L’énergie dans l’Union européenne – Energie – Toute l’Europe


Synthèse


13.06.2019

Jules Lastennet

Enjeu stratégique et international incontournable, l’énergie est un élément historique de la construction européenne. En la matière, l’UE agit aujourd’hui pour assurer l’approvisionnement énergétique du continent, maintenir des prix abordables ou encore développer les renouvelables. Mais la disparité des mix énergétiques nationaux freine la constitution d’une véritable Union de l’énergie.

Eoliennes

Définitions

Les énergies fossiles désignent les énergies issues de la combustion de matière organique fossilisée et contenue dans le sous-sol terrestre. Les principales sources d’énergies fossiles sont le pétrole, le charbon et le gaz naturel. Elles sont présentes en quantité limitée et ne sont pas renouvelables à l’échelle de temps humaine. Leur consommation intensive a un impact négatif direct sur le changement climatique dans la mesure où elles dégagent, au moment de leur combustion, de grandes quantités de gaz à effet de serre.

Les énergies renouvelables se distinguent des énergies fossiles et de l’énergie nucléaire qui, elles, ne sont pas renouvelables. Les énergies renouvelables sont multiples et diverses par leurs mécanismes physiques, chimiques ou biologiques. Elles proviennent du vent (ex : éolienne), du soleil (ex : photovoltaïque), de la chaleur terrestre (ex : géothermie), ou encore de l’eau (ex : hydroélectrique). Enfin, contrairement aux énergies fossiles, les renouvelables ne produisent pas de gaz à effet de serre.

L’efficacité énergétique désigne le rendement énergétique d’un processus ou d’un appareil par rapport à son apport en énergie. On cherche habituellement à maximiser l’efficacité énergétique afin de réduire la consommation d’énergie, notamment dans une optique environnementale.

L’Europe dans le monde

L’Union européenne est le troisième plus gros consommateur d’énergie du monde en volume derrière la Chine et les Etats-Unis. Une situation logique compte tenu de sa population, de son niveau de développement économique et industriel, mais aussi des efforts entrepris sur le plan environnemental. En effet, par habitant, la consommation énergétique de l’Europe s’est élevée à environ 1 700 millions de tonnes d’équivalent pétrole (Mtep) en 2017 pour environ 510 millions d’habitants, contre environ 2 200 Mtep aux Etats-Unis pour environ 325 millions d’habitants (chiffres : Eurostat, BP).

En Europe, le secteur des transports est le premier consommateur d’énergie, devant ceux du bâtiment, de l’industrie et des services. Pour satisfaire la demande, l’Europe importe environ 54 % de son énergie : environ 40 % de son charbon, 60 % de son gaz et 80 % de son pétrole. De fait, le continent ne dispose que de faibles ressources en hydrocarbures et ne produit que peu d’énergie. C’est toutefois le cas du Royaume-Uni (pétrole), de la France (nucléaire), ou encore du Danemark (énergies renouvelables, notamment éolien).

Dans ce contexte, la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis du reste du monde est forte, et plus particulièrement de la Russie et du Moyen-Orient. Le degré de cette dépendance est variable d’un pays à l’autre. Elle est inférieure à 25 % au Danemark, en Estonie ou en Roumanie, pays parmi les meilleurs élèves en matière de déploiement des énergies renouvelables. Elle est contenue sous la barre des 50 % en France, en Pologne, ou au Royaume-Uni, grâce à la prévalence respectivement du nucléaire et du charbon dans les deux premiers cas et aux gisements de pétrole et de gaz dans le troisième. Elle est comprise en 50 et 75 % en Allemagne, en Espagne ou en Grèce. Et elle est supérieure à 75 % en Irlande ou en Italie.

Fonctionnement

Sur le plan énergétique, l’Union européenne a pour missions principales de garantir l’interconnexion des réseaux énergétiques entre les Etats membres, d’assurer la sécurité de l’approvisionnement du continent, de promouvoir l’efficacité énergétique et les économies d’énergie, ainsi que les énergies renouvelables, la recherche et l’innovation.

Dès les années 1950 et les premières heures de la construction européenne, l’énergie a fait partie des domaines de coopération privilégiés en Europe. Avec la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), entrée en vigueur en 1952, et qui visait à éviter l’émergence de nouveaux conflits armés en Europe. Puis avec la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom), entrée en vigueur en 1958 en même temps que le traité de Rome, en vue d’améliorer voire d’atteindre l’autosuffisance énergétique en Europe.

Qu’est-ce qu’Euratom

Cette dernière ambition n’est, à ce jour, pas réalisée, en raison principalement des différents choix énergétiques opérés par les Etats membres. Une hétérogénéité encore présente aujourd’hui. Seule la moitié des 28 pays européens a en effet développé une production d’énergie nucléaire sur son sol, celle de la France étant très largement la plus importante. Tandis que d’autres pays comptent par exemple encore sur le charbon, à l’instar de l’Allemagne (en raison de son désengagement nucléaire à la suite de la catastrophe de Fukushima) et de la Pologne.

S’agissant des énergies renouvelables, leur développement est plutôt récent en Europe et coïncide logiquement avec l’enracinement des considérations environnementales dans le débat public. A l’échelle de l’Union européenne, selon un accord passé entre les Etats membres en 2014 à l’approche de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) de 2015, ces énergies propres devront avoir atteint la part de 27 % dans la consommation européenne d’ici 2030 – un objectif porté à 32 % en 2018. Ici aussi, les pays européens sont à des niveaux sensiblement différents. Ces derniers se sont dotés d’objectifs nationaux à atteindre en 2020 et tous ne parviendrons pas à tenir leurs engagements. Un pays comme la France par exemple s’est fixé l’objectif de 23 %, mais en 2017 la part des renouvelables n’atteignait encore “que” 16,3 %.

Objectifs et fonctionnement de la politique européenne de l’énergie

Enjeux et perspectives

Sur le plan énergétique, l’un des principaux enjeux, au niveau européen, est la constitution d’une véritable Union de l’énergie, qui signifierait l’intégration totale des marchés nationaux de l’énergie. La libéralisation de la fourniture d’énergie est à cet égard une réalité depuis 2004 en ce qui concerne les entreprises, les professionnels et les collectivités, et 2007 pour les particuliers. Même si des règles nationales demeurent pour favoriser certaines entreprises historiques.

En février 2015, peu de temps après son entrée en fonction à la tête de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a relancé cette perspective d’Union de l’énergie. Le contexte était alors celui de la crise ukrainienne, de la montée des tensions entre l’Europe et la Russie, ainsi que de la guerre en Syrie. L’approvisionnement énergétique de l’Union européenne semblait menacé et les Européens souhaitaient diversifier leurs importations d’énergie.

En outre, l’Union de l’énergie doit permettre de désenclaver certains Etats membres, afin qu’ils cessent d’être des “îles énergétiques“, pour reprendre les mots l’ancien président du Parlement européen Jerzy Buzek. Dit autrement, le but est de réduire les situations d’isolement d’un Etat membre par rapport aux réseaux de gaz et d’électricité et de réaliser des investissements dans les infrastructures pour assurer un approvisionnement ininterrompu. L’harmonisation du marché de l’énergie européen permettrait de réaliser des économies d’échelle et de renforcer coopération et solidarité. Ainsi, une collaboration comme celle liant la France, l’Espagne et le Portugal en matière d’électricité et de gaz est appelée à se généraliser à l’échelle européenne. A l’échelle de la Commission Juncker (2014-2019), l’Union européenne n’aura toutefois que modestement progressé en ce sens, continuant de parler de l’Union de l’énergie au futur et faisant face à des Etats membres soucieux de conserver les coudées franches dans ce domaine.

Que fait l’Europe pour la transition énergétique ?

Enfin, dans les mois et années à venir, l’Europe fera immanquablement l’objet d’une attention particulière concernant ses engagements et réalisations dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, composantes incontournables de la lutte contre le changement climatique. En novembre 2018, l’objectif européen en matière d’énergies renouvelables est passé de 27 à 32 % d’ici à 2030, tandis que celui relatif à l’efficacité est passé de 27 à 32,5 %. Mais ces cibles sont toujours jugées insuffisantes par la grande majorité des ONG et responsables écologistes. Ainsi, les objectifs climatiques dans leur ensemble auront certainement à être à nouveau revus à la hausse au cours des prochaines années, particulièrement si l’UE entérine l’objectif de neutralité carbone pour l’année 2050 comme le propose la Commission européenne.

Il est ainsi attendu de l’UE et des Etats membres une progression sensible en matière de transition énergétique. Le sujet a d’ailleurs été évoqué par de nombreux responsables politiques lors de la campagne pour les élections européennes 2019, avec une volonté assez largement partagée de la gauche à la droite de renforcer les investissements européens dans ce domaine, notamment dans la recherche et développement. Les Européens cherchent en effet à développer des secteurs clés tels que le stockage de l’énergie ou encore les batteries électriques, qui revêtent une importance stratégique avec le déploiement rapide des véhicules électriques et de la mobilité durable.



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