[Le Récap’ des européennes] Brexit, salaire minimum, famille : trois thèmes qui agitent la campagne



Actualité


18.04.2019

Steven Kakon & Boran Tobelem

Dans la campagne cette semaine : la participation du Royaume-Uni se fait de plus en plus probable et Nigel Farage y caracole en tête des sondages avec son nouveau Brexit Party. En France, les droits sociaux ont été au cœur des débats, malgré une interruption temporaire après l’émotion suscitée par l’incendie de Notre-Dame. A l’Est, les populistes misent sur la défense de la famille traditionnelle.

Nigel Farage, l'incendie de Notre-Dame et Viktor Orbán - Crédits : Gage Skidmore / Flickr | Milliped / Wikimedia Commons | Parti populaire européen / Flickr

Nigel Farage, l’incendie de Notre-Dame et Viktor Orbán – Crédits : Gage Skidmore / Flickr | Milliped / Wikimedia Commons | Parti populaire européen / Flickr

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Au Royaume-Uni, les partis entrent en lice pour les européennes

La participation du Royaume-Uni aux élections européennes se confirme. D’ici au 23 mai, le jour du vote outre-Manche, seule une ratification par la chambre des Communes de l’accord sur le Brexit, déjà rejeté trois fois par les parlementaires britanniques, arrêterait le processus.

Mais ce scénario est, pour l’heure, très improbable, les pourparlers transpartisans entre la Première ministre Theresa May et le leader travailliste Jeremy Corbyn n’ayant pas progressé, achoppant notamment sur la mise en place d’une union douanière permanente avec l’UE, soutenue par le second. Et les partis politiques britanniques semblent l’avoir bien compris.

Nigel Farage - Crédits : Gage Skidmore / FlickrC’est notamment le cas de Nigel Farage (photo ci-contre), ex-leader du parti europhobe Ukip (en tête aux élections européennes de 2014), qu’il avait quitté en 2018 le jugeant trop proche de l’extrême droite. Le 12 avril 2019, il a officiellement lancé sa nouvelle formation politique dans la course : le Brexit Party, créé en janvier. Le parti milite pour une sortie du Royaume-Uni sans accord et invite les nombreux déçus de la gestion du Brexit par le gouvernement conservateur à mener une “révolution politique pacifique“.

Le 13 avril, dès le lendemain du lancement de sa campagne, la formation europhobe jouissait déjà d’une importante popularité dans le premier sondage YouGov/Times, avec 15 % des intentions de vote, à la troisième place juste après le Parti conservateur (16 %) et les travaillistes (24 %).

Très sûr de lui, Nigel Farage avait alors parié 1 000 livres (environ 1 150 euros) chez un bookmaker, sur le fait qu’il décrocherait la première place le 23 mai… Et le 17 avril, c’est bien ce que lui prédit le nouveau sondage de YouGov : en quatre jours, le Brexit Party s’est hissé à la première place des intentions de vote, avec 27 % des voix contre 22 % pour le Labour, 15 % pour les Tories et 10 % pour les écologistes. Le Ukip, quant à lui, qui avait mené la campagne du leave en 2016, chute à 7 % dans le dernier sondage.

[Revue de presse] Européennes : Nigel Farage, le “sauveur du Brexit”, favori des sondages britanniques

A l’opposé du spectre politique, les partisans du Remain s’organisent eux aussi. Le “Groupe indépendant”, un groupe parlementaire à la chambre des Communes formé en février par 11 anciens députés travaillistes et conservateurs, est officiellement devenu un parti politique cette semaine : Change UK. Alors qu’il défend l’organisation d’un second référendum, il recueille actuellement 6 % des intentions de vote, selon le dernier sondage YouGov.

Du côté des partis traditionnels, le Parti travailliste dominerait donc largement le Parti conservateur de Theresa May, qui pâtirait d’un vote “anti-establishment“, selon les termes de Bernard Cros, maître de conférences à l’Université Paris-Nanterre en civilisation britannique, interrogé par La Croix. Mais la campagne ne fait que commencer…

Les institutions européennes, de leur côté, pourraient être affectées politiquement si le vote pro-Brexit l’emportait à nouveau outre-Manche. Surtout, elles pourraient être ébranlées juridiquement si la participation britannique au scrutin venait à se confirmer. En effet, selon Alberto Alemanno, professeur de droit européen à HEC Paris, tous les futurs eurodéputés pourraient légalement arguer que les traités leur assurent un mandat de cinq ans, pas plus, pas moins. Même si le Brexit avait bien lieu d’ici au 31 octobre, les parlementaires européens du Royaume-Uni pourraient donc théoriquement exiger de siéger jusqu’à la fin de leur mandat… en 2024 !

De même, les 27 futurs eurodéputés censés remplacer une partie des élus britanniques après le Brexit (en prévision du Brexit, certains sièges britanniques ont été redistribués à d’autres Etats membres), pourraient demander à participer dès la première session du futur Parlement européen le 2 juillet, aux côtés des eurodéputés britanniques. Ce qui porterait le nombre total de députés européens à… 778.

Malgré les récentes paroles se voulant rassurantes du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et de celui du Conseil européen Donald Tusk, l’ancien Premier ministre belge et chef des libéraux dans l’hémicycle européen Guy Verhofstadt craint donc que la participation des Britanniques aux européennes “apporte le chaos du Brexit au sein de l’UE“. Ambiance…

 

En France, la campagne bat son plein

Les candidats aux européennes parviendront-ils à mobiliser les foules ? A quelques semaines de l’échéance du 26 mai, une forte abstention se fait redouter, notamment chez les jeunes. Le dernier baromètre réalisé par BVA indique en effet que 4 Français sur 10 sont dans l’indifférence par rapport au scrutin. Un risque de démobilisation accentué par la concurrence d’une actualité brûlante, depuis la crise des Gilets jaunes jusqu’au feuilleton du grand débat, en passant par le psychodrame européen du Brexit.

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Incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril - Crédits : Milliped / Wikimedia CommonsPar ailleurs, la plupart des formations politiques marquent une pause à la suite de l’incendie de Notre-Dame de Paris. François-Xavier Bellamy des Républicains (LR), dont le parti gagne du terrain dans les sondages, a annulé son déplacement à Nîmes mardi 16 avril, tandis que Nicolas Bay (RN) a déclaré interrompre la campagne pendant 24 heures. La suspension a lieu “jusqu’à nouvel ordre” pour Nathalie Loiseau (LaREM), qui a annulé son meeting prévu jeudi 18 avril à Marseille.

Marine Le Pen aura toutefois eu le temps de présenter, lundi 15 avril à Strasbourg, le programme du Rassemblement national (RN) pour les européennes. Dans ce “manifeste pour une Europe des Nations“, qualifié de “contre-projet européen” par les médias, le parti renonce officiellement au “Frexit” ainsi qu’à la sortie de la zone euro. Et se fait le chantre du concept de “localisme“, dont l’objectif est de “relocalis[er] [l]es activités humaines et privilégier les circuits courts : produire, consommer et retraiter dans un périmètre géographique le plus raisonnable“. Le RN prône également la suppression de la Commission européenne au profit du Conseil européen, c’est-à-dire des gouvernements des Etats membres, et refuse tout SMIC européen.

Ce dernier a en revanche été défendu cette semaine par plusieurs partis, dont La République en Marche (LaREM). La tête de la liste “Renaissance”, Nathalie Loiseau, a en effet proposé d’instituer un salaire minimum européen, dont six pays (l’Autriche, Chypre, le Danemark, la Finlande, l’Italie et la Suède) ne disposent pas actuellement. Celui-ci serait fixé à 50% du salaire médian… contre 75 % du salaire médian pour Manon Aubry (LFI) et 60 % du salaire moyen pour Ian Brossat (PCF) et Benoît Hamon (Génération.s). Ce dernier a alors accusé Nathalie Loiseau de “favoriser demain ce qui pourrait être une remise en cause du smic en France“. Tandis qu’une infox s’est propagée sur les réseaux sociaux, selon laquelle le gouvernement prévoyait de fixer le smic en France à 855 euros par mois. “Nous ne voulons évidemment pas baisser le smic français”, a donc dû préciser la tête de liste de LaREM sur Twitter.

[Fact-checking] Salaire minimum européen : qui propose quoi ?

Peu connue du grand public, Nathalie Loiseau reconnaît un début de campagne légèrement poussif, qui ne lui a pas permis d’insuffler une réelle dynamique. A tel point que LaREM stagne dans les intentions de vote. Le projet d’Emmanuel Macron pour l’Europe suscite également un certain scepticisme outre-Rhin, inquiétant certains membres de la CDU : “Le centralisme européen, l’étatisme européen, la mutualisation des dettes, l’européanisation des systèmes sociaux et du salaire minimum seraient la mauvaise voie“, avait ainsi martelé, mi-mars, la présidente du parti conservateur Annegret Kramp-Karrenbauer.

Mais le mouvement du président français reste toujours favori dans les sondages… et courtisé à Strasbourg. Les deux têtes de listes européennes (“Spitzenkandidaten“) Manfred Weber (PPE) et Frans Timmermans (S&D) ont réclamé un rendez-vous à Nathalie Loiseau. Dans l’hypothèse où le parti serait tenté de rejoindre le groupe libéral ADLE, celle-ci pourrait remplacer son président actuel, le Belge Guy Verhofstadt. L’objectif de cette rencontre ? Discuter des équilibres politiques au sein du prochain parlement.

Depuis lundi, le temps de parole des candidats doit être “équitable” à l’antenne des télévisions et des radios françaises.Toutes les listes en présence doivent être traitées de façon équitable“, rappelle le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qui a détaillé ses recommandations. 29 médias audiovisuels doivent désormais envoyer chaque semaine des relevés du temps de parole de chaque liste qui se déclare candidate aux élections européennes. Les médias et le CSA devront en outre déterminer le poids des listes à partir de leur représentativité, notamment à l’aune des précédents scrutins, mais aussi de leur “capacité à animer la campagne“.

 

A l’Est, les populistes font campagne sur la défense de la famille traditionnelle

En Pologne et en Hongrie, la famille s’érige en thème structurant dans la campagne pour les élections européennes des partis au pouvoir, respectivement Droit et justice (PiS) et le Fidesz.

Du côté de la Pologne, le PiS a dénoncé la signature de la charte de Varsovie par le maire de la ville Rafal Trzaskowski le 18 février, un texte visant à défendre les personnes LGBT. En cause ? La proposition de mettre en place des cours d’éducation sexuelle à l’école, qui a enflammé les membres du PiS.

Dans un meeting, le président du parti Jarosław Kaczyński a ainsi évoqué une “attaque contre les enfants“. Ce dernier, qui se place en défenseur de la famille traditionnelle, dénonce notamment des cours de masturbation et l’apprentissage des relations homosexuelles à l’école, rapporte France Culture. Des arguments totalement infondés, selon les rédacteurs de la charte. S’appuyant sur une rhétorique anti-migrants avant son accession au pouvoir en 2015, le PiS mise donc maintenant sur un discours homophobe dans cette campagne pour les élections européennes. 

Viktor Orbán - Crédits : Parti populaire européen / FlickrEn Hongrie aussi, la famille est sur le devant de la scène. Et le Fidesz du Premier ministre Viktor Orbán (photo ci-contre), lui, mêle des arguments natalistes à sa campagne anti-immigration. “Nous les Hongrois ne voulons pas d’immigrants, nous préférons soutenir les familles hongroises“, affirme ainsi un slogan de campagne diffusé sur les écrans et les murs de tout le pays. Dans un pays souffrant d’un important déclin démographique, le gouvernement hongrois veut encourager les familles nombreuses, en leur promettant, par exemple, des baisses d’impôts.

 

Et aussi…

Michel Barnier, président de la Commission européenne ? Le négociateur en chef du Brexit pour l’UE semble de plus en plus avoir les faveurs de La République en marche pour prendre la tête de la Commission à la suite des élections européennes. Un choix qui s’explique par le fait que le parti présidentiel français, qui n’a pas encore officiellement annoncé quel groupe parlementaire il rejoindra au Parlement européen, ne peut pas présenter son propre candidat (“Spitzenkandidat”) à ce poste. Mais également car la potentielle élection de l’Allemand Manfred Weber (PPE) à la tête de la Commission limiterait le poids des Français dans les institutions au profit de l’Allemagne.

LaREM fait donc le pari qu’aucun Spitzenkandidat officiellement présenté par les groupes parlementaires n’obtiendra le soutien majoritaire du Parlement européen, et que les eurodéputés se tourneront alors vers une figure plus rassembleuse. Pas impossible, mais loin d’être garanti. D’autant qu’avec le report de la sortie du Royaume-Uni de l’UE d’ici au 31 octobre, Michel Barnier n’en a peut-être pas fini avec le Brexit et ne sera pas nécessairement disposé à convoiter la présidence de l’exécutif européen…

L’UE face aux risques de piratage informatique. A l’approche du scrutin, cybersécurité et lutte contre la désinformation sont l’objet de toutes les attentions. Après les perturbations intervenues lors de précédents scrutins, l’ANSSI, le gendarme français de la cybersécurité, recommande aux Etats la vigilance quant à leurs outils numériques. Aux Etats-Unis, des piratages informatiques pilotés par la Russie et accompagnés d’une campagne de désinformation sur internet avaient entaché l’élection présidentielle de 2016. La campagne présidentielle française aurait également été victime d’ingérences russes. La manipulation de l’information est en effet l’une des hantises de l’UE, qui est actuellement en état d’alerte.

Faible mobilisation prévue chez les citoyens européens de l’étranger. Bien que nombreux, les citoyens européens résidant à l’étranger sont peu tentés par le scrutin. En effet, ils sont seulement  8 % à être inscrits sur les listes consulaires. Or, en Suisse par exemple, 1,7 millions de citoyens de l’UE sont appelés aux urnes dimanche 26 mai, soit plus d’électeurs que dans certains pays de l’UE.

L’AfD fait campagne en multipliant les fake news sur les musulmans et les migrants en Allemagne. C’est la stratégie employée par le parti d’extrême droite allemand, lequel instrumentalise depuis deux ans les faits divers qui impliquent des étrangers. Mais sa tactique semble s’essouffler : à 15 % dans les sondages à l’automne dernier, la formation politique n’est plus que créditée de 10 à 11 % des intentions de vote. 

Thomas Guénolé rompt avec LFI. Le politologue a annoncé quitter la liste de La France insoumise. Soumis à une procédure interne pour des faits “pouvant s’apparenter à du harcèlement sexuel“, il dénonce violemment dans un communiqué envoyé le jeudi 18 avril un mouvement politique organisé comme une “dictature” et gouverné “en autocrate” par Jean-Luc Mélenchon.

Le fils de Simone Veil rejoint la liste LaREM. L’avocat Jean Veil, dont la mère était la première présidente du Parlement européen, apparaît sur la liste LaREM depuis la désignation des 49 derniers candidats de la liste, le 15 avril. Ne figurant pas en position éligible, sa présence s’explique par la volonté des macronistes d’en faire un symbole pro-européen de leur campagne.

Faute de moyens, Jean Lassalle jette l’éponge.C’est la première fois que je ne vais pas au bout d’un engagement“, a déclaré le député des Pyrénées-Atlantiques, candidat à la présidentielle de 2017 (1,21 % des voix). Jean Lassalle a dû renoncer à se présenter aux élections européennes, les banques ayant refusé de lui prêter les fonds nécessaires au financement de sa campagne. Selon ses propres termes, elles auraient considéré que le candidat était “à risque, sur le plan du remboursement“.





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