Que fait l’Europe pour l’environnement ? Débat entre La France insoumise et les Verts



Actualité


22.05.2019

Steven Kakon

Conviés par Toute l’Europe à la Recyclerie lundi 20 mai, Karima Delli (EELV) et Sergio Coronado (LFI) ont eu l’opportunité d’éclaircir leurs positions sur l’écologie et de répondre aux questions du public, à quelques jours des élections européennes.  

Débat entre Karima Delli (EELV) et Sergio Coronado (LFI) à la Recyclerie lundi 20 mai - Crédits : Toute l'Europe

Débat entre Karima Delli (EELV) et Sergio Coronado (LFI) à la Recyclerie lundi 20 mai – Crédits : Toute l’Europe

1h30 pour parler d’Europe et d’environnement

A l’approche des élections européennes, Toute l’Europe a invité, lundi 20 mai, deux candidats à débattre des questions environnementales : Karima Delli, eurodéputée depuis 2009 et 6e sur la liste Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et Sergio Coronado, ancien député et écologiste figurant en 14ème position sur la liste de La France insoumise (LFI). Depuis la Recyclerie, bistrot écoresponsable du 18e arrondissement de Paris, et devant une centaine de personnes, les deux amis mais néanmoins adversaires politiques ont eu l’occasion de présenter leurs convergences et différences s’agissant des défis auxquels l’Union européenne doit faire face en matière d’environnement.

Et après quelques minutes de présentation des projets de leurs partis respectifs, les deux candidats ont répondu au feu nourri des questions d’un public plutôt connaisseur et militant si ce n’est du fonctionnement de l’UE du moins des questions environnementales.

Des différences de méthodes plutôt que de fond

En 2019, l’Europe est à la traîne” et ces “petits pas” effectués ne suffisent plus : “aucun pays ne rentre dans les accords de Paris“, attaque Karima Delli d’entrée de jeu, regrettant presque les années 1970, au cours desquelles l’Union européenne a commencé, selon elle, à s’affirmer en leader sur le plan environnemental.

Sergio Coronado, encore membre du parti écologiste mais militant aujourd’hui avec les Insoumis, ne dément pas, mais regrette que l’UE ne se soit pas emparée encore plus de la politique environnementale. Tandis qu’aujourd’hui les traités actuels sont un “obstacle“, explique-t-il, car ils réduisent l’Union européenne à un “espace concurrentiel” qui “organise la compétition des uns contre les autres“.

Sergio Coronado reconnaît également que, sur le fond, les propositions d’EELV et de LFI “ne sont pas si différentes que ça“. Ce qui diffère, ce sont “les choix stratégiques dans la manière d’appréhender le changement climatique” et le rôle de l’UE.

En effet, lorsque Karima Delli décrit l’Europe comme “l’échelon indispensable pour la transition écologique“, son concurrent se refuse à “féticher” l’Union européenne, qu’il considère comme l’un des niveaux d’action pertinents “au même titre” que les échelons local, national ou encore mondial.

Plastiques et concurrence

Interrogés ensuite par le public sur des sujets allant de l’éradication des plastiques à l’ouverture à la concurrence des marchés publics, les deux candidats ont pu préciser leurs différences, peu évidentes pour beaucoup des spectateurs.

La directive sur l’interdiction des plastiques à usage unique constitue “un premier pas“, fait valoir Karima Delli, même s’il faudrait aller plus loin pour interdire “tous les plastiques“. Une tâche complexifiée par l’action des lobbies rappelle l’élue, les décrivant comme peu sensibles aux questions environnementales et comme des freins aux réformes. Appelant également à revoir notre modèle de consommation et notre politique agricole pour produire à l’échelon local, l’eurodéputée estime qu’il est plus que temps de “taxer l’avion” afin d’investir dans la mobilité propre.

Si pour Sergio Coronado, la transformation de nos modèles de consommation est effectivement nécessaire, celle de nos modes de production l’est encore davantage : “Je ne crois pas que la somme des comportements vertueux changera le système“, estime-t-il. A en croire l’ancien député français, “l’Union européenne a tourné le dos à l’action que peut mener la puissance publique au bénéfice de mécanismes hérités du marché“, citant en exemple le marché des droits à polluer mis en place par l’UE.

Changement de traités” contre “réorientation

Ainsi pour Sergio Coronado, interpellé à plusieurs reprises par des militants EELV présents sur la position européenne de LFI, l’UE n’est qu’un “outil” potentiel qui, pour l’heure, favorise la “course au libre-échange“, “participe à l’effondrement du vivant, à l’émission des gaz à effet de serre”. Pour que l’UE “remplisse son rôle“, les traités doivent donc être changés.

Plus attachée au fonctionnement actuel de l’Union européenne et se situant moins dans une logique de confrontation, Karima Delli lui réplique qu'”on ne peut pas gagner tout seul” ou “changer les traités tout seul“. Clamant sa volonté de se “battre” pour “réorienter l’Europe“, celle qui a achevé son second mandat à Strasbourg en tant que présidente de la commission des transports privilégie ainsi la construction d’un “super traité environnemental“, qui ferait office de “loi de la loi” au niveau européen.

Des divergences de méthode qui n’empêcheront toutefois pas les deux formations de batailler ensemble au Parlement européen au cours des cinq années à venir sur de nombreux sujets. “Nos deux listes proposent une sortie programmée à l’échelle européenne du charbon et du nucléaire avec la promotion des énergies renouvelables“, expose en exemple le candidat LFI. De la même manière, quand Sergio Coronado affirme ne pas vouloir d’”interférences” du privé dans les biens publics, “les Verts ne sont pas pour l’ouverture à la concurrence” lui répond Karima Delli.

Au 22 mai, LFI est annoncé légèrement devant EELV, avec 8,6 % des intentions de vote contre 7,7 % d’après l’agrégateur de sondages proposé par le média européen Politico.



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