Quel bilan pour les transporteurs routiers après la première semaine sous régime transfrontalier post-Brexit ? – EURACTIV.fr

Les transporteurs routiers paient déjà les frais de la nouvelle réglementation frontalière post-Brexit. Récapitulatif de la première semaine du Royaume-Uni hors du marché unique européen : embouteillages, retards et perturbations dans la chaîne d’approvisionnement.

L’Association du transport routier (RHA), un groupe de lobbying dans le secteur industriel, a appelé vendredi (8 février) les gouvernements britanniques et irlandais à assouplir certaines des nouvelles règles commerciales en mer d’Irlande, selon lesquelles les biens en provenance de la Grande-Bretagne vers l’Irlande du Nord et la République d’Irlande sont soumis à des contrôles douaniers.

« Nous sommes désormais confrontés à des ruptures de stock dans les supermarchés tandis que les camions accusent des retards dans les ports. La situation ne fait qu’empirer », a fait savoir la RHA, ajoutant que « les démarches pour le simple transport de biens étaient [trop] rigides, lourdes et chronophages ».

Alors que les voyages transfrontaliers sont désormais à l’arrêt en raison de la pandémie de Covid-19, les camions et autres transports de livraison sont en première ligne de ce nouveau monde commercial post-Brexit. Jusqu’à présent, la situation semble plus stable qu’en décembre, lorsque le gouvernement français avait fermé les frontières dans une tentative de contenir la propagation du Covid-19, une décision qui avait entraîné de longs retards sur le plan du transport.

Entretemps, le Service britannique de réservation de fret a signalé que « bon nombre de [leurs] véhicules étaient mis à l’arrêt aux ports de Calais, Dunkerque et Douvres, car ils ne présentaient pas les documents adéquats à la douane ».

Les coûts de transport de fret ont également augmenté. À la fin 2020, les taux au comptant de dernière minute sur les bateaux faisant la navette sur la Manche ont atteint 6 € par kilomètre pour un chargement complet, tandis qu’ils avoisinaient auparavant les 1,50 – 3 € en moyenne, selon la plateforme logistique Transporeon.

L’accord commercial conclu entre le Premier ministre Boris Johnson et l’UE la veille du réveillon de Noël garantit des échanges commerciaux sans droits de douane ni contingents pour les biens, mais tout bien importé dans l’UE fera l’objet de « formalités douanières » et de contrôles réglementaires.

Le doute plane sur le nombre de véhicules ayant été refoulés à la frontière en raison de mauvais documents.

Le ministère britannique des Transports indique que 90 % des transports de livraison traversant le poste-frontière Douvre-Calais disposaient des bons documents au fil de la première semaine suivant l’accord commercial UE-GB, tandis que la RHA a révélé auprès de la BBC qu’un camion sur cinq avait été refoulé.

Après le Brexit, des ajustements plus ou moins compliqués dans les échanges commerciaux

Plus de sandwichs dans les rayons d’un supermarché britannique emblématique à Paris, impossible pour les Britanniques d’accéder à leurs séries préférées en streaming sous le soleil espagnol, approvisionnements suspendus, complications fiscales… Des entreprises et des consommateurs font face à une série de couacs dans les échanges commerciaux trans-Manche, quelques jours après le Brexit.

Côté britannique, il est désormais obligatoire pour tous les poids lourds traversant la frontière par les routes commerciales de la Manche de se munir d’une autorisation d’accès électronique spécifique à Kent.

Le gouvernement britannique a lancé une campagne d’information afin de préparer les transporteurs routiers aux nouvelles procédures douanières en octobre 2020 et a dépensé l’équivalent de 800 millions d’euros pour de nouvelles infrastructures dans les ports et les postes-frontière afin de désengorger le trafic.

Londres et Paris ont tous les deux établi des mécanismes de financement afin d’aider les commerces dans toutes les nouveautés administratives ainsi que les coûts engendrés par l’accord commercial post-Brexit.

Alors que les négociateurs britanniques et européens se sont accordés sur une période d’adaptation liée à l’application des procédures les plus lourdes en ce qui concerne les échanges commerciaux dans la mer d’Irlande, Katy Hayward, membre du groupe de réflexion UK in a Changing Europe, a laissé entendre que l’accord commercial présentait un manque flagrant de mesures visant à assouplir le transport des biens du Royaume-Uni vers l’UE.

« Le manque de mesures souples ne signifie pas que les règles seront moins suivies ou sujettes à des interprétations plus générales. Cela indique plutôt que nombre de ceux tentant d’importer des biens britanniques vers l’UE ne seront pas prêts à respecter les nouvelles règles », a conclu Mme Hayward.

https://www.euractiv.fr/section/avenir-de-l-ue/news/hauliers-count-costs-after-first-week-of-post-brexit-border-regime/