La BCE face à l’épineuse question des hausses de taux – EURACTIV.fr

La Banque centrale européenne devrait mettre l’accent jeudi sur son soutien sans faille à la relance monétaire, consciente que ses déclarations sont attendues face aux récentes tensions sur les taux obligataires et craintes d’un retour de l’inflation.

Depuis la dernière réunion de janvier, le taux d’inflation a grimpé à 0,9% en janvier et février en zone euro, dépassant les attentes. Dans le même temps, les rendements obligataires ont rebondi et la prolongation des mesures anti-Covid dans plusieurs pays a éloigné les perspectives de reprise.

Dans ce contexte, le nouveau jeu de prévisions trimestrielles de la BCE publié jeudi, en servant de base pour son action, sera surveillé de près.

Actuellement de 1,0%, la prévision d’inflation pour 2021 devrait être relevée, tandis que celle d’un PIB se reprenant de 3,9% a du plomb dans l’aile, selon les analystes de Capital economics.

« L’inflation pourrait dépasser 2% au second semestre et nous sommes très curieux de savoir si la BCE partage ce point de vue », note Carsten Brzeski, économiste chez ING.

Statu quo monétaire 

Les experts s’accordent cependant pour voir dans la hausse générale des prix un phénomène transitoire, lié à des facteurs comme le relèvement de la TVA en Allemagne et la reprise de la demande sur fond de réouverture progressive des commerces.

Si la BCE décide de « fermer les yeux » face à ce qu’elle perçoit comme un rebond temporaire de l’inflation, cela pourrait lui valoir « un oeil au beurre noir » car les marchés financiers voient les choses autrement à en juger par l’augmentation récente des rendements obligataires, ajoute M. Brzeski.

Aux Etats-Unis, les peurs d’une inflation galopante, liée à l’imminence d’un redémarrage économique, ont fait surface. Les investisseurs se sont mis à vendre des obligations avec pour conséquence une forte remontée des taux sur le marché.

Avec cette question à la clé : la Banque centrale américaine (Fed) sera-t-elle contrainte de durcir sa politique plus vite qu’attendu ?

En zone euro, où les rendements des emprunts allemands, français ou italiens ont aussi monté, mais dans une moindre mesure, un resserrement prématuré de la politique monétaire n’est pas à prévoir, estime M. Brzeski.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, la BCE a musclé sa réponse pour venir en aide à l’économie et les instruments en place seront, selon toute attente, confirmés lors de cette deuxième réunion de l’année.

Le programme de rachats de dette de son programme d’urgence contre la pandémie (PEPP), devrait toujours porter sur 1.850 milliards d’euros à engager d’ici mars 2022, tandis que des vagues de prêts géants et bon marché aux banques vont se poursuivre et que la BCE va maintenir les taux directeurs à leur plus bas historique.

Préserver les conditions financières 

Plusieurs ténors de la BCE ont récemment clamé que l’institut surveillait de près l’évolution des rendements obligataires.

L’Italien Fabio Panetta, membre du directoire, a été le plus loin en prônant une réponse monétaire plus musclée, établissant même un parallèle avec un tube de l’ex-duo électro Daft Punk : « Harder, better, faster, stronger » (plus dur, meilleur, plus rapide, plus fort).

Concrètement, la BCE pourrait décider jeudi d’augmenter temporairement le rythme hebdomadaire des achats du PEPP, sachant que plus de la moitié de l’enveloppe reste disponible, prévoit Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

Devant la presse à partir de 13H30 GMT, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, pourrait être appelée à préciser jusqu’où l’institution compte aller pour préserver des « conditions financières favorables » jugées à l’aune des rendements obligataires et des taux de crédit bancaire.

Le scénario à éviter pour la BCE : une hausse prononcée des taux obligataires qui renchérirait par ricochet le crédit et freinerait l’investissement, compromettant in fine la reprise de l’économie et la convergence des prix vers l’objectif de hausse « proche de 2% ».

Sans dicter à la Fed ce qu’elle doit faire, l’institution de Francfort aura au moins l’opportunité de « rappeler aux Etats » de la zone euro que « la reprise dépend aussi de leurs efforts de relance », conclut Bruno Cavalier, économiste chez Oddo BHF.

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