Si l’accès aux matières premières est essentiel pour toutes économies, leur extraction et leur consommation a un impact déterminant sur l’environnement. Utiliser ces ressources le plus efficacement possible, c’est réduire la pollution, la dégradation des écosystèmes et le changement climatique qu’elles génèrent. C’est en outre répondre à un besoin stratégique, en préservant les capacités des systèmes de production et en réalisant des économies.

Pour mesurer cette efficacité, Eurostat utilise plusieurs indicateurs. Parmi eux, la consommation intérieure de matières (CIM) représente la quantité de matières directement utilisées dans l’économie, que celles-ci soient extraites du territoire national ou importées (on soustrait en revanche les exportations). Rapportée à la population, la CIM donne une idée des besoins en ressources par habitant dans chaque Etat.

Ainsi, en 2016 la consommation intérieure de matières (CIM) varie fortement d’un État membre à l’autre. Celui-ci va de 7 à 10 tonnes par habitant en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni à 31, 4 tonnes par habitant en Finlande en 2016. Chaque État membre est influencé par son patrimoine naturel de ressources et ses choix énergétiques. L’exemple des combustibles fossiles montre ainsi de fortes disparités : l’Estonie est en tête avec 9,4 tonnes par habitant car elle extrait elle-même du schiste bitumineux (à ne pas confondre avec le gaz de schiste), puis Malte (6,9 tonnes par habitant), la République tchèque (5,6 tonnes par habitant), la Bulgarie (5,4 tonnes par habitant) et enfin l’Allemagne avec 5 tonnes par habitant. En revanche, l’Espagne, la France, la Croatie, la Lituanie, le Portugal et la Suède ont enregistré la consommation la plus faible de matières énergétiques fossiles parmi tous les États membres, avec moins de 2 tonnes par habitant.

Les conditions climatiques et la densité de population peuvent également expliquer les différences entre les États membres. Les plus densément peuplés, comme les Pays-Bas, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Italie et Malte ont tendance à consommer des quantités par habitant légèrement inférieures à la moyenne de l’UE-28, tandis qu’une consommation par habitant plus élevée peut être observée dans les États membres à faible densité de population, comme la Finlande, l’Estonie et la Suède.

Enfin, la CIM de l’UE-28 diminue : elle est passée de 15,6 tonnes par habitant en 2000 à 13 tonnes par habitant en 2016. Elle reste toutefois supérieure à la moyenne mondiale, qui augmente elle-même régulièrement : l’extraction de matières premières dans le monde représentait 11,8 tonnes par habitant en 2013, contre 8,5 tonnes par habitant en 2000. En extrapolant les taux de croissance annuels moyens, la consommation de matières au niveau mondial dépassera bientôt le niveau de l’UE-28… Un défi de taille pour les années à venir.

Une productivité européenne en augmentation

Pour évaluer l’efficacité des ressources sur le long terme, un autre indicateur peut être utilisé : la productivité des ressources. Celle-ci permet de quantifier le lien entre l’activité économique et l’utilisation des ressources naturelles (biomasse, minerais et matières énergétiques fossiles). Elle correspond au rapport entre le PIB (en euros) et la consommation intérieure de matières (en kg).

Ainsi, les chiffres montrent que de 2000 à 2016, la productivité des ressources a fortement augmenté dans l’Union européenne (en comptant l’ensemble des 28 pays dont ceux qui n’étaient pas membres de l’UE en 2000). Celle-ci est passée de 1,47 euro/kg en 2000 à 2,07 euro/kg pour l’UE-28, soit une hausse de 41%.

Cette augmentation n’a toutefois pas été constante et s’est fortement accélérée avec la crise économique et financière de 2008. Celle-ci semble notamment avoir contribué à déclencher une prise de conscience en faveur d’une meilleure gestion de l’utilisation des ressources, étant donné le besoin de réduction des coûts de production.

Une carte comparative publiée par notre partenaire Toute l’Europe.

Lambert Volpi

Juriste en droit de la concurrence et européen des affaires, Lambert a fait le choix d’un parcours universitaire orienté à la fois vers le droit et l’économie. Après avoir étudié ces matières en classe préparatoire à l'École Normale Supérieure de Cachan, il a complété sa formation à la Faculté de Droit de Montpellier et à l’Université de Lyon, a ensuite intégré le Master Spécialisé de Droit des Affaires Internationales et Management de l'ESSEC Business School, puis a rejoint King’s College London pour un LLM en Droit de la Concurrence. Lambert a travaillé au sein de cabinets d'avocats internationaux, de groupes de réflexion et think tanks et a été moniteur de recherches au Centre Européen de Droit et d'Économie (CEDE) de l'ESSEC.

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