Après les élections européennes, la valse des postes clés dans l’UE

24.05.2019 par Marie Guitton

Le calendrier européen ne s’arrête pas au 26 mai. D’autres étapes marqueront l’année 2019. Des dates clés pour relancer les travaux et, surtout, renouveler les dirigeants de l’UE. De nouveaux présidents prendront la tête du Parlement, de la Commission et du Conseil européens. Il y aura également du neuf à la BCE ou à la Cour des comptes… Autant de nouvelles “têtes” qui composeront le nouveau visage de l’UE.

Le bâtiment de la Commission européenne, à Bruxelles - Crédits : Gérard Colombat / Wikicommons

Le bâtiment de la Commission européenne, à Bruxelles – Crédits : Gérard Colombat / Wikicommons

Sitôt connus les résultats définitifs des élections européennes (le 26 mai au soir dans la plupart des pays), les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Huit se retrouveront pour un “dîner informel”, à Bruxelles le 28 mai.

Au menu : le mercato des postes clés au sein des principales institutions de l’Union européenne. Un jeu d’équilibristes pour répartir, notamment, les futures présidences du Conseil européen (la décision sera annoncée lors du sommet des 20 et 21 juin), de la Commission et de la Banque centrale européennes… sans trop froisser les pays de l’Est ou du Sud, les familles politiques minoritaires, ou encore la gent féminine.

Le 2 juillet, les tout nouveaux eurodéputés prendront, quant à eux, leurs sièges au sein du Parlement européen. Dès cette première session plénière de la 9e législature (2019-2024), parviendront-ils à se mettre d’accord pour élire le nouveau président de l’assemblée ?

En marge des travaux parlementaires qui reprendront bien vite, notamment pour avancer sur le prochain budget de la période 2021-2027, les députés européens devront également auditionner le futur collège des commissaires.

1er juillet : un nouvel Etat membre à la tête du Conseil de l’UE

Le Conseil de l’UE – qui réunit les ministres des Etats membres par domaine de compétence (économie, défense, travail, etc.) – est présidé par le représentant du pays qui exerce la présidence tournante de l’Union européenne.

Cette responsabilité incombera à la Finlande du 1er juillet au 31 décembre 2019. Elle succèdera à la Roumanie et précédera la Croatie et l’Allemagne, qui endosseront successivement ce rôle les 1er et 2e semestres 2020.

Par exception, le Conseil des Affaires étrangères est présidé par le haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères. Ce dernier (actuellement l’Italienne Federica Mogherini) est un membre du collège des commissaires européens, qui sera renouvelé à l’automne 2019.

2 juillet : un nouveau président au Parlement européen

Après l’élection des eurodéputés par les citoyens, les tout nouveaux élus du Parlement européen choisiront leur président. C’est lui qui aura pour mission de superviser le travail des commissions parlementaires et de représenter l’institution à l’extérieur.

Ce dernier sera élu à la majorité absolue dès le premier jour de la session plénière (le 2 juillet) pour 2 ans et demi, correspondant à la moitié de la législature.

Le 17 janvier 2017, c’est l’Italien Antonio Tajani (PPE, conservateurs) qui avait succédé à l’Allemand Martin Schulz (S&D, socialistes et démocrates). Le PPE et le S&D se sont ainsi succédé de façon quasi systématique au perchoir de l’assemblée. Mais en 2019, avec le recul des partis traditionnels dans plusieurs Etats membres, ces deux grands groupes pourraient perdre la majorité dont ils disposaient jusqu’alors. Sous le coup de nouvelles alliances, verra-t-on prochainement un président centriste reprendre les rênes de l’hémicycle, comme Simone Veil en 1979 ou l’Irlandais Pat Cox en 2002 ?

Le libéral belge Guy Verhofstadt (ADLE) pourrait d’ailleurs être intéressé. Face à la conservatrice irlandaise Mairead McGuinness (PPE) ? Elle est “expérimentée“. “Irlandaise“. “Et c’est une femme“, souligne Politico.

Pour se présenter, les candidats doivent réunir le soutien d’un groupe parlementaire ou au minimum de 38 eurodéputés.

Le bureau du Parlement européen, composé de 14 vice-présidents et 5 questeurs, sera également élu lors de la première session plénière. Il est responsable de tous les aspects relatifs à l’administration, au personnel et à l’organisation de l’institution.

Et un chef pour le futur parquet européen ?

Après l’échec des négociations en avril, le nouveau Parlement européen et le Conseil de l’UE devront reprendre le dialogue pour nommer le premier chef du futur parquet européen.

Cette nouvelle instance européenne entrera en fonction fin 2020 pour diriger des enquêtes et mener des poursuites pénales concernant des infractions portant atteinte au budget de l’UE, telles que la fraude, la fraude transfrontière à la TVA, la corruption ou le blanchiment de capitaux.

Qu’est-ce que le parquet européen ?

Le Parlement européen pencherait pour l’heure en faveur de la Roumaine Laura Codruca Kövesi. Mais le gouvernement roumain nourrit une rancœur farouche contre cette ex-magistrate qui n’a jamais hésité à déclencher des poursuites contre les dirigeants corrompus de son pays. La candidature du Français Jean-François Bohnert, actuel procureur général à Reims, apparaît comme plus consensuelle au Conseil.

1er octobre : un nouveau président à la Cour des comptes européenne

Un nouveau président de la Cour des comptes européenne prendra également ses fonctions le 1er octobre, pour un mandat de trois ans. A moins que l’Allemand Klaus-Heiner Lehne, désigné par les 28 membres de cette institution en 2016, ne soit renouvelé ?

La Cour des comptes européenne a pour mission de veiller à la bonne gestion financière de l’UE (vérification des comptes, transparence, optimisation des ressources…). Ses 28 membres, eux, sont renouvelés au terme de chacun de leur mandat, d’une durée de six ans. Au début du mois de juillet 2019, deux nouveaux membres, une Croate et un Roumain, prendront par exemple leurs fonctions jusqu’à 2025.

1er novembre : une nouvelle Commission (avec un nouveau président)

Le mandat de la Commission européenne actuelle s’achèvera le 31 octobre. Le lendemain, c’est donc une nouvelle équipe, dirigée par le successeur du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui sera chargée d’exercer le pouvoir exécutif de l’Union européenne. Et de proposer de nouvelles législations au Parlement et au Conseil (pouvoir d’initiative).

Les tractations sur le futur président de la Commission européenne reprendront dès le dîner informel des chefs d’Etat et de gouvernement organisé à Bruxelles le 28 mai, au surlendemain des élections européennes. Elles se poursuivront tout au long du mois de juin et, en juillet, une fois le Parlement européen dûment reformé, les eurodéputés voteront sur la proposition du Conseil européen.

Pour pourvoir ce poste clé de l’UE, qui consiste notamment à définir les grandes orientations politiques de la Commission, deux types de candidatures pourraient pris en considération :

  • celles des Spitzenkandidaten, proposés par les formations politiques européennes (l’Allemand Manfred Weber, le candidat du PPE, est alors donné favori puisque ce groupe est le plus fort dans l’hémicycle).
  • celles d’autres personnalités, jugées plus consensuelles et poussées par les chefs d’Etat et de gouvernement (on parle notamment du Français Michel Barnier, salué pour avoir défendu les intérêts de l’UE et des Vingt-Sept face au Royaume-Uni dans le cadre des négociations du Brexit).

En 2014, c’est le Spitzenkandidat du PPE, Jean-Claude Juncker, qui s’était imposé.

Qui sera le prochain président de la Commission européenne ?

Une fois élu, le futur président de la Commission européenne proposera la répartition des différents portefeuilles (Concurrence, Affaires étrangères, Economie, Energie, Transports, etc.) entre les 27 candidats présentés par les Etats membres pour constituer le futur collège des commissaires (ou 28 si le Royaume-Uni est toujours dans l’UE). Se posera notamment la question de savoir qui succèdera à l’Italienne Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité.

Avant d’entrer en fonction, le 1er novembre 2019, la nouvelle équipe nommée par le Conseil de l’UE sera minutieusement auditionnée par le Parlement européen. Les eurodéputés pourront ainsi menacer de ne pas adouber le nouveau collège si tel ou tel candidat n’est pas écarté. De fait, en 2014, la Slovène Alenka Bratusek avait été retoquée.

Et un nouveau président à la Banque centrale européenne (BCE)

Le 1er novembre entrera également en fonction un nouveau président de la Banque centrale européenne, choisi par les ministres des Finances de l’UE. Un autre poste clé de l’Union, tant la BCE a fait parler d’elle ces dernières années, notamment pour être intervenue en première ligne pendant la crise économique et financière.

C’est en effet cette banque qui gère la politique monétaire de la zone euro, avec l’objectif principal de maintenir la stabilité des prix.

En novembre 2011, c’est l’Italien Mario Draghi qui avait pris la place de Jean-Claude Trichet, pour un mandat de huit ans non renouvelable.

Au mois de juin 2019, le nom de Jens Weidmann pourrait à son tour sortir du chapeau. Président de l’influente Bundesbank, il est déjà membre du conseil des gouverneurs de la BCE. Réputé très orthodoxe, il est parfois capable d’adoucir sa position. Par souci d’équilibre entre les Etats membres, ses chances seraient néanmoins réduites à néant si un Allemand obtenait la tête de la nouvelle Commission européenne.

Les noms du Finlandais Erkki Liikanen et du Néerlandais Klaas Knot circulent donc. Ainsi que ceux des Français Benoît Cœuré, membre respecté du directoire de la BCE, et François Villeroy de Galhau, l’actuel gouverneur de la Banque de France, dont la nomination serait bien plus facile à défendre auprès des pays du Sud de l’Europe.

1er décembre : un nouveau président du Conseil européen

Le nouveau président du Conseil européen sera choisi lors du Conseil européen des 20 et 21 juin par les chefs d’Etat et de gouvernement à la majorité qualifiée. Chargé de piloter les travaux et d’encourager le consensus entre les dirigeants, il succédera le 1er décembre, pour deux ans et demi, au Polonais Donald Tusk, ce dernier ayant déjà effectué deux mandats à la suite du Belge Herman Van Rompuy, qu’il avait remplacé le 1er décembre 2014.

Là encore, les spéculations vont bon train. Sur Angela Merkel, par exemple, également citée pour le poste de présidente de la Commission européenne. Ou sur le premier ministre néerlandais Mark Rutte.

Le président roumain Klaus Iohannis, la présidente lituanienne Dalia Grybauskaité, voire l’ancienne Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt auraient également leurs chances si, d’aventure, ils confirmaient leur candidature…

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