Européennes : le débat des « super-candidats » vu d’Europe

Un article publié par notre partenaire Toute l’Europe


Six prétendants à la présidence de la Commission européenne, ou Spitzenkandidaten en jargon bruxellois, ont débattu à Bruxelles mercredi 15 mai. Des échanges qualifiés de courtois par la presse européenne, mais vifs et passionnés sur la question climatique.


Mercredi soir, ils sont six à être venus débattre à Bruxelles. Chacun espérant décrocher le poste de président de la Commission européenne à l’issue des élections du 26 mai : Manfred Weber (PPE), Frans Timmermans (PSE), Jan Zahradil (CRE), Ska Keller (Verts), Nico Cué (GUE) et Margrethe Vestager (ADLE).

Avec ce « grand débat » des Spitzenkandidaten, la campagne pour les européennes a ainsi atteint sa « vitesse de croisière« , estime le quotidien espagnol El País.

Des échanges « courtois« 

Si Ouest-France salue un débat « bien meilleur que nos débats franco-français qui passent, le plus souvent, à côté des enjeux« , L’Opinion tempère, évoquant des échanges « de bonne tenue, courtois et posés. Trop, sans doute, pour passionner les foules« . Au Royaume-Uni, The Financial Times qualifie le débat de « vivant malgré le format« , mais « les candidats à la présidence s’affrontent timidement« , titre également La Croix.

L’Espagnol El Mundo va plus loin encore, considérant que l’évènement « n’a pas été à la hauteur« . Pour le quotidien espagnol, le débat a été avant tout « une succession de monologues » avec peu d’échanges et « peu de matière » pour ceux qui cherchaient à mieux connaître les idées des candidats.

Si ces derniers se sont rejoints dans leur mise en garde contre l’abstention, tel que le remarque le média allemand ZDF, les lignes de fracture étaient toutefois bien présentes, sur la forme comme sur le fond.

Confrontation Weber-Timmermans, Vestager en embuscade

« Le débat a avant tout révélé les frictions croissantes entre conservateurs et socialistes, les deux formations qui contrôlent l’UE depuis 60 ans« , observe ainsi El País.

Les divisions croissantes entre le PPE et le PSE, en recul dans les sondages, joueront-elles en faveur des libéraux, qui occupent une position centriste dans l’hémicycle ? Pour d’autres médias, la figure de l’actuelle commissaire à la Concurrence et candidate de l’ADLE, Margrethe Vestager, émerge. Comme le Tagesschau en Allemagne, qui titre qu’après le débat du 15 mai, « les chances de Vestager augmentent » quant à la conquête de la Commission européenne. La candidate a par ailleurs réussi à faire sourire l’auditoire en définissant les paradis fiscaux comme des lieux « où tout le monde paye des impôts » [The Financial Times], les GAFA y compris.

Le social-démocrate et vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans s’est, lui aussi, essayé à des définitions peu orthodoxes, estimant que le Brexit donnait à la politique britannique l’air d’un épisode de « Game of Thrones sous stéroïdes » [Toute l’Europe].

Vifs échanges sur l’environnement

Pour France Inter, c’est finalement sur la question du climat et de l’environnement « que les débats ont été particulièrement vifs« . Une observation partagée par El País et de nombreux autres médias.

« Protéger la planète coûte cher. Les emplois dans l’industrie automobile ou charbonnière pourraient disparaître, l’énergie coûtera plus cher. Pensez-vous qu’il faille faire ce type de sacrifice pour protéger notre planète ?« , a-t-il été demandé aux six candidats [France Inter].

L’écologiste Ska Keller a fustigé des concurrents qui auraient « toujours voté contre le progrès dans la lutte contre le changement climatique« . Nico Cué, candidat pour la gauche radicale, a lui appelé à cibler les multinationales et à ne pas déplacer « le problème vers la taxation des citoyens les plus faibles comme le fait Emmanuel Macron en France« .

Quant au conservateur Manfred Weber, choisi par le premier parti européen et qui fait donc figure de favori pour succéder à Jean-Claude Juncker, il a plaidé pour une transition climatique qui ne soit pas trop brutale en ce qui concerne l’emploi, notamment « chez les salariés de l’industrie automobile » [France Inter].


Photo : Jan Zahradil (CRE), Nico Cué (GUE), Ska Keller (Verts), Margrethe Vestager (ADLE), Frans Timmermans (PSE) et Manfred Weber (PPE) à Bruxelles le 15 mai 2019 – Crédits : Commission européenne