[Le Récap’ des européennes] Le premier débat télévisé lance la campagne

Un article publié par notre partenaire Toute l’Europe


Cette semaine dans la campagne : premier débat télévisé sur France 2 le 4 avril, une émigration qui inquiète plus que l’immigration en Europe du Sud et de l’Est, et des sondages toujours dominés par les deux principaux groupes au Parlement européen, la gauche sociale-démocrate et la droite conservatrice.


Benoît Hamon, Nathalie Loiseau et Jordan Bardella, têtes de liste Génération.s, la République en marche et Rassemblement national débattront le jeudi 4 avril sur France 2 – crédits : Génération.s (Facebook) | Conseil de l’Europe | Jordan Bardella (Facebook)

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Coup d’envoi de la campagne sur France 2

Ils étaient douze têtes de liste sur France 2, jeudi 4 avril, pour le premier débat de la campagne pour les élections européennes du 26 mai. Successivement interrogés sur le Brexit, les frontières, les migrations, la gouvernance de l’UE, l’écologie, la fiscalité et les droits sociaux, les candidats ont tenté de présenter leur projet pour l’Europe.

Ce qu’il faut retenir du grand débat des européennes sur France 2

Dès le début, les deux journalistes Thomas Sotto (France 2) et Alexandra Bensaïd (France Inter) lancent les candidats sur le thème du Brexit. Le gouffre qui sépare les partisans de la poursuite du projet européen des plus eurocritiques voire europhobes plante rapidement le décor. Quand une majorité des candidats décrivent le Brexit comme une “catastrophe” à l’instar de Nathalie Loiseau (LaREM), “l’économie britannique ne s’est jamais aussi bien portée“, à en croire Jordan Bardella (Rassemblement national).

Schengen, les frontières et l’immigration ont ensuite fait l’objet d’une longue séquence, divisant les candidats autour de trois tendances : à droite, on rappelle l’importance des “murs” et des “portes” (François Xavier-Bellamy, Les Républicains) tandis que Benoît Hamon (Génération.s) a déploré que le débat soit lancé sur ce sujet, signe selon lui d’une “défaite culturelle” de l’Europe. Pour sa part, Nathalie Loiseau propose le renforcement des frontières extérieures et de l’agence Frontex.

Enfin, l’autre moitié du temps, les candidats se sont écharpés sur les questions fiscales et environnementales. “Il faut plus de budget européen si on veut contrer la Chine, la Russie, les Etats-Unis” et si on veut défendre l’écologie, le social et la recherche, a décliné Yannick Jadot (EELV). Alors que pour Florian Philippot (Les Patriotes), “on tond la laine sur le dos des Français” avec le budget européen.

L’environnement, très présent dans la campagne, a fait l’objet d’échanges moins musclés. Manon Aubry (La France insoumise) a défendu l’idée de passer au tout renouvelable pour 2015, lorsque Benoît Hamon et Yannick Jadot ont tous deux défendu un Green New Deal.

Globalement, l’ambiance s’est révélée plutôt cacophonique et le débat, parfois difficile à suivre. D’une durée d’environ 3 heures, chacun des douze candidats pouvaient donc espérer un temps de parole de dix à douze minutes. Les interventions étaient limitées à 1 minute 30 et les réponses à… 30 secondes. Difficile, dans ces conditions, de maîtriser le débat, obligeant les journalistes à “faire la police” en permanence, produisant à plusieurs reprises un brouhaha inaudible.

Difficile également de déceler un ou plusieurs “vainqueurs”. Le néophyte Jordan Bardella, 23 ans, a paru plutôt à l’aise dans l’exercice, tandis que Nathalie Loiseau a, à plusieurs reprises, tâché de faire preuve d’autorité. Pour les essayistes François-Xavier Bellamy et à plus forte raison encore Raphaël Glucksmann, le baptème du feu n’a pas été de tout repos, révélant leur inexpérience de ce type de joute.

Elections européennes : qui sont les têtes de liste en France ?

Un débat houleux avant même de commencer ! Seuls sept candidats étaient initialement invités à l’émission, jugés représentatifs des électeurs. Ian Brossat  (PCF) et Jean-Christophe Lagarde (UDI) avaient dans un premier temps obtenus leurs cartons d’invitation après avoir protesté. Mais furieux d’être écartés à une heure de grande écoute, Benoît Hamon, tête de la liste Génération.s, Florian Philippot (Les Patriotes) et François Asselineau (UPR), avaient chacun de leur côté saisi le tribunal administratif, arguant du non-respect du principe d'”égalité de traitement“. Lundi 1er avril, le tribunal administratif leur a donné raison. Une décision cassée, quelques heures avant le débat, par le Conseil d’Etat après que France Télévisions a fait appel, dénonçant une “atteinte à la liberté de la presse“.

A l’Est, l’émigration préoccupe plus que l’immigration

Préoccupation principale de Marine Le Pen (RN) ou encore du Premier ministre hongrois Viktor Orban, l’immigration intéresse-t-elle vraiment les Européens ? Si les partis d’extrême-droite et de la droite conservatrice fantasment sur la “vague migratoire” (le nombre de migrants empruntant la route de la Méditerranée est repassé à 23 000 personnes en 2018, le plus bas niveau depuis 2012), d’autres sujets semblent tout autant, voire plus encore inquiéter les Français et leurs voisins.

[Fact checking] Viktor Orban, l’Union européenne et l’immigration : qui dit vrai et qui dit faux ?

Dans le cadre du grand débat national en France, “sur les 116 000 contributions mises en ligne entre le 15 janvier et le 15 mars, seules 2 500 portent sur ce sujet“, note ainsi Le Monde, qui observe un relatif silence de la part des Français sur la question migratoire.

Un sondage mené par l’institut YouGov pour le think tank European Council on Foreign Relations (ECFR) et qui s’intéresse aux préoccupations des Européens à deux mois des élections, montre également que si l’immigration est un sujet d’inquiétude, il est loin d’être le seul. A la question, “quels sont les deux principaux problèmes auquel fait face votre pays ?“, seuls 14 % des sondés européens mettent l’immigration en premier. 23 % la citent parmi les deux principaux défis auxquels l’Europe est confrontée. Mais de nombreux autres sujets sont érigés en priorité : en France, ce sont le pouvoir d’achat (36 %) et le chômage (27 %) qui sont principalement évoqués.

Publié par plusieurs titres de presse (dont The Guardian), l’enquête (réalisée sur un échantillon de 45 000 personnes de 14 pays représentant 80 % du Parlement européen) note aussi que certains pays européens de l’Est et du Sud seraient bien plus préoccupés par l’émigration que par l’immigration. En Espagne, Italie, Hongrie, Grèce, Pologne et Roumanie, on s’inquiète de voir les jeunes diplômés partir chercher de meilleures opportunités ailleurs en Europe, du fait de la crise et des faibles perspectives économiques. En 10 ans, la Hongrie a ainsi perdu 3 % de sa population, de même que la Grèce. Un chiffre qui monte à 6 % pour la Bulgarie et 12 % en Lettonie !

En orange, le pourcentage de sondés qui s’inquiètent de l’émigration, en jaune, de l’immigration, en rouge, des deux et en gris, ne sait pas. Graphique réalisé par The Guardian sur la base des données du sondage YouGov.

Le chômage arrive par ailleurs en deuxième position à l’échelle de l’UE. La corruption, le nationalisme, le terrorisme et le changement climatique comptent aussi parmi les principaux sujets de préoccupation. Quoi qu’il en soit, ceux-ci demeurent fondamentalement différents selon les pays.

Intentions de vote : la droite et les sociaux-démocrates resteraient les principaux groupes au Parlement

Selon les nouvelles projections du Parlement européen, basées sur des sondages nationaux, le Parti populaire européen (PPE, droite conservatrice) et le groupe des Socialistes et démocrates (S&D, centre-gauche) arrivent toujours largement en tête des intentions de votes à l’échelle de l’UE. Ils obtiendraient respectivement 188 et 142 sièges sur 705, soit une progression de 7 sièges chacun par rapport à la projection de février.

Par rapport à la précédente projection, le Parti démocrate italien (S&D) reprendrait notamment 4 sièges au Mouvement 5 étoiles et à La Ligue.

Les deux principaux groupes de l’hémicycle demeureraient ainsi largement en tête devant les libéraux de l’ADLE, qui obtiendraient 72 sièges. Le cabinet Kantar Public, qui a mené l’étude, a néanmoins fait le choix de placer les 23 sièges potentiels de La République en marche dans “Autres”, la tête de liste Nathalie Loiseau n’ayant pas confirmé que les élus de LaREM intégreraient l’ADLE.

La victoire du PPE et du S&D au Parlement européen serait toutefois en demie teinte, puisque les deux partis perdraient respectivement 29 et 44 sièges par rapport à la composition actuelle de l’hémicycle. Et ce au profit du groupe d’extrême-droite Europe des nations et des libertés (ENL), qui progresserait de 24 sièges avec 61 eurodéputés.

Si le centre de l’hémicycle devrait faire un bon score, les partis nationalistes et eurosceptiques de droite seraient susceptibles, au final, de revendiquer 30 % des sièges de la nouvelle assemblée, selon une analyse de EU Observer, ce qui pourrait “rendre difficile pour le Parlement de condamner les violations aux libertés civiles à l’avenir“, constatées dans certains Etats membres.

Aux Pays-Bas, le FvD (Forum pour la démocratie, nationaliste) obtiendrait à présent 4 sièges après une forte progression dans les sondages.

Evolution des sièges au Parlement européen selon les estimations de Kantar Public. En gris clair, le Parlement actuel et en couleurs, les projections. LaREM n’est pas inclu dans le groupe des libéraux mais dans “Autres”.

Côté français, où l’institut de sondage Ifop évalue désormais les intentions de vote en continu, aucun changement majeur n’est pour l’instant à noter : LaREM et le RN arriveraient toujours en tête avec respectivement 23 % et 20,5 % des voix. Viendraient ensuite, loin derrière, Les Républicains (13,5 %), La France insoumise (8,5 %), Europe Ecologie – Les Verts (8 %) puis les listes PS-Place Publique et Debout la France qui rassemblent chacune 5,5 %. Pour autant, seuls 63 % des électeurs sondés seraient sûrs de leur choix, un chiffre qui va de 54 % pour les électeurs de LFI, à 83 % pour les électeurs du RN.

Et aussi…

Les militants socialistes approuvent la liste “PP-PS”, Hamon dévoile son projet. Malgré quelques voix divergentes concernant l’alliance avec Place publique (PP), les militants du Parti socialiste (PS) ont validé à plus de 80 %, mardi 2 avril, la liste présentée par le premier secrétaire Olivier Faure. Celle-ci sera bien menée par l’essayiste Raphaël Glucksmann, suivi de l’eurodéputée sortante Sylvie Guillaume (PS). La campagne sera lancée samedi à Toulouse lors d’un grand meeting. Pour se démarquer d’EELV et de LaREM, Olivier Faure refuse de “penser l’environnement sans le social et inversement comme le fait Emmanuel Macron” et veut, contre ce qu’il perçoit du programme de Yannick Jadot, questionner les excès du libéralisme à travers la question écologique, a-t-il expliqué dans un entretien au Point.

De son côté, Benoît Hamon a présenté sa liste “Vive l’Europe libre” et son projet le 3 avril lors d’un meeting à Paris. Le chef de file de Génération.s mènera la liste, avec la championne du monde de kickboxing et transfuge de LFI Sarah Soilihi en seconde position. Viennent ensuite les sortants Guillaume Balas et Isabelle Thomas, qui retourneront à Strasbourg si Génération.s atteint 5 % dans les urnes. Aujourd’hui crédité de 3 à 4 % des intentions de vote, le parti envisagerait toujours de s’allier avec les communistes (crédités à 2,5 % des voix) : selon des informations de Libération, Benoît Hamon et Fabien Roussel, le premier secrétaire du PCF, se sont rencontrés cette semaine.

Lancement de la campagne LREM lors d’un meeting à Aubervilliers. La République en marche a lancé sa campagne pour les européennes à Aubervilliers, le 30 mars. Les principaux candidats se sont succédé au micro, tentant de mettre en avant l’unité de leur liste. Une mission parfois complexe étant donnée l’hétérogénéité des candidats qui la composent. Entre les transfuges d’EELV (Pascal Canfin et le sortant Pascal Durand, en positions éligibles) et l’ancien patron des Jeunes agriculteurs Jeremy Decerle, les positions sur le glyphosate ou la réforme de la PAC divergent quelque peu…

Par ailleurs, la tête de liste Nathalie Loiseau a été remplacée le 31 mars à son poste de ministre des Affaires européennes. C’est Amélie de Montchalin, nommée secrétaire d’Etat en charge des Affaires européennes, qui lui succède.

Le RN et LFI font un appel aux électeurs pour financer leur campagne. Faute d’avoir obtenu les emprunts nécessaires, La France insoumise a lancé le 31 mars un “emprunt populaire” pour financer sa campagne. LFI demande aux sympathisants et militants de leur prêter de l’argent (pour un montant minimum de 400 €) qu’ils s’engagent à rembourser “une fois que la campagne sera terminée et qu’on aura reçu le remboursement de l’Etat“, explique la tête de liste Manon Aubry. Le 2 avril, LFI aurait déjà réussi à rassembler un million d’euros.

Le Rassemblement national (RN) opte pour la même stratégie deux jours plus tard. Selon la tête de liste Jordan Bardella, “depuis un certain nombres d’années, le système bancaire refuse de prêter aux partis politiques“. Nombreux sont effectivement les partis ayant du mal à accéder aux prêts bancaires, même lorsque les sondages leur sont favorables. En effet, explique La Croix, au-delà des problèmes d’endettement, les différents scandales ont entaché leur image, “au rang desquels l’invalidation des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy“. Par ailleurs, les banques craignent qu’on ne leur reproche de favoriser un parti en particulier, selon l’économiste Julia Cagé interrogée par le quotidien.

Lutte ouvrière lance sa campagne “contre le grand capital, le camp des travailleurs”. Vendredi 29 mars, la tête de la liste Lutte ouvrière Nathalie Arthaud et son colistier Jean-Pierre Mercier ont officiellement lancé leur campagne pour les européennes. LO a décidé de faire cavalier seul début décembre et refusé une alliance avec le Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Objectif : “centrer la campagne sur le camp des travailleurs” et ne pas s’éparpiller sur d’autres combats écologistes ou sociétaux. “Notre campagne ne consistera pas à dénoncer les traités européens ou les institutions européennes, mais le grand capital“, a expliqué l’agrégée d’économie. La liste intitulée “Contre le grand capital, le camp des travailleurs” est pour l’instant créditée de 1 % des intentions de vote. Les trotskistes ont reçu le soutien du NPA, qui a finalement renoncé à mener sa propre campagne faute de moyens financiers, selon le communiqué diffusé le 26 mars par le parti. Une première depuis sa création en 2009.

Fake news : Twitter censure une campagne du gouvernement français, Facebook lance un dispositif contre les ingérences. De son côté, Facebook a lancé un dispositif de transparence publicitaire contre les tentatives de manipulation des puissances étrangères à l’approche des élections européennes. Présenté par Mark Zuckerberg mardi depuis Dublin, il prévoit notamment qu’une campagne de publicité devra être effectuée depuis le pays de l’annonceur et que les informations sur les publicités électorales seront accessibles aux utilisateurs. Le dirigeant a toutefois souligné qu’il ne pouvait pas “garantir” d’avoir “résolu le problème” dans un monde “où des États-nations essaient de s’ingérer dans les élections étrangères.”

Par ailleurs, la campagne “Oui je vote”, coordonnée par le Service d’information du gouvernement (SIG) pour inciter à s’inscrire sur les listes électorales, a été censurée par Twitter. Et cela au nom du respect de la loi “relative à la manipulation de l’information” promulguée en décembre dernier… Pour éviter les manipulations d’opinion, celle-ci prévoit que l’identité des financeurs et les montants payés pour diffuser la publicité soient notifiés sur un registre public en ligne.

Enfin, la Commission européenne a relancé sa campagne de communication Les Décodeurs de l’Europe. Le site internet propose de “rendre plus accessible et plus réactif le décryptage des idées reçues ou des mythes pour l’Europe“. Une initiative toutefois fraîchement accueillie par certains journalistes dont ceux des Décodeurs du Monde : “Sur des sujets comme l’évasion fiscale, il est évident qu’ils n’ont aucune espèce d’esprit critique alors que l’indolence de l’UE sur le sujet est amplement prouvée“, a notamment souligné sur Twitter le rédacteur en chef Samuel Laurent.