem).  

Il convient tout de même de se rendre compte que Joe Biden se concentrera avant toute chose sur les défis politiques endémiques aux États-Unis, a appuyé M. Kokouendo, que ce soit au niveau de la pandémie, du chômage ou des tensions internes socio-économiques. De façon similaire à Heiko Maas, Rodrigue Kokouendo s’engage à aider le président nouvellement élu dans sa lutte pour la démocratie à l’échelle mondiale, notamment lors du « sommet pour la démocratie », annoncé par Joe Biden.

« Il s’agirait de prendre le contrepied de la politique de Donald Trump pour remobiliser le “monde libre” contre l’autoritarisme », a conclu M. Kokouendo.

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