[Le Récap des européennes] Emmanuel Macron donne un coup d’accélérateur à son camp



Actualité


07.03.2019

Marie Guitton

Au cœur de la campagne cette semaine : Emmanuel Macron avance de premières idées concrètes pour LaREM, tandis que Les Républicains dévoilent leurs candidats éligibles. Entrerait-on, enfin, dans le vif du sujet ? Les écologistes ont eux aussi lancé leur campagne à l’échelle européenne, tandis que Yannick Jadot recevait en France une volée de bois vert…

Emmanuel Macron entre en campagne et esquisse un programme

Le 5 mars, Emmanuel Macron a publié une longue tribune dans la presse régionale française, relayée par plusieurs journaux européens. Le chef de l’Etat annonce ainsi son entrée en campagne pour les élections européennes, et confirme sa volonté de rassembler, au-delà des frontières, un camp pro-européen fort qui pèsera au centre de l’hémicycle strasbourgeois.

Y parviendra-t-il ? Le programme de la majorité en vue des européennes de mai ne sera précisé qu’en avril, mais le chef de l’Etat esquisse de premiers axes.

Il souhaite, d’abord, s’attaquer aux sources de déstabilisations des processus électoraux, à la désinformation, aux discours de haine et au financement des partis politiques européens par des puissances étrangères. Alors que la réforme européenne de la politique migratoire piétine toujours, il propose aussi une remise “à plat de l’espace Schengen“, la création d’une police des frontières commune aux Etats membres et d’un office européen de l’asile.

Sur le plan commercial, il défend l’idée d’une “juste concurrence“, synonyme selon lui d’une “préférence européenne” pour faire face aux géants américains et chinois dans les secteurs stratégiques. Côté climat et santé publique, Emmanuel Macron propose une “Banque européenne du climat pour financer la transition écologique“, une “force sanitaire européenne” pour renforcer la surveillance des aliments et la mise en place d'”une évaluation scientifique indépendante des substances dangereuses“.

Dans cette tribune, le chef de l’Etat n’utilise plus directement son ancien leitmotiv du “progressisme” contre le “nationalisme”. Mais ses espoirs de s’imposer par-delà les frontières en leader du camp libéral et pro-européen restent entiers. En témoigne le site de campagne de LaREM, mis en ligne jeudi 7 mars sous le nom de “Renaissance”, et traduit en 24 langues.

Yannick Jadot, tête de liste d’Europe Ecologie-les Verts (EELV), et Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, ont tous deux dénoncé de simples “paroles” déconnectées des actions du chef de l’Etat à Bruxelles et à l’échelle nationale, notamment sur les pesticides, l’accueil des réfugiés ou les droits sociaux.

Mais d’autres réactions ont été bien plus positives. Ségolène Royal a ainsi applaudi “en toute franchise” la tribune du chef de l’Etat, un texte “à la fois bienvenu, rassembleur et imaginatif“. “C’est ma famille politique qui aurait dû l’écrire“, a aussi reconnu Jean-François Copé, l’ancien patron de l’UMP qui affirme n’avoir “pas encore” fait son choix pour les européennes.

L’ancien Premier ministre UMP Jean-Pierre Raffarin a, lui, déjà annoncé son ralliement à La République en marche (LaREM). Tout comme l’eurodéputé écologiste Pascal Durand. Regrettant le “repli identitaire” de son propre groupe politique, il a confirmé qu’il était désormais “prêt” à rejoindre la liste de la majorité, déjà élargie au Modem et au mouvement de centre-droit Agir, du ministre de la Culture Franck Riester.

Le premier meeting du parti aura lieu à Paris le 30 mars. La tête de la liste LaREM devrait enfin être connue à cette occasion. Pour l’heure, les noms de la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, de sa consœur aux Affaires européennes Nathalie Loiseau, voire de Michel Barnier, le négociateur en chef du Brexit, circulent toujours. Alors qui portera le programme présidentiel ? Quoi qu’il en soit, Marine Le Pen se félicite déjà d’une “victoire idéologique” de son parti, qui aurait réussi à imposer ses thèmes de prédilection – la sécurité, le protectionnisme et l’immigration – dans la campagne à venir.

Les Républicains complètent leur liste droitière

Les Républicains ont fait, quant à eux, trois pas en avant et un pas en arrière cette semaine.

Tandis qu’un programme doit être formalisé par le Conseil national du parti le 16 mars, LR a officialisé mercredi 6 mars les 23 candidats suivant son trio de tête pour les européennes.

Les eurodéputés sortants Geoffroy Didier, Anne Sander, Franck Proust, Alain Cadec et Angélique Delahaye retentent leur chance, bien que tous ne soient pas en position éligibles sur la liste. Sans surprise, leurs collègues et anciens ministres Nadine Morano et Brice Hortefeux ont par contre été investis en 4e et 5e positions, juste après la tête de liste François-Xavier Bellamy, adjoint au maire de Versailles, et ses numéros deux et trois : Agnès Evren, vice-présidente du Conseil général d’Île-de-France, et Arnaud Danjean, eurodéputé sortant. Le sarkozyste Frédéric Péchenard, ancien directeur général de la police nationale, a lui aussi obtenu une position éligible, la 9e place.  

Mais malgré l’élargissement de la liste LR à deux candidates des Centristes d’Hervé Morin, ce tableau très droitier et conservateur ne convainc pas toute la famille. Au-delà des transfuges déjà passés à LaREM, la maire de Morlaix Agnès Le Brun et l’ancienne députée Marie-Jo Zimmermann ont quitté Les Républicains de Laurent Wauquiez cette semaine, estimant ne plus s’y reconnaître.

Déjà, Rachida Dati, maire du 7e arrondissement de Paris et eurodéputée sortante, avait confié ne pas partager la position – “personnelle” mais bien connue – de François-Xavier Bellamy contre le droit à l’avortement. Mais ce sont ses espoirs de ravir la mairie de Paris qui l’auraient finalement poussée à ne pas se représenter au Parlement européen. L’eurodéputée et ancienne ministre Michèle Alliot-Marie, sous le coup d’une mise en examen pour “prise illégale d’intérêt“, se retire également. Ainsi que le sortant Philippe Juvin, qui avait postulé pour être tête de liste.

Yannick Jadot sème la zizanie à gauche

A gauche, c’est une interview de Yannick Jadot parue dans Le Point qui a fait le plus parler d’elle cette semaine. Alors que la tête de liste d’EELV a fermé la porte à toute possibilité d’alliance avec les partis de gauche sur le plan national, l’eurodéputé a affirmé le 1er mars que le groupe des Verts au Parlement européen pourrait “poser [ses] conditions à un contrat de gouvernement” avec la droite (PPE), les libéraux (ADLE) et les sociaux-démocrates (S&D).

Si on nous propose un programme qui améliore substantiellement le fonctionnement de l’Union et les politiques européennes, alors, les Verts y apporteront leur soutien“, justifie-t-il.

Retour à l’économie de marché !“, s’est emporté Jean-Luc Mélenchon, et avec lui la France insoumise, déplorant que Yannick Jadot défende des positions “libérales“. Mais ce dernier l’assume, au nom du “pragmatisme“, tout en appelant dans son manifeste “Aujourd’hui, tout commence !” à une Europe “enfin démocratique, écologique et solidaire“.

Le candidat avait également estimé que Michel Barnier, dont le nom circule par ailleurs pour remplacer Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne, a “démontré sa compétence“.

Mais face au tollé, il a rétropédalé en précisant à l’AFP qu’EELV ne “fera pas partie d’une coalition avec le PPE”, et que les Verts ont bien leurs propres Spitzenkandidaten à la tête de la Commission européenne.

 

Et pendant ce temps…

  • Jordan Bardella, la tête de liste du Rassemblement national préparerait avec d’autres partis de la droite populiste européenne un meeting des “jeunes qui construisent l’Europe de demain“.
    Le 29 mars à Rome, la Ligue de Matteo Salvini, l’AFD allemande, le FPÖ autrichien ou encore le PiS polonais devraient être aux côtés du RN. Mais aussi Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine, qui a toujours pris soin jusque-là de minimiser son implication dans les campagnes européennes. Mercredi 6 mars, le premier ministre russe Dmitri Medvedev a d’ailleurs qualifié de “paranoïa aberrante” les soupçons d’ingérence et de tentatives de déstabilisation du scrutin européen par la Russie.
  • Jean Lassalle, le député non-inscrit des Pyrénées-Atlantiques, a également déclaré cette semaine qu’il formerait sa liste pour les européennes s’il parvenait à réunir les financements nécessaires.
  • De même, Christophe Chalençon, une figure controversée des gilets jaunes qui avait rencontré le leader populiste italien Luigi di Maio (M5S) début février, a annoncé vouloir participer à ce scrutin sous la bannière d’une éventuelle liste intitulée “Évolution citoyenne“.

 

Ailleurs en Europe : le défi des Verts et les racines bavaroises de Manfred Weber

Le Parti vert européen, emmené par les chefs de file (Spitzenkandidaten) Ska Keller et Bas Eickhout, a lui aussi lancé officiellement sa campagne mercredi 6 mars. Alors que le changement climatique compte parmi les principales préoccupations des citoyens sondés par les derniers Eurobaromètres, le groupe des Verts/ALE ne parviendrait pourtant pas à dépasser la barre des 7% des sièges au Parlement européen, selon les dernières projections.

“Dans certains pays comme la Pologne, la conscience écologiste ne fait qu’émerger. Il n’y a pas de parti écologiste dans ce pays comme en Italie ou en Espagne (si on excepte la Catalogne). En tout, ça fait 145 millions d’habitants”, explique notamment l’eurodéputé belge Philippe Lamberts à La Croix.

A quoi ressemblera le futur Parlement européen

Le défi est grand, aussi, pour Manfred Weber, le Spitzenkandidat du PPE qui espère succéder à Jean-Claude Juncker. Bien que l’Allemand ait été choisi par son groupe pour mener la campagne des européennes, le charismatique et consensuel Michel Barnier reste un concurrent de taille à la présidence de la Commission européenne. Pour améliorer son capital sympathie, le “technocrate bruxellois” a donc fait valoir ses racines bavaroises cette semaine, en menant une campagne festive auprès des militants de la CSU, sur fond de musique traditionnelle, litres de bière, bretzels et petits pains ronds garnis de charcuterie ou de harengs.

Qui sont les candidats à la présidence de la Commission européenne ?

Dans un cadre plus officiel, le chef de file de la droite européenne a par ailleurs confirmé que “toutes les options étaient sur la table” concernant le Fidesz, le parti du Premier ministre hongrois Viktor Orban. Plusieurs formations du PPE ont réclamé son exclusion du parti européen à la suite d’une campagne d’affichage diffusant de nombreuses fake news sur l’UE et les migrants. Un vote devrait avoir lieu le 20 mars prochain. Pour autant, la procédure est loin de faire l’unanimité, Viktor Orban ayant notamment reçu le soutien des Républicains français en début de semaine. La position de la droite allemande (CDU-CSU) sera donc déterminante.

[Fact checking] Viktor Orban, l’immigration et l’Union européenne

 

 

 



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