[Le Récap’ des européennes] Les nominations aux postes clés de l’UE toujours dans l’impasse



Actualité


21.06.2019

Steven Kakon & Boran Tobelem

Impossible à l’heure actuelle pour les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE de se mettre d’accord sur les personnes à nommer aux principaux postes dans les institutions européennes. Au Parlement européen, de nouvelles figures émergent. Et en France, les européennes continuent de rebattre les cartes du jeu politique, avec les municipales en ligne de mire.

Les présidents de la Commission et Conseil européens Jean-Claude Juncker et Donald Tusk après le dîner des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE le 20 juin - Crédits : Dario Pignatelli / Conseil européen

Les présidents de la Commission et Conseil européens Jean-Claude Juncker et Donald Tusk après le dîner des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE le 20 juin – Crédits : Dario Pignatelli / Conseil européen

Impasse au Conseil européen

Il est souvent plus rapide d’élire un nouveau pape que de s’entendre sur ces postes particuliers“, a constaté le Premier ministre irlandais Leo Varadkar en arrivant au dîner réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE jeudi 20 juin. Et effectivement, après un premier sommet informel le 28 mai au lendemain des élections européennes, celui d’hier n’a permis de dégager aucun nom pour occuper les cinq postes clés des institutions européennes à pourvoir (présidences de la Commission européenne, du Conseil européen, du Parlement européen et de la Banque centrale européenne ainsi que Haut représentant pour les Affaires étrangères).

Seule avancée, si l’on peut dire, l’élimination probable de plusieurs des noms jusque-là entendus. Nous avons constaté qu’il n’y a pas de majorité pour aucun des candidats têtes de listes ni au Conseil, ni au Parlement, a ainsi déclaré le Polonais Donald Tusk, actuel président du Conseil. Exit donc le conservateur allemand Manfred Weber, le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans, voire la libérale danoise Margrethe Vestager, qui avait fini par s’afficher comme candidate à la présidence de la Commission à la fin de la campagne pour les européennes ? Le matin même, les chefs des groupes socialiste et centriste avaient déjà fait part de leur refus de voter pour Manfred Weber, le chef de file (“Spitzenkandidat“) de la droite conservatrice (PPE), si jamais celui-ci était proposé par les chefs d’Etat et de gouvernement pour le poste de président de la Commission européenne.

Manfred Weber - Crédits : Michael Lucan / Wikimedia CommonsManfred Weber – Crédits : Michael Lucan / Wikimedia Commons

Postes clés de l’UE : les Vingt-Huit se séparent sans accord mais avec une nouvelle date

Un prochain sommet européen est à cet égard prévu le 30 juin, deux jours avant que le Parlement européen n’élise normalement son président. Dix jours suffiront-ils aux chefs d’Etat et de gouvernement pour surmonter les blocages ?

 

Au Parlement européen, de nouvelles têtes émergent

Les partis continuent de s’organiser au sein de leurs groupes respectifs dans l’hémicycle européen. Cette semaine, de nouveaux présidents de groupe ont été désignés : le Roumain Dacian Ciolos pour “Renew Europe” (RE), ex-Alliance des démocrates et libéraux européens (ADLE), et l’Espagnole Iratxe Garcia Perez pour les Socialistes et démocrates (S&D).

En ce qui concerne le premier, sa nomination mercredi 19 juin était peu prévisible. Dacian Ciolos, agroéconomiste, ex-Premier ministre roumain et ancien commissaire européen à l’Agriculture, anciennement proche des conservateurs avant de se “recentrer”, est surnommé par certains le “Macron roumain”. Mais c’était l’ex-tête de la liste “Renaissance” aux élections européennes en France, Nathalie Loiseau, qui était il y a peu assurée d’obtenir la présidence du troisième groupe (108 membres) au Parlement européen dans lequel elle préside une délégation française forte de 21 députés. C’était sans compter ses propos, tenus en off mais qui ont fuité dans la presse, à travers lesquels elle s’en est violemment prise à ses collègues centristes européens…

A quoi ressemble le nouveau Parlement européen ?

L’ex ministre française des Affaires européennes a depuis renoncé à ce poste, après ordre d’Emmanuel Macron, selon les informations de Libération. Et ainsi ouvert la voie à Dacian Ciolos, élu avec le soutien d’environ 60 % des membres du groupe centriste. La Néerlandaise Sophie in’t Veld, qui a recueilli 40 % des suffrages, prônait une ligne plus “nordique”, et notamment une large ouverture économique et sociétale. L’une des vice-présidences du groupe revient tout de même à l’eurodéputé français Dominique Riquet.

Du côté des sociaux-démocrates, c’est donc l’Espagnole Iratxe Garcia Perez qui a pris la tête du deuxième groupe (153 membres) de l’assemblée européenne. Travailleuse sociale de formation, eurodéputée depuis 20 ans, réputée proche de l’actuel Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, Mme Garcia Perez était seule en lice pour assurer la présidence du groupe S&D au Parlement européen. L’ancien chef du groupe, l’Allemand Udo Bullmann, a en effet renoncé à se présenter à sa succession. “En ce moment, dans le débat sur les postes à responsabilité au sein du groupe S&D, il semble que les intérêts nationaux priment sur le contenu et la vision sur l’avenir“, a fait savoir dans un communiqué son service de presse pour expliquer sa décision, sans préciser davantage.

 

France : après les européennes, les municipales en ligne de mire

Moins d’un mois après les européennes, La République en marche continue de placer ses pions pour les élections municipales de mars 2020. Le parti, qui ne dispose pour l’heure d’aucun élu local, a présenté lundi 17 juin sa première fournée de candidats dans 19 communes. Cherchant à attirer les électeurs de centre-droit, LaREM tourne son regard vers les maires affiliés aux Républicains (LR), dont nombreux sont devenus “Macron-compatibles” depuis la déroute de leur parti aux européennes… Une stratégie qui vise aussi à “sanctionner” ceux qui, à l’instar du maire de Reims Arnaud Robinet, ont activement mené campagne pour la liste portée par François-Xavier Bellamy. Comment ? En investissant dans leurs villes des candidats macronistes concurrents.

Côté RN, dont l’ex-tête de liste aux européennes Jordan Bardella a récemment été nommé vice-président du parti, on se met aussi en mouvement pour la prochaine échéance électorale. Depuis La Rochelle, le parti, qui a réuni son conseil national le weekend du 16-17 juin, a peaufiné sa stratégie. Objectif : conserver les villes gagnées en 2014 comme Fréjus dans le Var ou Hénin-Beaumont dans le Nord… et gagner les communes autour de celles qui ont largement voté RN aux européennes de 2019. Mais si la liste RN est certes parvenue à dépasser la barre des 30 % à Toulon, Dunkerque et Perpignan en mai dernier, le défi reste majeur pour le RN. Le scrutin municipal, majoritaire à deux tours avec une dose de proportionnelle, ne relève pas de la même logique.

Jordan Bardella - Crédits : compte Facebook @JordanBardellaJordan Bardella – Crédits : compte Facebook @JordanBardella

Tout comme les marcheurs, le RN mise sur la débâcle de LR pour conquérir les villes. Quitte à instaurer un rapport de force avec les élus Républicains, dorénavant pris entre deux feux. Soit ils rallient le RN, soit ils disparaîtront”, prédit en ce sens un proche de Marine Le Pen, cité par Les Echos. Le ralliement, c’est clairement l’objectif de Thierry Mariani, ancien ministre sous Nicolas Sarkozy élu au Parlement européen sous la bannière RN, qui part à la chasse aux cadres LR. Pour ce faire, il compte relancer en septembre son courant de la Droite populaire en “satellite” du RN afin d’y attirer et militants et responsables de son ancien parti.

Après le succès des européennes, Marine Le Pen se retrouve cependant face à de nouvelles difficultés. Et notamment dans l’affaire des assistants parlementaires européens : des SMS et mails viendraient accréditer la thèse des enquêteurs, selon laquelle le parti aurait mis en place “un système” lui permettant d’utiliser frauduleusement les fonds du Parlement européen.

Quant aux Républicains, ils devront se reconstruire sans Nicolas Sarkozy, qui a balayé vendredi 14 juin le scénario d’un retour à la tête du parti, pourtant clamé par certaines voix.   

Les Verts, eux, forts de 13,5 % des voix aux européennes, préfèrent toujours cheminer seuls, sans l’étiquette de gauche, et surtout sans leurs anciens partenaires. Pour Sandra Regol, porte-parole d’EELV, les formations de gauche sont encore “très productivistes“.

A l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon a admis que la “suite du combat” s’annonçait “dans des conditions très dures” pour son parti, affaibli par son score aux européennes. Tirant les leçons du scrutin, des personnalités proches de LFI ainsi que d’anciens cadres du mouvement ont publié une tribune dans le JDD appelant à un “ample mouvement citoyen“.

 

Et aussi…

Les autorités de l’UE affirment avoir détecté une forte activité de désinformation russe pendant les élections européennes. Un rapport publié vendredi 14 juin par la Commission européenne indique que “les éléments de preuve recueillis ont révélé une activité de désinformation continue et soutenue de la part de sources russes visant à limiter la participation électorale et à influencer les préférences des électeurs“. Le document n’identifie pas pour autant clairement les auteurs de ces attaques en ligne contre la démocratie dans l’UE, et par conséquent leur degré de proximité avec le Kremlin. D’après le rapport, il y a eu “une tendance constante de la part de ces acteurs malveillants à utiliser la désinformation pour promouvoir des points de vue extrêmes et polariser les débats locaux, y compris par des attaques sans fondement contre l’UE“.

L’ex-vice-chancelier d’Autriche et leader d’extrême droite Heinz-Christian Strache renonce à son mandat de député européen. Un choix conforme aux souhaits de la direction de son parti d’extrême droite autrichien FPÖ après la révélation de l'”Ibizagate”, une vidéo montrant l’Autrichien se faisant corrompre par une personne déclarant être la nièce d’un oligarque russe. Le FPÖ était embarrassé par le choix des électeurs du pays, qui ont donné un mandat européen à M. Strache alors que celui-ci a quitté ses fonctions gouvernementales et politiques quelques jours avant le scrutin européen. L’ancien chef du FPÖ ne figurait pourtant qu’à la 42ème et dernière place de la liste d’extrême droite, mais le système électoral autrichien permet aux électeurs de favoriser particulièrement des candidats de chaque liste.

 

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