Présidence de la Commission européenne : les candidats Manfred Weber et Frans Timmermans peuvent-ils convaincre ?



Actualité


13.05.2019

A gauche, Frans Timmermans, néerlandais de 58 ans et vice-président de la Commission européenne. A droite, Manfred Weber, allemand de 46 ans et poids lourd du Parlement européen. Deux hommes qui se côtoient depuis cinq ans au sein des institutions européennes. Chefs de file (Spitzenkandidaten) de partis en perte de vitesse pour les élections européennes de mai prochain, ils briguent la présidence de la Commission européenne.

Frans Timmermans et Manfred Weber

Frans Timmermans et Manfred Weber – Crédits :
Partij van de Arbeid ; European People’s Party

Spitzenkandidaten

Frans Timmermans et Manfred Weber se connaissent bien. Le premier est le vice-président de la Commission européenne, chargé de l’Amélioration de la législation, des Relations inter-institutionnelles et de l’Etat de droit depuis 2014. Le second a, la même année, pris la tête du groupe du Parti populaire européen (PPE, droite) au Parlement européen, soit la formation politique la plus puissante. Pas étonnant dans ce contexte que les deux hommes se soient facilement imposés dans leurs partis respectifs pour conduire la campagne des élections européennes de 2019… et briguer la présidence de la future Commission européenne.

Au Parti socialiste européen (PSE, gauche), Frans Timmermans n’a pas eu de sérieux concurrents. A elle seule, sa vice-présidence de la Commission européenne a fait office de CV, le Néerlandais ayant été confronté à des dossiers aussi brûlants que la crise des réfugiés, les négociations de l’accord migratoire avec la Turquie ou encore les infractions de la Pologne et de la Hongrie aux règles de l’Etat de droit. Ainsi, en cinq ans, M. Timmermans s’est forgé une image enviable de “gardien des institutions“.

La nomination de Manfred Weber en tant que Spitzenkandidat du PPE n’a pas été non plus une grande surprise. Travailleur, méticuleux, homme de réseaux et fort de ses années au sein du Parlement européen, il s’est assuré une place de choix parmi les principaux représentants de la droite européenne. Son manque d’expérience sur le plan national n’a pas été un handicap, les responsables allemands effectuant souvent des carrières purement européennes. Ainsi a-t-il pu écarter son seul concurrent lors du congrès du PPE à Helsinki le 8 novembre dernier, l’ancien Premier ministre finlandais Alexander Stubb, plus centriste et libéral.

Manfred Weber célèbre sa nomination comme Spitzenkandidat du PPE avec à sa droite Antonio Lopez-Isturiz (eurodéputé) et à sa gauche Pablo Casado (chef du Parti populaire espagnol) et Esteban Gonzalez-Pons (eurodéputé), membres espagnols du PPE – Crédits : European People’s Party

Deux partis menacés

Pour les deux candidats, de nombreux obstacles restent toutefois à franchir jusqu’au 26 mai, et au-delà.

Frans Timmermans, malgré son poste de haut rang à la Commission européenne, semble avoir perdu de l’influence à Bruxelles ces dernières années. En 2014, Jean-Claude Juncker affirmait : “Le président, c’est moi, mais j’ai délégué une bonne partie de mes prérogatives au vice-président. Frans Timmermans est mon bras droit et j’espère aussi qu’il sera ma main gauche“. Les deux dirigeants ont incontestablement travaillé en confiance et en étroite coopération… jusqu’à ce que M. Timmermans pâtisse du poids grandissant de Martin Selmayr, le chef de cabinet tout puissant de Jean-Claude Juncker.

Occupé par des dossiers ingrats sur lesquels obtenir des résultats était quasiment impossible, l’ancien ministre des Affaires étrangères est également resté dans l’ombre des négociations du Brexit, menées par Michel Barnier. “Alors que Barnier et Juncker ont eu les projecteurs braqués sur eux avec le Brexit, Timmermans a été laissé de côté“, résumait ainsi Politico le 25 janvier 2018.

Les dernières déconvenues électorales du camp social-démocrate ne rendent pas non plus les choses aisées. En Allemagne et en Italie, le SPD et le Parti démocrate ont connu de véritables effritements lors des élections générales de 2017 et 2018. En France, le Parti socialiste n’est plus que l’ombre de lui-même. M. Timmermans est donc à la tête d’un camp en sérieuse perte de vitesse.

Selon les sondages, le PPE devrait se maintenir en première position mais connaître, lui aussi, un important recul lié à la poussée des formations populistes de droite radicale. En interne, Manfred Weber doit composer avec le Fidesz de Viktor Orban, dont le maintien au sein du PPE est de plus en plus controversé. Bien qu’ayant, à titre personnel, voté en faveur du lancement d’une procédure à l’encontre de la Hongrie pour manquement à l’Etat de droit, Manfred Weber n’a pas souhaité exclure le parti de Viktor Orban du groupe, bien qu’une procédure interne ait été programmée le 20 mars pour débattre de la question.

Dans un entretien accordé au quotidien italien la Stampa, le responsable bavarois a même reconnu le “besoin d’un compromis avec les souverainistes” comme M. Orban ou encore Matteo Salvini, leader de la Ligue et figure de proue de l’extrême-droite européenne. Dans une autre interview, Manfred Weber a ajouté qu’il “ne peut imaginer que Matteo Salvini ait intérêt à s’associer à quelqu’un qui s’oppose à l’euro et à l’UE dans son intégralité, comme Marine le Pen“.

Convaincre le Conseil européen

Autre interrogation de taille pour M. Weber : que décideront les dirigeants européens à la suite des résultats des européennes ? En tant que Spitzenkandidat du parti appelé à finir en tête, il devrait être proposé au Parlement européen par les chefs d’Etat et de gouvernement pour le poste de président de la Commission européenne.

Mais certains leaders, comme Emmanuel Macron, contestent cette procédure du Spitzenkandidat et pourraient décider de se tourner vers un autre candidat, potentiellement moins conservateur. Ainsi le nom de Michel Barnier, dont l’aura est forte alors qu’il mène les négociations du Brexit d’une main de fer, revient avec insistance. Autre homme fort du PPE et candidat malheureux pour ce poste en 2014, il “mène tranquillement campagne pour succéder à Jean-Claude Juncker après les élections européennes de mai“, résume Le Point.

La route menant à la tête de l’exécutif européen est donc encore longue et sinueuse pour les deux hommes, et cette dernière devrait se prolonger bien après le 26 mai.

Frans Timmermans manifeste sa joie d’être nommé Spitzenkandidat du Parti socialiste européen – Crédits : Partij van de Arbeid

 

 

De la profession à l’affection : deux rapports à l’Europe

Avant de se hisser au sommet des institutions européennes et de se retrouver face à face pour briguer l’une des principales fonctions de l’Union européenne, MM. Weber et Timmermans ont connu des trajectoires très différentes.

Membre du Parti travailliste néerlandais (PvDA), Frans Timmermans s’est d’abord fait élire à la Chambre des députés de 1998 à 2012. Diplomate de métier, il occupe le poste de secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de 2007 à 2010, portefeuille qu’il quitte avec fracas, du fait d’un désaccord sur la prolongation de la présence néerlandaise en Afghanistan. Un départ de courte durée car Frans Timmermans est nommé ministre des Affaires étrangères en 2012 : une petite consécration pour cet homme tourné vers l’international. Il aura, entre autres, à gérer le crash du vol 17 de la Malaysia Airlines, parlant depuis les Nations unies “d’un vide dans le cœur de la nation néerlandaise“.

Manfred Weber, lui, se fait élire dès l’âge de 30 ans, en 2002, au Parlement de Bavière dont il est originaire. Il n’y reste que deux ans, obtenant dès 2004 un mandat de député européen. Siégeant successivement au sein de la commissions des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen, puis de celle des affaires constitutionnelles, il devient fin connaisseur des arcanes européennes et une figure marquante du Parti populaire européen, dont il prend la tête du groupe au Parlement européen.

Tous deux décrits comme des Européens “de profession“, Frans Timmermans et Manfred Weber n’ont en revanche probablement pas le même lien affectif avec le Vieux continent. Polyglotte accompli, le Néerlandais a passé son adolescence à Rome, avant de se passionner pour la littérature française pendant ses années à l’université de Nimègue (Pays-Bas), étudiant même pendant une année à Nancy, au sein du Centre européen universitaire le droit communautaire. Manfred Weber, lui, est moins souvent sorti de Bavière avant de rejoindre le Parlement européen.

 

 

Article dirigé par Toute l’Europe et réalisé avec des élèves de Sciences Po dans le cadre d’un projet collectif

Dossier spécial Elections européennes : tout comprendre



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